À voir, à lire, à écouter, à faire...

Du théâtre explicite, dénonciateur et beau

La Resistenza

Des mots justes pour des faits réels. De la corruption du régime de Berlusconi au fascisme de Mussolini, le théâtre de l’Opsis nous entraîne dans une réflexion sur le fil conducteur qui lie le pouvoir dominant de la haute finance à la condition de plus en plus misérable du peuple, à la déchéance de la morale et à la répression policière. Par des citations des protagonistes eux-mêmes ou de personnalités antiques, la Résistenza met en relief le caractère universel des vices du pouvoir, dans le temps et dans l’espace. Ce qui nous incite immanquablement à nous questionner sur notre propre environnement politique, social et économique. Tout y passe, de la nature du capitalisme au rôle des institutions financières comme le FMI et la Banque mondiale, jusqu’à l’Espoir qui monte des chants des partisans.

Encore une fois, des mots justes pour des faits réels avec de beaux et bons comédienNEs.


Était présentée à la cinquième salle de la place des arts du 3 au 19 octobre dernier.

À voir, à lire, à écouter, à faire... Scène internationale

Le Marx de Henri-Pena Ruiz

Source :
Claude demers pour Québec humaniste

Compte-rendu du livre « Marx quand même » de Henri-Pena Ruiz


La pensée de Marx et l’idéologie

« Il ne faut pas regretter d’avoir rêvé d’un autre monde. Ni d’avoir consacré tout ou partie de sa vie à tenter de le faire advenir ». C’est avec ces mots, qu’on dirait à l’intention des nostalgiques, qu’Henri-Pena Ruiz débute son plus récent ouvrage « Marx quand même ». Une invitation à relire Karl Marx et à mieux comprendre sa pensée, libérée de sa caricature stalinienne et du capitalisme d’État soviétique qui en revendiquait la filiation.

Loin de la nostalgie, l’auteur invite toutefois à une réflexion critique quant au démembrement de l’Union soviétique et des pays socialistes et sur les raisons d’un tel échec. Il dément la formule de Francis Fukuyama, selon laquelle nous assistons depuis la fin du 20e siècle à la fin de l’histoire, caractérisée par la disparition des idéologies. En critiquant le philosophe américain, Pena-Ruiz démontre avec éloquence qu’émancipation sociale et rêve d’un monde meilleur ne furent jamais pour Karl Marx, l’expression d’une idéologie.

Certes, l’idée d’une alternative sociale et économique relève au départ d’un rêve. Mais ce rêve se forme à l’intérieur d’un « processus d’émancipation » et non à partir d’une  » recette toute faite « . Il émerge d’une réalité sociale fondée sur l’exploitation, l’injustice et l’oppression.

Marx avait bien décrit la nature et les rouages du système capitaliste et de l’idéologie libérale qui le soutenait. Un système qui enrichit une minorité dans la mesure où la grande majorité est exclue de cette même richesse. Il avait démontré comment la démocratie formelle relevait essentiellement de la rhétorique, même s’il voyait dans les gains du mouvement ouvrier de réels acquis, tant au niveau matériel que de la prise de conscience, du fait notamment que cette démocratie exprime avant tout un rapport de force entre les classes. Né à travers un processus de consolidation nationale, le capital selon Marx n’allait pas s’embarrasser des États nationaux. Il anticipait déjà le phénomène de la mondialisation propre à notre époque. Un phénomène qui n’a rien à voir avec le processus naturel de l’internationalisation du travail.

Deux-cents ans de capitalisme n’ont guère changé la donne. Richesse et opulence côtoient toujours misère et pauvreté. Les crises économiques se succèdent, les guerres se multiplient. Inégalité, oppression et drames sociaux caractérisent le capitalisme et le néolibéralisme tout comme cela était à l’époque de la Commune de Paris et de la fin du 19e. Passé les trente glorieuses (1945 – 1975 ) où les gains des travailleurs à travers le monde ont contribué à rétablir, pour un temps, un certain équilibre, le capitalisme s’est employé à gruger ces gains et à externaliser les coûts de production, particulièrement par le biais des atteintes à la nature et à l’écosystème. Les progrès de la technologie et de la science, l’augmentation de la productivité, sont mis à profit non pour améliorer le sort de l’humanité, mais pour réduire le coût de la force de travail. Ce qui élargit l’écart entre les revenus des capitalistes et ceux des travailleurs. En même temps, les dommages souvent irréversibles qui fragilisent et menacent la nature ne sont pas comptabilisés dans les coûts de production. Ils seront à la charge des travailleurs et de toute la population.

Se référant à la métaphore de Karl Marx dans sa critique de la philosophie du droit de Hegel, Henri-Pena Ruiz écrit: « D’un côté la terre des rapports sociaux qui tissent la société civile, lieu des activités productrices… De l’autre, le ciel des grands principes évoqués, sphère du débat public et des discours politiques empreints de rhétorique et d’incantation… ». Marx dénonçait l’idéologie qui dans son essence idéalisait des principes et des valeurs qui ne passaient pas l’épreuve de la réalité sociale. D’où ses critiques virulentes à l’égard de la démocratie formelle ou encore de la fameuse « main invisible » qui, selon Adam Smith, devait réguler l’équilibre du marché. Fondements de l’idéologie néo-libérale, cette démocratie et ce concept trompeur de l’autorégulation du marché conduisent directement au rejet de toutes les mesures de réglementation, voire à la disparition de l’État dans ses fonctions sociales et de modération pour contrer les abus extrêmes du capitalisme, mais à son renforcement quant à ses fonctions répressives.

