Archives de l'auteur: Claude Demers

Claude Demers

l'auteur de ce blogue. Retraité et professeur d'échecs à temps partiel.

Derrière les conseils du journal La Presse au Parti québécois

Le journal La Presse, propriété de Power Corporation et de Paul Desmarais a toujours soutenu le Parti libéral du Québec. Les intérêts de la multinationale Power Corporation au Québec, au Canada et même en Europe, font de Paul Desmarais un chef de file de la grande bourgeoisie québécoise et un ami très proche des gouvernements du Québec et du Canada. Ce qui explique l’option fédéraliste avouée du journal La Presse. De la même manière d’ailleurs que son opposition farouche au Parti québécois et à toute velléité souverainiste du Québec.

Comment expliquer alors l’intérêt soudain du journal La Presse pour le PQ et les bons conseils qu’il promulgue à ce dernier face à la crise interne que le Parti québécois traverse présentement. Selon Alain Dubuc l’idée d’une alliance électorale avec Québec solidaire serait « suicidaire » pour le PQ tandis que selon Lysianne Gagnon ce serait du « masochisme électoral caractérisé ». Cherchez l’erreur!

Pour bien comprendre cet intérêt soudain du journal La Presse envers le parti de Pauline Marois, il vaut la peine de lire cet article paru dans Vigile le 18 octobre 2011. L’homme d’affaires Charles Sirois et Paul Desmarais sont les deux plus illustres représentants de l’establishment économique qui expriment ici la crise de confiance du grand patronat envers le PLQ et son soutien à la CAQ.

Or le plus récent sondage de Léger Marketing démontre que pour la première fois, la CAQ commence à baisser dans les intentions de vote des Québécois. On donne 33 % à la CAQ contre 27 % au Parti libéral et 25 % au Parti québécois tandis que Québec solidaire frôle les 10 %. Une coalition entre le Parti québécois et Québec solidaire serait susceptible d’accentuer cette dégringolade de la CAQ, dont les appuis sont jugés fragiles par Léger-Marketing. Une idée qui a de quoi faire frémir le grand capital. Non seulement ce faisant, le PQ devrait envisager des concessions à gauche sur son programme, mais de plus, le projet de créer une assemblée constituante visant à définir le type de souveraineté que le Québec désire, tel que le préconise Québec solidaire, pourrait offrir au Parti québécois une porte de sortie intéressante pour son projet de souveraineté qui stagne depuis des années.

En réponse à Georges Malbrunot

Dans son blog « De Bagdad à Jérusalem L’Orient indiscret » Le Figaro, Georges Malbrunot s’en prend dans un texte intitulé « Comment la Syrie et la Russie ont piégé la Ligue arabe ? » à la récente Mission d’observateurs qui s’est rendue en Syrie. Je vous invite à lire l’article mais surtout les commentaires qui font presque l’unanimité contre le point de vue véhiculé par l’auteur.


Mon commentaire :

Un article avec peu de sources vérifiables et beaucoup de conditionnel. J’aime particulièrement ces deux phrases:
« Les observateurs ont dû recevoir un message clair de Damas que s’ils embêtaient trop le régime, ils n’auraient pas droit à une deuxième visite »
et
Comble de l’histoire : Damas aurait même eu une sorte de droit de veto sur leur désignation.
Ça c’est ce qu’on appelle du journalisme « rigoureux » ou si vous voulez mon avis, de l’opinion préfabriquée.
Si je comprends bien, il fallait aussi un mission d’observateurs à l’opinion préfabriquée sinon ce ne pouvait être une vraie mission d’observateurs.
Une chance comme dit si bien HW que les commentateurs eux ne se laissent pas berner. Pour être de circonstance je dirais même « piégés »

La crise au PQ et les choix de Québec solidaire

Ces jours derniers, les médias y compris les médias sociaux n’en ont que pour la crise au Parti québécois et les tactiques électoralistes du PQ et de Québec solidaire.