Le parti-pris de Karl Marx en faveur des travailleurs et des forces d’émancipation sociale ne relève pas d’une idéologie, mais d’une opposition à l’idéologie libérale. « Lorsque la hiérarchie exprime la domination d’un groupe sur un autre, écrit Pena Ruiz, le propre du principe d’unification est de présenter cette hiérarchie comme naturelle et nécessaire, et de développer ainsi une idéologie d’assujettissement ». L’auteur souligne que pour Marx l’alternative, plutôt que de se fonder sur un modèle, partait de ce qu’il était possible d’accomplir.

Le rapport de l’homme à la nature: Marx était un «écologiste» et un naturaliste

Les conditions ont changé. D’aucuns se réfèrent à ces changements pour invalider l’analyse et la critique du capitalisme faites par Karl Marx et son ami Friedrich Engels. La classe ouvrière s’est transformée, le capital industriel a cédé le pas au capital financier, les entreprises sont devenues transnationales et surtout, la science contemporaine a révélé un phénomène qu’elle ignorait totalement à l’époque de Karl Marx, soit les menaces directes à l’écosystème.

En réalité, ces transformations plutôt que d’invalider la pensée de Marx la rendent plus actuelle. Ce qu’on appelle aujourd’hui la classe moyenne n’est rien d’autre, en fait, que la grande majorité des travailleurs. Elle représente en proportion une part considérablement plus grande de la force productive que la classe ouvrière à proprement parler. Ses écarts de revenus à l’égard de ceux du grand patronat grandissent de façon exponentielle. La domination du capital financier par ailleurs, illustre l’exacerbation du fétichisme cultivé par le capitalisme envers la monnaie et les produits de consommation. Ce qui faisait dire à Marx que le capitalisme créait non seulement les produits, mais aussi les consommateurs. Donnant ainsi, tant à la monnaie qu’aux produits de consommation, une valeur de nature idéologique sans aucun rapport avec les besoins réels de la société.

Quant à la domination des transnationales qui accompagne le phénomène de la mondialisation, elle assujettit encore davantage l’État, rendant complètement obsolète toute notion de souveraineté nationale et populaire sous le capitalisme à l’ère de l’ultralibéralisme. Henri Pena-Ruiz nous rappelle encore que Marx n’était pas un productiviste. Il ne voyait pas dans la production une finalité en soi. Il cite cette phrase éclairante du philosophe selon qui « le capitalisme épuise l’homme et la terre ». Selon Marx, l’homme est une partie inhérente de la nature qui en constitue le corps non organique. Critiquant les formes de développement industriel de l’agriculture, Marx écrivait dans Le Capital « …tout progrès de l’agriculture capitaliste n’est pas seulement un progrès dans l’art de spolier le travail, mais dans l’art de spolier le sol, tout progrès dans l’élévation de sa fertilité pour un temps donné est un progrès dans la ruine des deux sources à long terme de cette fertilité […] la production capitaliste ne développe la technique et la combinaison du procès social qu’en minant en même temps les sources qui font jaillir toute richesse ». Dans « Dialectique de la nature » Engels précisera: «Nous ne devons pas nous vanter trop de nos victoires humaines sur la nature. Pour chacune de ces victoires, la nature se venge sur nous. Il est vrai que chaque victoire nous donne, en première instance, les résultats attendus, mais en deuxième et troisième instance elle a des effets différents, inattendus, qui trop souvent annulent le premier… Les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger […] mais que nous lui appartenons avec notre chair […] toute notre domination sur elle réside dans l’avantage que nous avons sur l’ensemble des autres créatures de connaître ses lois et à pouvoir nous en servir judicieusement».

Selon Pena-Ruiz, Marx aurait dénoncé le productivisme stalinien et le capitalisme d’État soviétique où le contrôle du Parti s’est littéralement substitué à une véritable souveraineté populaire, ce qui a conduit notamment à des aberrations telles que l’assèchement de la mer d’Aral et la catastrophe de Tchernobyl. Et, pourrions-nous ajouter, sur un plan plus politique, le vol des entreprises d’État par les oligarques russes.

Du projet révolutionnaire

L’espace réservé pour ce compte-rendu ne permet pas de rendre justice à l’étude d’Henri-Pena Ruiz qui aborde dans «Marx quand même» nombre d’autres sujets, dont la question de la laïcité, la question nationale, le communautarisme, le socialisme, la liberté individuelle… et surtout le caractère révolutionnaire de la pensée de Marx, son analyse du rôle de
l’État.

Tout en dénonçant la caricature faite par le stalinisme de la pensée de Marx, Pena-Ruiz (qui ne rejette pas entièrement les acquis de l’Union soviétique) rejette cependant les amalgames trop faciles qui associent l’échec de l’Union soviétique avec la pensée de Marx, tout comme il rejette aussi l’amalgame du « totalitarisme », un concept « fourre-tout », qui met sur un pied d’égalité fascisme et communisme. « C’est que, de Marx au goulag stalinien, il y a la contradiction qui existe entre la promotion de l’émancipation et celle de l’oppression, alors que, des théories nazies au génocide juif, il y a mise en œuvre conséquente et cohérente d’une conception oppressive assumée avec le soutien du grand capital ».

« Ni volontarisme abusif, ni fatalisme propre à déresponsabiliser » dira encore Henri Pena-Ruiz faisant référence au projet révolutionnaire. « Ainsi, transformer le monde ce n’est pas forcer le réel à se plier au tableau d’une société idéale préconçue, mais faire en sorte que les conditions du libre accomplissement des hommes soient réunies ». Marx le philosophe voyait dans la classe ouvrière une classe universelle en ce sens qu’elle est la seule classe sociale dont les aspirations sont strictement liées à la disparition des antagonismes de classes. Un constat qui, pourrait-on dire, s’étend aujourd’hui à l’ensemble des travailleurs. Pour lui, le «libre accomplissement des hommes » exprime l’idée même d’une réconciliation de l’homme avec lui-même et avec la nature et de ce fait, d’une réconciliation de la nature avec elle-même.

Opinion Scène québécoise

Faire de la politique autrement ou faire autrement de la vieille politique

Dimanche dernier, la radio de Radio-Canada tenait une ligne ouverte après l’émission télévisée ‘Tout le monde en parle’ sur le thème « Comment faire de la politique autrement ». Inspirée par la présence de Françoise David à l’émission de Guy A. Lepage, cette question n’a malheureusement pas trouvé de réponse sérieuse sinon qu’il fallait changer de ton à l’Assemblée nationale. Pourquoi?

Parce que faire de la politique autrement ne tient pas de la manière dont on fait de la politique, mais du choix des politiques que l’on met de l’avant. En d’autres mots pour faire de la politique autrement il faut faire d’autres politiques. La manière alors changera du tout au tout. La démagogie, le cynisme, les propos fuyants céderont la place aux intérêts ouverts qui seront défendus tant à l’Assemblée nationale que dans tout le réseau de l’État. Françoise David ne fait pas de la politique autrement parce qu’elle a un beau sourire, mais parce qu’elle réclame que l’État serve les intérêts du peuple en premier lieu.

De ce point de vue les premières décisions du gouvernement Marois sont intéressantes. Il s’agit sans doute de la direction péquiste qui se rapproche le plus de celle de René Lévesque en 1976. Ce dernier avait commencé son règne par l’adoption de mesures visant à consolider sa base populaire. Adoption de la loi anti-briseurs de grève, réforme de la loi électorale, adoption de la loi 101… Mme Marois confirme dès son assermentation à l’Assemblée nationale l’abolition de la taxe santé, l’abolition de la hausse des frais de scolarité, la fermeture de Gentilly-2…

Toutefois, il ne fallut pas longtemps au gouvernement Lévesque pour réajuster le tir et mettre l’emphase sur les garanties fournies à la classe dominante qu’il sera avant tout un « bon gouvernement ». Un euphémisme pour dire « un gouvernement à votre service ». Il avait déjà en vue les négociations avec le secteur public et sa volonté de limiter le rôle de l’État, suivant en cela le signal donné par le gouvernement Carter aux États-Unis que nous entrions dorénavant dans l’ère du néolibéralisme. Pauline Marois quant à elle n’aura pas pris autant de temps pour annoncer son intention d’assurer l’équilibre budgétaire, se voulant à son tour rassurante vis-à-vis l’establishment économique.

L’establishment n’a d’ailleurs pas tardé à faire front uni pour dénoncer haut et fort l’« injustice » de la taxe envisagée par le gouvernement péquiste aux plus riches de la société québécoise pour compenser le manque à gagner provoqué par l’abolition de la taxe santé. Quelle injustice en effet! On envisage même une taxe rétroactive au début de l’année en cours. Et les travailleurs eux, dont la contribution sera toujours plus grande que celle des riches au fardeau fiscal lorsqu’ils rempliront leur déclaration de revenus, ne seront-ils pas taxés à partir du début de l’année en cours? On peut sans doute se demander si les grandes corporations et ceux qui bénéficient des évasions fiscales, les banques et le monde de la haute finance, ne pourraient pas être mieux mis à profit. Mais la réalité c’est que les bénéficiaires de la richesse ne veulent surtout pas voir leurs privilèges accumulés depuis des décennies amputés d’un iota. Ce n’est pas la rétroactivité qui les gêne le plus, mais bien le rééquilibrage fiscal lui-même. Ils étaient pourtant bien silencieux lorsque leur gouvernement Charest a décidé d’imposer une taxe santé qui faisait payer par ce qu’on appelle abusivement la classe moyenne, leur propre assurance maladie. Pour eux le carré rouge était le symbole de l’anarchie et du chaos. Les voilà prêts aujourd’hui à monter aux barricades tout en confondant justice et privilèges.

Le gouvernement Marois a bien amorcé son mandat. Comment réagira-t-il aux pressions de la droite. Toute la question est là. Choisira-t-il de faire de la politique autrement ou de faire autrement de la vieille politique. La réponse à cette question dépendra soit de la capacité du gouvernement et de la droite à faire taire la pression populaire, soit à la mobilisation populaire d’influencer le gouvernement dans la bonne direction.