Depuis le départ de François Rebello, qui a décidé de joindre les rangs de la CAQ (Coalition avenir Québec), on assiste du côté du Parti québécois à une véritable chute aux enfers. Cette crise est pire que celles qui secouent le parti depuis la présentation du projet de Loi 204 visant à sécuriser l’entente sur l’amphithéâtre de Québec entre le maire Labaume et Québécor. Malgré la concentration des analyses sur le sort de Pauline Marois et les magouilles de Gilles Duceppe, c’est avant tout le sort du Parti québécois lui-même qui est véritablement en cause ici. Ce qui fait dire aux éléments les plus juvéniles de Québec solidaire que ce dernier ne devrait faire aucune entente avec le PQ, tant ils sont convaincus que la disparition du Parti québécois profitera grandement à Québec solidaire.

Vrai et faux! La réalité est que la crise au PQ ne découle pas principalement de l’abandon de sa base populaire, mais de cette frange de la bourgeoisie nationale qui l’avait appuyée jusqu’à présent. Ces classes économiques se sont toujours opposées au contrôle exclusif des grandes puissances financières et industrielles personnalisées par le gouvernement du Parti libéral sur l’État québécois. On assiste présentement à un véritable jeu de sauvetage à la chaîne. La corruption et l’isolement du PLQ lui ayant soutiré sa confiance depuis la crise de l’industrie de la construction et du financement des partis politiques, l’establishment économique, Charles Sirois et Paul Desmarais en tête, se sont tournés vers la CAQ, une sorte de tête bicéphale, avec cette idée que François Legault irait chercher l’appui des classes moyennes (*) hésitantes, en particulier au sein des appuis traditionnels du Parti québécois. Tandis que le PQ qui a toujours véhiculé les intérêts de la petite et moyenne bourgeoisie du Québec avec un visage plus « social-démocrate » afin de maintenir l’appui de l’ensemble des travailleurs et de la population, se sent obligé d’aller plus loin encore vers sa gauche et jongle sérieusement avec l’idée d’une alliance électorale avec Québec solidaire. Ce qui est déjà une victoire en soi pour QS.

On est loin du débat sur la question nationale et la souveraineté. Ou, pour être plus précis, on commence à réaliser que le débat sur la souveraineté ne peut pas se situer au-dessus de tout contenu de classes. Pour qui la souveraineté? Quelle sorte de souveraineté?

Il sera intéressant de voir comment le mouvement syndical, la Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec en particulier, se positionnera face à cette toute nouvelle conjoncture. On sait que le PQ et la FTQ, malgré toutes les dérives néolibérales et de droite des gouvernements péquistes successifs, avaient renforcé leur appui réciproque avec la création du Fonds de solidarité de la FTQ alors que Jacques Parizeau était ministre des Finances du Québec.

Les analyses les plus superficielles aujourd’hui, évaluent le bien-fondé d’une alliance tactique entre le Parti québécois et Québec solidaire en vue des prochaines élections, souvent en fonction du nombre de députés en plus ou en moins pour chacun des partis. Mais le véritable enjeu est bien supérieur, particulièrement pour Québec solidaire, le seul véritable parti de gauche au Québec. Hélas! sa principale faiblesse réside toujours dans une certaine coupure avec le mouvement syndical. D’un côté parce que plusieurs de ses membres, issus d’une frange antisyndicaliste du mouvement populaire refuse systématiquement un tel rapprochement. De l’autre côté parce que le mouvement syndical a donné depuis sa naissance, un appui quasi biologique au Parti québécois. Or le plus grand bienfait d’une entente électorale entre Québec solidaire et le Parti québécois serait précisément de forcer le mouvement syndical à élargir son appui aux candidatures de Québec solidaire.
Tous les partis aujourd’hui, à l’exception du PLQ font leur, le slogan de Jack Layton, qui appelle à faire de la politique autrement. Dans les circonstances actuelles, faire de la politique autrement signifie faire passer les intérêts de la population avant les intérêts étroits de chaque parti. En cela, l’ouverture de Pauline Marois en faveur d’une telle entente est significative et mérite une sérieuse considération de la part de QS. À défaut d’une telle entente, c’est une coalition de l’establishment économique avec la petite bourgeoisie nationale autour de la CAQ qui se réalisera. Avec le risque énorme de faire régresser le Québec de plusieurs années en arrière, comme on le voit à Ottawa présentement. Et cela, même avec quelques députés de Québec solidaire à l’Assemblée nationale.


* Par classes moyennes j’entends principalement les propriétaires de petites et moyennes entreprises et les plus hauts salariés du corps professionnel et de l’État.