Opinion Scène québécoise

Le grand absent des élections du 4 septembre

Les attentes démesurées des élections du 4 septembre 2012 se sont soldées par un résultat doux-amère dans lequel chaque victoire pour la gauche avait sa contrepartie pour la droite.

S’il est vrai que l’Élection de Pauline Marois comme Première ministre représente pour la première fois de notre histoire l’arrivée d’une femme à la tête de l’État, on ne peut ignorer qu’il s’agit, comme cela fut souvent dit, d’une dame de béton. Ayant toujours refusé d’appuyer la gratuité scolaire, Mme Marois met à profit l’incident sérieux, bien qu’isolé, d’un tireur de toute apparence malade qui voulait s’en prendre à elle et ne manque pas de lancer ses premières salves. « On ne peut tolérer la violence dans la société» a-t-elle martelé dans sa première déclaration après l’événement, empruntant à l’ex-premier ministre Jean Charest le ton et le slogan qui l’ont amené à déclencher les élections, alors qu’il faisait porter sur l’ensemble du mouvement populaire du printemps érable la responsabilité de casseurs isolés. Mme Marois a adouci le ton par la suite insistant sur le caractère isolé de l’événement, mais la politique du PQ vise toujours la hausse des frais de scolarité au niveau de l’indexation. Durant la campagne électorale, elle avait annoncé sa volonté de revoir les principes démocratiques qui régissent le vote étudiant dans les établissements scolaires.

Comme le disait Françoise David à propos des électeurs de Gouin, ceux de la circonscription de Sherbrooke ont eux aussi fait plaisir à tout le Québec. En défaisant Jean Charest dans sa propre circonscription, les électeurs de Sherbrooke sont ceux qui ont le mieux exprimé le rejet par les Québécois, des politiques et des pratiques néo-libérales du PLQ. Le rejet en particulier de son offensive contre la jeunesse québécoise, mais aussi contre la collusion avec le monde des affaires et la corruption dont furent marquées ses neuf dernières années de pouvoir à la tête de l’État. En même temps, le PLQ a fait mentir tous les sondages qui le reléguaient au troisième rang. La stratégie de l’Establishment économique de mettre en place une alternative politique de droite au PLQ, discrédité devant l’opinion publique, n’a pas complètement échouée puisque devant l’absence d’une réelle solution de remplacement de masse, une grande partie de la contestation populaire s’est rabattue sur le parti de la droite dure de François Legault, la CAQ, dont les politiques sont pratiquement identiques à celles du Parti libéral et qu’à eux deux ils représentent la majorité à l’Assemblée nationale. En tout temps, ils pourraient former une coalition politique dangereuse pour le Québec.

La victoire de Françoise David de Québec solidaire est sans doute la plus belle victoire de cette élection. Avec deux représentants à l’Assemblée nationale, Québec solidaire pourra y véhiculer des politiques de rechange au néolibéralisme et l’espoir de voir naître à plus long terme une alternative de masse, sur le plan politique, à la pensée unique de la droite. Une politique en faveur du mieux-être de la population. On a des raisons d’espérer que la prochaine fois sera la bonne pour les circonscriptions de Laurier-Dorion et Ste-Marie-St-Jacques où Andrès Fontecilla et Manon Massé ont fait très bonne figure ainsi que dans d’autres circonscriptions. Mais encore là, les appuis à Québec solidaire dans une élection où le vote utile lui était défavorable n’ont pas atteint les résultats escomptés. Québec solidaire devra réfléchir sérieusement sur les raisons pour lesquelles la population ne l’a pas vu, dans les circonstances, comme une alternative crédible aux partis de droite traditionnels, malgré un contexte social qui aurait dû lui être favorable, un mouvement populaire sans précédent, une conscience politique plus élevée que jamais et à laquelle QS s’était associé depuis le début.

Dans son discours de victoire dans Gouin, Françoise David a voulu exprimer ce que représentera Québec solidaire à l’Assemblée nationale pour les Québécois. Elle a parlé des gens ordinaires, des laissés pour compte, des travailleurs aux revenus précaires. Jamais elle n’a vraiment parlé de l’ensemble des travailleurs. Comme d’ailleurs, jamais ne le fait Québec solidaire. Ce qui fait souvent de ce regroupement un parti plus populiste de gauche qu’un parti populaire. Les théories de décroissance économique qui pèsent très lourdement chez Québec solidaire et une approche envers les démunis que plusieurs au sein de Québec solidaire nourrissent d’un fort penchant anti-syndical, une orientation économique presque exclusivement axée sur l’économie sociale, risquent de maintenir Québec solidaire dans la marge. QS n’est pas non plus sans contradiction sur certaines de ses politiques qui lui ont valu les réticences de nombreux électeurs. La politique de laïcité ouverte, notamment là où l’on invoque, non sans une certaine démagogie, que l’interdiction de symboles religieux pour les travailleurs de l’État, forcerait nombre d’immigrants au chômage. Comment QS peut-il expliquer alors sa politique de francisation qui veut étendre l’application de la Loi 101 obligeant les entreprises de 10 employés et plus à imposer le français comme langue de travail, quand justement les premiers visés seront ces mêmes immigrants. Si cette politique est justifiée, la première ne l’est pas. Le chômage est inhérent au système capitaliste, c’est ailleurs qu’il faut agir pour s’attaquer à ce fléau.

Cela dit, la distance qui sépare Québec solidaire du mouvement syndical ne repose pas uniquement sur ses épaules. Les liens politiques du mouvement syndical aux partis de l’Establishment, notamment depuis la création du Fonds de solidarité de la FTQ sous un gouvernement péquiste puis du Fondaction de la CSN, ont considérablement éloigné le mouvement syndical de sa mission première. Au lieu de lutter contre le capitalisme, les syndicats entretiennent l’illusion d’une concurrence loyale possible à l’intérieur du capitalisme en transformant les travailleurs en petits investisseurs, les éloignant du mouvement populaire. Comme dans ce triste exemple de Griffintown où la population a mené une lutte quasi utopique contre l’embourgeoisement du quartier et l’éviction des familles à faible revenu alors que des condos en construction affichent fièrement leur financement par le Fonds de solidarité de la FTQ .

Le mouvement des travailleurs, en particulier le mouvement syndical, pratiquement réduit au silence durant le printemps érable parce qu’incapable (ou sans volonté) de mobiliser ses membres est demeuré le grand absent des élections du 4 septembre. Or il est illusoire de croire qu’un changement profond dans le visage politique du Québec est possible sans la mobilisation de celles et ceux qui sont au cœur de l’économie.

Opinion Scène québécoise

Pourquoi Françoise David n’est pas invitée à TVA

Selon Serge Fortin, vice-président de TVA nouvelles, TVA s’est retirée de la diffusion du débat des chefs le 19 août parce qu’en organisant ses propres débats et en excluant Québec solidaire, cela permettrait d’approfondir la discussion entre les trois chefs.

Mais après la performance remarquée de Françoise David lors du débat diffusé sur les ondes de Télé-Québec et Radio-Canada, il nous est permis de comprendre un peu mieux les véritables motifs de TVA/Quebecor. On le sait depuis toujours, les débats à deux têtes d’affiche qui surfent sur les bases de la même démagogie traditionnelle pour exclure toute véritable alternative de la discussion, ne sont pas particulièrement propices à des discussions en profondeur. Bien au contraire, Françoise David l’a bien illustrée hier soir en s’exaspérant de la tentative des trois chefs pour réduire le vaste problème de la Santé au Québec à une discussion sans fin sur le nombre de médecins nécessaires pour garantir une médecine familiale. Plus encore, la question de l’environnement était exclue du débat. Françoise David l’y a introduite. La question des frais de scolarité y était aussi exclue. Françoise David l’y a introduite.

Comme elle l’a expliqué avec brio dans son introduction, par sa présence au débat des chefs, Françoise David donnait une voix aux travailleurs, aux femmes, aux jeunes et à cette grande majorité des oubliés du pouvoir pour qui les partis prétendent toujours gouverner.

Françoise David fut la première à parler de souveraineté. Mais une souveraineté qui s’exprimerait dans le cadre d’un référendum sur une constitution proposée par une assemblée constituante élue. Une constitution avec des balises démocratiques réaffirmant la place des services publics et des droits sociaux et démocratiques.

En somme, l’impact de Françoise David lors du débat des chefs émanait du fait qu’elle représentait précisément les idées d’un peuple que l’Establishment politique du Québec (François Legault et la CAQ y compris) tente par tous les moyens de mettre de côté. En sortant le rapport Moisan des tiroirs (Jean Charest), en forçant François Legault à admettre que lorsqu’au PQ il n’avait pas eu vent de financement illégal (Pauline Marois) ou en comparant toute forme d’association syndicale à la plus grande hérésie de l’histoire (François Legault), tous les trois, sans exception, cherchent à camoufler le fait qu’ils veulent gouverner pour le monde de la finance et des corporations et imposer leur vision néolibérale. Une politique qui va de pair avec des moeurs antidémocratique comme Quebecor média en a besoin pour faire rouler ses business et son « agenda » monopoliste. Françoise David et Québec solidaire n’acceptent pas cette manipulation des idées. Amhir Khadir nous l’avait déjà démontré alors qu’il fut le seul député de l’Assemblée nationale à se tenir debout devant les magouilles de Pierre-Karl Péladeau et Quebecor avec le maire Labeaulme de Québec. Magouilles avalisées par le Parti québécois de Pauline Marois, par le parti libéral de Jean Charest et l’Action démocratique de Gérard Deltel (devenue depuis la CAQ de François Legault).

Voilà pourquoi TVA a décidé d’exclure Françoise David du débat des chefs. C’est une femme libre, qui dit haut et fort la vérité, qui exprime clairement les intérêts d’un peuple désabusé et qui somme toute, ne cadre pas dans la « convergence » de Quebecor média.

Opinion Scène québécoise

Françoise David devra avoir plus de mordant !

Au débat des chefs, Françoise David devra avoir plus de mordant!

Le dernier sondage de La Presse illustre le fait que le débat des chefs sera particulièrement important dans la présente campagne électorale. Québec solidaire en entier doit bien véhiculer l’idée qu’au-delà de l’image d’une lutte à quatre ou cinq, c’est en réalité une lutte à deux qui se joue dans cette campagne. Une lutte entre Le PLQ, Le PQ et la CAQ d’un côté, qui fondamentalement défendent et jouent le rôle de la haute finance et des corporations quant au développement économique et de l’autre, Québec solidaire qui s’attaque de front aux tendances néolibérales du pouvoir.