SOPA : Le double langage des Républicains américains

Le front d’opposition qui s’est brandi contre les projets de loi SOPA (Stop Online Privacy Act) et PIPA (Protect Intellectual Property Act) présentement à l’étude au Congrès américain aura marqué des gains importants, le gouvernement américain craignant les conséquences économiques de la fermeture de sites comme Google et autres moteurs de recherches, après l’annonce par Wikipedia qu’il fermera sa version anglaise en substituant une page noire sur son URL en symbole de « grande noirceur ».

Derrière ces projets de loi se dessine la volonté des milieux idéologiques de droite, Républicains en tête, d’étendre l’hégémonie et le contrôle des grandes puissances contre la libre circulation de l’information dans une période de crise économique où les « va-t-en-guerre » ne cessent de répandre désinformation et propagande.

Le Guardian de Londres révélait d’ailleurs que l’auteur de la SOPA, le républicain Lamar Smith avait littéralement été acheté pour défendre son projet de loi. Cela au moment où, en pleine campagne électorale pour trouver un candidat à la présidence, les Républicains ne cessent de marteler qu’il faut réduire le rôle et la taille de l’État. Pas étonnant que Ruppert Murdoch qui n’a pas manqué de violer la vie privée par des écoutes électroniques illégales se soit rangé du côté des tenants des deux projets de loi.

Les grandes maisons de production cinématographique et du disque, Hollywood en tête, qui ont bâti leur succès en écrasant les auteurs font l’unanimité derrière le projet de Loi tandis que la plupart des grands moteurs de recherches et les intellectuels s’y opposent, tout comme la chambre des représentants, qui elle, craint surtout les conséquences économiques d’une action concertée contre l’adoption de la SOPA.

À lire sur le sujet :

Wikipedia fermera son site mercredi

Ruppert Murdoch s’en prend à Google

La maison blanche rejette la SOPA et la PIPA

Pétition en ligne pour protester contre la SOPA et la PIPA

La guerre financière globale, l’escalade dans le golfe Persique et les menaces vitales contre le système des pétrodollars