Hier à Radio-Canada, Gérard Fillion demandait à Françoise David quand le cinq milliards d’investissements dans la nationalisation des ressources énergétiques sera rentable pour le Québec. Fillion voulait un chiffre précis en nombre d’années. C’est une erreur d’évaluer ainsi le concept de rentabilité. Surtout pour le parti qui venait tout juste d’expliquer pourquoi il ne considérait pas la croissance économique comme un objectif en soi. En réalité les investissements du Québec dans les ressources énergétiques sont rentables dès le départ. Au moment même où cela permet au gouvernement de planifier le développement en fonction des besoins économiques réels du Québec et de sa population et non plus pour le profit des grandes corporations.

Au sous-entendu que les riches pourraient quitter le Québec, la population sait très bien (et Québec solidaire devrait le savoir aussi) que personne ne pourra apporter hors du Québec nos ressources et nos richesses naturelles. Ce leurre médiatique ne passe pas la rampe. Il faut le dire et le répéter.

À la question du public retenue par Radio-Canada voulant que le programme de Québec solidaire soit utopique dans le contexte mondial où l’économie est en crise partout, suffit-il de dire que le programme est jouable et qu’il faille un début quelque part ? La réalité c’est que la crise est née justement d’une politique orientée vers les intérêts du capital, d’une économie casino et des profits outranciers des grandes corporations financières et industrielles. Tout le programme de Québec solidaire s’attaque de front à ce genre de développement en y opposant des mesures qui vont justement redonner un pouvoir d’achat à la population et relancer son économie. L’utopie c’est dans l’économie casino qu’elle réside et c’est pourquoi entre autres, elle est en crise.

Le programme de Québec solidaire est différent. Il faut débattre différemment.

Brèves

Québec solidaire présente son programme économique

Québec solidaire présente son programme économique dans le cadre de la campagne électorale du 4 septembre prochain. Hausse du salaire minimum à 11,72$ l’heure, revenu annuel garanti de 12 000 $ pour les personnes de 18 ans et plus, révision du système de taxation sur les revenus avec baisse des impôts pour les revenus de 40 000 $ et moins et hausse des impôts pour les revenus au delà de 100 000 $, nationalisation des ressources stratégiques, protection des droits des travailleurs…

Il s’agit du seul programme économique ouvertement déclaré en faveur des travailleurs et des couches populaires et non lié aux intérêts des grandes corporations financières et industrielles.

Vous trouverez ces mesures énoncées sur le blogue de Gérard Fillion, Radio-canada.

Opinion Scène québécoise

Un vote gagnant

Des différences tactiques ou presque

Au onzième jour de la campagne électorale et une semaine avant le débat des chefs, les médias s’emballent autour d’une certaine effervescence crée par l’élan donné aux élections par les soi-disant bons coups de la Coalition Avenir Québec, notamment la présentation de deux candidatures de poids, Gaétan Barette et surtout Jacques Duchesneau. Les analystes font aussi l’éloge de la tactique employée par les Libéraux et les Caquistes qui annoncent à tous les jours des promesses bombons fondées sur du populisme de droite à la Duplessis. Cent dollars pour les livres scolaires, de l’argent pour changer les fenêtres de votre maison, un médecin pour tous d’ici un an etc… On reproche au Parti québécois un programme électoral plus abstrait : assainissement du financement des partis politiques, mesures de relance économique, rapatriement du programme d’assurance-emploi et révision de la mission de la Caisse de dépôt.

Déjà avant le déclenchement des élections la ressemblance étroite entre le Parti de Jean Charest et celui de François Legault s’était révélée par leur approche commune à l’égard du conflit étudiant et de la Loi 12 (anciennement projet de loi 78). Partisans tous les deux de la loi et l’ordre, le PLQ et la CAQ se sont toujours illustrés par leur anti-syndicalisme acharné et leur liaison étroite avec les grandes corporations et leurs têtes dirigeantes, en particulier Paul Desmarais et Charles Sirois. Ces derniers flirtant autant avec l’un et l’autre, démontrent qu’en tout temps la CAQ fut mise sur pied comme moyen de rechange à un parti libéral fortement discrédité dans l’opinion publique. Un moyen de rechange mais pas de changement comme le veut le slogan de la CAQ, puisqu’en réalité les changements proposés ne visent qu’à réaliser un coup de barre encore plus agressivement à droite, plus décidé à briser les acquis sociaux et démocratiques du Québec. Ainsi le veut la grande bourgeoisie et ses corporations qui tirent les ficelles des deux partis.

Les différences d’approche dans la campagne électorale entre la CAQ et le PLQ d’un côté et le PQ de l’autre ne sont toutefois pas, comme le laissent entendre les médias, que des différences tactiques et de communication. Les mesures préconisées par le PQ s’adressent essentiellement à la petite bourgeoisie québécoise que ce dernier représente depuis le tout début de sa création. C’est à elle que s’adressent principalement les ambitions d’un plus grand contrôle sur la Caisse de dépôt. Il ne serait d’ailleurs pas surprenant que Michael Sabia, actuel dirigeant de la Caisse, un autre invité de Sagard et proche collaborateur du gouvernement fédéral alors qu’il était à la tête de Bell Canada, soit une des premières victimes d’un futur gouvernement péquiste.

Toujours est-il qu’un gouvernement péquiste, caquiste ou libéral, qu’il représente les intérêts de la grande bourgeoisie et des grandes corporations financières et industrielles ou qu’il serve de tremplin pour donner plus de place à la petite bourgeoisie québécoise au sein de l’establishment économique, ne sera toujours en bout de ligne, qu’un gouvernement au service des entreprises et des grandes corporations. Celles qui décideront des politiques du gouvernement.

La trêve en question

L’immense prise de conscience sociale et économique qu’a fait naître au Québec le mouvement étudiant et surtout sa forte résistance aux politiques du gouvernement Charest fut le principal obstacle à la réalisation tout azymut de l’agenda néolibéral au Québec. Bien qu’il n’ait s’agit que d’une action de résistance, ce mouvement a mis en lumière le fait que cet agenda visait à réduire par tous les moyens possibles, y compris par la récupération via les coupures et les frais de services, dont les frais à l’éducation, la valeur de la force de travail. En d’autres mots, après avoir gelé et même coupé les salaires, après l’adoption d’un programme de dilapidation des ressources naturelles, après lui avoir offert des exemptions d’impôts de toutes sortes, après avoir trempé dans les plus basses magouilles de la corruption, c’est jusque dans les fonds de tiroir des travailleurs et de la population en général, ce qu’on appelle les 99%, qu’on va chercher l’argent pour engraisser encore davantage les profits et la richesse de l’establishment économique.

La prise de conscience de cette réalité fait en sorte qu’il devient de plus en plus difficile de tromper la population. D’où le rejet du gouvernement Charest au sein de la population et la nécessité pour la grande bourgeoisie de se trouver un nouveau cheval de bataille. Il n’en demeure pas moins que son substitut, la CAQ, n’arrive pas à se distinguer de l’original.

C’est ici que le Parti québécois entre en scène. Par ses liens plus étroits avec la population (petites entreprises, professionnels, socio-démocrates et tous ces secteurs qui réclament un changement, mais sans trop de turbulence), le PQ appelle au vote dit stratégique misant sur le large consensus établi dans la population, à l’effet qu’il faut battre Jean Charest à tout pris. C’est encore ici qu’il faut comprendre que le Parti québécois ne ressent pas la nécessité de faire valoir haut et fort un programme politique alternatif. Au contraire, le PQ sera même perçu par l’establishment comme plus crédible pour faire accepter par la population ce que la droite avouée n’arrive plus à faire passer. Faites l’équation et vous comprendrez alors pourquoi Mme Marois, malgré le port du carré rouge avant le déclenchement des élections, affichait tant de réticence à se prononcer sur l’enjeu des frais de scolarité et pourquoi aujourd’hui elle réclame une trêve de la part des étudiants affirmant qu’elle veut s’attaquer aux principes démocratiques qui régissent les associations étudiantes.

François Legault, Bernard Landry, Lucien Bouchard, Jacques Parizeau étaient tous des leaders du Parti québécois. Et tous appuyaient et appuient toujours le néolibéralisme et le gène capitaliste qui le nourrit. Tout comme Pauline Marois. Les apparents déchirements de cette dernière face aux enjeux sociaux et économiques ne traduisent que la contradiction entre les intérêts économiques non-avoués qu’elle met de l’avant et ceux des victimes de ces politiques qu’elle prétend défendre. Le vote utilitaire qu’elle réclame n’est stratégique que pour le Parti québécois. Pour la population, c’est un mythe.

La réalité est que la seule véritable force de changement dans ces élections est Québec solidaire. N’en déplaise à certains leaders étudiants qui ont aussi le droit de se bercer d’illusions devant une situation politique complexe et pas toujours évidente, l’affrontement avec le pouvoir ne peut échapper à la politique. Un vote stratégique authentique c’est celui qui contribue à transformer cette formidable prise de conscience sociale que le mouvement étudiant a contribué à créer, en conscience politique. Québec solidaire est un parti populaire qui regroupe cette frange de la population (jeunes, femmes, travailleurs et intellectuels), la plus désillusionnée et la plus consciente de la nécessité de bloquer les politiques néolibérales. Dans les circonstances, un vote gagnant n’est pas un vote pour le parti qui remportera le scrutin le 4 septembre prochain avec des politiques que l’on combat aujourd’hui et qu’on devra à nouveau combattre demain. Un vote gagnant c’est un vote pour un parti qui défend les intérêts du peuple et pour qui la souveraineté passe par le rejet du néolibéralisme. C’est un vote qui fera avancer la lutte contre ce même néolibéralisme.

À voir, à lire, à écouter, à faire...

Michel Collon et Michel Chossudovsky à Montréal.

Dans le cadre d’une tournée au Québec le 4 juillet prochain, Michel Collon et Michel Chossudovsky donneront une conférence au Centre St-Pierre, à Montréal sur le thème: Les enjeux de la crise mondiale : Austérité, guerres, violence et mensonges. À ne pas manquer.