Standards & Poor’s – certainement visée par l’ancien Président français Valery Giscard d’Estaing lorsqu’il parlait d’« officines» déstabilisant l’économie européenne – perpétue une stratégie de diversion en dégradant la note de neuf pays de l’Euroland, parmi lesquels la France, l’Italie, le Portugal, l’Autriche et l’Espagne. L’entreprise financière Standards & Poor’s, critiquée depuis une décennie pour son incapacité à prédire l’effondrement d’Enron, de Lehman Brothers et plus récemment de MF Global, provoque donc un choc psychologique en France à 100 jours de l’élection présidentielle, les effets de cette « dégradation » étant sur-amplifiés par une certaine dramatisation médiatique.
Si l’on adhère à la lecture des événements que partagent Valery Giscard d’Estaing, le chercheur Emmanuel Todd ou la présidente du MEDEF Laurence Parisot, la guerre psychologique menée contre l’Europe par les « officines » anglo-saxonnes et leurs relais médiatiques et spéculatifs monte en intensité, l’Euroland étant ciblé dans son ensemble. Pourtant, de l’autre côté de l’océan Atlantique, les États-Unis – qui malgré leurs difficultés structurelles restent la première puissance mondiale sur le plan financier, militaire, culturel et économique – affichent un endettement national de plus de 15 000 000 000 000 de dollars US, pour une dette totale avoisinant les 56 000 000 000 000 de dollars US, selon les chiffres officiels de l’horloge nationale de l’endettement des États-Unis.
Au vu de cette dette gargantuesque, nous pouvons affirmer avec confiance que, dans l’hypothèse où le système des pétrodollars s’effondre du fait de la diversification monétaire dans les échanges commerciaux et pétroliers internationaux, les États-Unis en tant qu’État fédéral font faillite et se retrouvent de facto en catégorie D (« En défaut »), quelle que soit la position des agences de notation. Dans ce contexte, les généraux du Pentagone, qui représentent l’omnipuissant complexe militaro-financier-énergétique des États-Unis, ne peuvent accepter la politique d’abandon du dollar comme monnaie d’échanges pétroliers qui est menée par l’Iran, en ce qu’elle constitue par essence une menace vitale contre le système des pétrodollars. Par conséquent, tout porte à croire que les généraux du Comité des chefs d’État-major interarmées du Pentagone (JCS) planifient un conflit armé contre l’Iran, comme l’indiquent les dernières déclarations du général Dempsey – qui dirige le JCS – et de Leon Panetta, le secrétaire à la Défense à l’origine du récent durcissement rhétorique visant l’Iran (avant l’offensive économique, psychologique et stratégique actuelle).
Aujourd’hui, les États-Unis mènent à l’égard de l’Iran une guerre économique totale, accompagnée de mouvements militaires à grande échelle. Ce déploiement stratégique est axé sur le positionnement prochain d’au moins deux porte-avions US dans le golfe Persique (l’USS Carl Vinson étant censé relever l’USS John Stennis, avant d’être rejoint par l’USS Abraham Lincoln). Cette importante planification écourte les nuits du commandant en chef de l’US Navy, l’amiral Jonathan Greenert, selon ses propres déclarations publiques.
Depuis le naufrage de l’USS Maine dans le port de Cuba en 1898, dont l’exploitation médiatique provoqua la guerre hispano-américaine, en passant par les mystérieux incidents du golfe du Tonkin du 4 août 1964 qui précipitèrent les États-Unis dans la guerre contre le Nord-Vietnam, l’Histoire militaire des États-Unis reste entachée de zones d’ombres lorsqu’il est question des incidents navals comme casus belli, et plus généralement des justifications précipitant les forces armées US dans leurs récentes guerres. Sachant que Dick Cheney avait songé, selon Seymour Hersh, à organiser une attaque sous faux pavillon contre des navires de la 5ème flotte des États-Unis – envisageant une opération contre la flotte US par des Navy Seals grimés en Gardes révolutionnaire iraniens à proximité du détroit d’Ormuz – une provocation navale immédiatement attribuée à l’Iran semblerait suffire au déchainement de la puissance militaire des États-Unis contre un Iran déterminé à résister. Il semblerait que de telles provocations soient en cours au moment où ces lignes sont écrites. Quoi qu’il en soit, l’on pourrait penser qu’en ne réagissant pas militairement à la politique étrangère de l’Iran, les hauts responsables US auraient beaucoup plus à craindre de l’effondrement du système des pétrodollars que d’une guerre contre l’Iran, aux conséquences pourtant incalculables au vu du contexte économique et financier particulièrement volatile (quoique propice aux augmentations constantes du prix des hydrocarbures). Sans surprise, les pétromonarchies du Golfe et Israël soutiennent ouvertement cette guerre.

 

Quoi qu’il en soit, à travers la politique étrangère iranienne, le statu quo des pétrodollars semble sérieusement menacé. Aujourd’hui, la Chine achète le pétrole iranien en euros, et les États-Unis ne semblent pas en mesure d’influer sur la politique chinoise vis-à-vis de l’Iran, les relations sino-iraniennes datant de la période préislamique, au 1er siècle avant Jésus Christ. L’Inde est en train de mettre en place un système d’achat de l’or noir perse en roupies. Enfin, la Russie s’apprête à mettre en œuvre avec l’Iran un accord d’échanges pétroliers et commerciaux en rial et en roubles. Comme elle l’a fait il y a quelques mois avec la Russie, le Chine a également adopté avec le Japon un système d’échanges énergétiques et commerciaux centré sur leurs monnaies respectives. La suprématie du dollar comme monnaie de réserve internationale est donc indiscutablement mis à mal. Toutefois, le système des pétrodollars qui l’impose depuis des décennies est encore plus dangereusement remis en cause par une politique d’affirmation de puissance invariablement menée par l’Iran.