Sur le thème « Rencontre du savoir » Michel Chossudovsky sera aussi modérateur et conférencier d’une rencontre qui aura lieu à la Bibliothèque nationale du Québec le 6 et 7 juillet prochain. Participeront à la rencontre en tant que conférencier : Michel Collon, Pascual Serrano, Carlos Taibo, Theotonio Dos Santo, Micol Savia, Arleen Rodriguez et Jorge Valero. La rencontre est parrainé par la République bolivarienne du Venezuela au Canada

Opinion Scène québécoise

Récupération de la crise vs vote stratégique

Xavier Dolan fait paraître un article dans le Devoir de ce matin sous le titre « Faux coup d’cochon » dans lequel il s’en prend à la vidéo du Parti libéral du Québec montrant Pauline Marois dans un ralenti qui met en relief les hésitations de cette dernière en frappant des casseroles. C’est une bonne analyse que fait Xavier Dolan. Cependant j’apporterais quelques nuances à ce qu’il appelle « l’imbécilité consentante » de la population qui suit toujours Jean Charest et les inepties de son gouvernement. Cette affirmation fait sans doute référence à cette frange de la population, mal éclairée, qui, soit hésite toujours à voter contre le PLQ, soit à voter pour le Parti québécois. Ce qui pour plusieurs passe pour une forme d’apolitisme. On dit souvent dans ce cas que la population n’a pas de mémoire. La population a peut-être plus de mémoire que l’on croit. Et ce qu’on appelle généralement la gauche est peut-être en fait, celle qui manque le plus de mémoire ici.

De un, la population n’est pas la principale responsable du fait qu’elle soit mal éclairée. Les idéologues de la droite, les médias qui mettent l’accent sur le caractère sensationnel et violent de ce qui se passe dans la rue et sur l’insécurité, jumelés à la nature généralement pacifique de la population, contribuent fortement aux hésitations de la population au moment d’exercer son droit de vote.

De deux, les ramifications du pouvoir avec la petite entreprise et les structures sociales et politiques, d’apparence démocratique, particulièrement en région où il est donné à penser que tout le monde doit faire sa juste part dans la société, défavorise le mouvement étudiant. Ce que l’on perçoit à juste titre comme du favoritisme et la corruption du gouvernement est vu par plusieurs, en période de crise économique constante, comme un soutien à l’emploi et à l’économie en générale. Ou au contraire, comme une incitation à prendre parti pour le désengagement de l’État. Ce qui ne favorise pas non plus l’idée du gel des droits de scolarité et encore moins la gratuité scolaire.

De trois, les hésitations mêmes du Parti québécois à prendre fait et cause pour le mouvement étudiant, ce dont la vidéo diffusée par le PLQ met fortement en relief, les trahisons du PQ envers le mouvement ouvrier et démocratique au début des années ’80 (faut-il rappeler encore une fois que des Lois spéciales du Parti québécois ont nécessité des luttes jusqu’à ce que la Cour suprême du Canada les déclare anticonstitutionnelles), son incapacité à gérer efficacement la question nationale ainsi que ses politiques néolibérales, n’ont rien pour garantir à la population que le Parti québécois constitue une réelle alternative au gouvernement Charest. D’autant plus que le PQ est tout aussi entaché par les scandales dénoncés dans l’industrie de la construction et le financement des partis politiques que le PLQ.


La triste réalité, c’est que devant le faible enracinement de Québec solidaire dans les régions y compris dans plusieurs secteurs de la grande région métropolitaine, la population se trouve devant une crise profonde d’alternative.

Ce qui nous amène à réfléchir sérieusement sur toute cette notion du vote soi-disant utile. Le Parti québécois, comme le font toujours les partis traditionnels, valorise le vote utile parce qu’il fait appel à une mémoire courte de la population. Un vote utile c’est un vote pour le moins pire. Ce n’est pas un vote pour un véritable programme de rechange. Et contrairement à ce qui est généralement convenu, ce n’est surtout pas un vote stratégique. Il est improbable que les prochaines élections provinciales amènent un changement en profondeur au Québec correspondant au désir manifeste d’une portion de plus en plus grande de la population. C’est pourquoi un vote stratégique serait davantage un vote qui contribuerait à transformer cette nouvelle conscience sociale qui s’exprime avec force dans la rue, en véritable conscience politique du besoin d’un changement en profondeur de nos structures économiques et politiques. Ce qu’un vote pour Québec solidaire par contre apporterait. La naissance d’une véritable alternative et d’un nouvel espoir de changements réels pour la population.

Tous les Jean-François Lisée qui préfèrent un gouvernement indépendantiste de droite à un gouvernement de gauche orientée vers la solution de la question nationale sur une base progressiste ne font que de la récupération politique. Comme cette déclaration de Pauline Marois « … un changement de direction OUI mais SURTOUT (c’est moi qui souligne) un changement de pays ».

Un vote stratégique, le mot le dit, c’est un vote à long terme alors qu’un vote utile pourrait bien être, sauf exception, un vote à courte vue. Les conditions ne seront pas réunies pour un changement en profondeur tant que ne sera pas construite une alternative politique solide et de masse. Un vote stratégique c’est celui qui contribuera le plus efficacement à la construction d’une telle alternative.


Le commentaire de Xavier Dolan sur Twitter après la lecture de ce billet, le 28 juin dernier :

Xavier Dolan ‏@XDolan

@demersc je suis parfaitement d’accord avec vs! Mon texte n’impliquait aucun devoir de choisir entre le PQ et le PLQ. bien à vous