Comme l’a écrit avec justesse Peter Dale Scott à l’aube du conflit ayant déstructuré la Libye, « La question du pétrole est étroitement liée à celle du dollar, car le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale dépend largement de la décision de l’OPEP de libeller les achats du pétrole de l’OPEP en dollars. L’économie actuelle des pétrodollars se fonde sur deux accords secrets passés durant les années 1970 avec les Saoudiens pour recycler les pétrodollars dans l’économie des États-Unis. Le premier de ces accords assurait une participation spéciale et durable de l’Arabie saoudite dans la santé du dollar US ; le second sécurisait un soutien saoudien continuel pour la tarification de l’intégralité du pétrole de l’OPEP en dollars. Ces deux accords garantissaient que l’économie des États-Unis ne serait pas affaiblie par les hausses de prix du pétrole de l’OPEP. Depuis lors, le plus lourd fardeau a en fait été porté par les économies des pays les moins développés, qui doivent acheter des dollars pour leurs fournitures en pétrole. Comme Ellen Brown l’a relevé, d’abord l’Irak et ensuite la Libye ont décidé de défier le système des pétrodollars et de stopper leurs ventes de pétrole en dollars, peu avant que ces deux pays ne soient attaqués ». Aujourd’hui, l’Iran semble être dans cette position de « cible » chez les planificateurs militaires du Pentagone. Toutefois, ce pays vient de démontrer qu’il est opérationnellement capable de boucher l’aorte d’une économie mondiale fragilisée et instable : le détroit d’Ormuz.


Maxime Chaix, traducteur et analyste politique indépendant.

Articles de Maxime Chaix publiés par Mondialisation.ca

L’Occident s’emploie à installer le chaos au Sud de la planète (Dissident Voice)

Dan GLAZEBROOK

 

 

 

 

 

 

 

La crise économique qui a commencé en 2008 et que la presse occidentale nous a dûment décrite comme imprévisible et complètement imprévue était en fait tout sauf cela. En effet le cycle capitaliste d’expansion et de récession s’est répété si souvent pendant des siècles que son existence est ouvertement admise par tous les économistes, y compris ceux de la pensée régnante, qui l’appellent par euphémisme, le « cycle des affaires ». Seuls ceux qui tirent profit de notre ignorance de cette dynamique — les profiteurs milliardaires et les laquais qu’ils se paient dans les médias et au gouvernement — essayent de le nier.

Une dépression se produit lorsque la « production dépasse la demande » c’est à dire quand les gens n’ont plus les moyens d’acheter tout ce qui est fabriqué. C’est inévitable dans un système capitaliste où les moyens de production sont privatisés parce que la classe laborieuse mondiale dans son ensemble n’est jamais assez payée pour pouvoir acheter tout ce qu’elle fabrique collectivement. Les produits non vendus commencent donc à s’accumuler et les installations de production — usines, etc, — sont fermées. Les employés sont licenciés, leurs revenus diminuent et le problème s’aggrave. C’est exactement ce qui se passe en ce moment sous nos yeux.

Dans de telles circonstances les opportunités d’investissements profitables se tarissent — les détenteurs de capital ne trouvent plus d’endroits sûrs où placer leur argent. Pour eux, c’est la crise — et non le chômage, la famine, la pauvreté, etc (qui après tout demeurent un trait endémique de l’économie capitaliste mondiale même pendant les « périodes de boum » quoiqu’un peu atténué). Les gouvernements sous leur contrôle — par l’intermédiaire des médias qu’ils possèdent, de la spéculation sur la monnaie et du contrôle de l’économie — s’efforcent alors de leur trouver de nouveaux domaines d’investissement rentables.

Une manière de le faire est de détruire les services publics et de créer de la sorte des opportunités d’investissement dans les compagnies privées qui les remplacent. Dans l’Angleterre des années 1980, Margaret Thatcher a privatisé l’acier, le charbon, le gaz, l’électricité, l’eau et beaucoup d’autres choses encore. Cela a rapidement plongé des millions de personnes dans le chômage à mesure que les usines et les mines fermaient et sur le long terme cela a provoqué l’augmentation massive des prix des services de première nécessité. Mais cela a eu l’effet désiré —cela a fourni des opportunités d’investissements rentables (pour ceux qui avaient du capital à placer) à un moment où de telles opportunités étaient rares et a créé une source de fabuleux profits sur le long terme. Cet été par exemple, l’ancienne compagnie de gaz publique Centrika a encore augmenté ses prix de 18% pour arriver à 1,3 milliards de livres de profit. Cette hausse provoquera la mort de milliers de retraités qui ne pourront pas se chauffer cet hiver, mais le gaz —comme tout ce qui existe dans le système capitaliste — n’est pas là pour fournir de la chaleur mais pour augmenter le capital.

Au sud de la planète, la privatisation a été plus féroce encore. les organismes comme le FMI et la Banque Mondiale ont utilisé le levier du mécanisme de l’extorsion par la dette (selon lequel les taux d’intérêt étaient indexés sur des prêts impossibles à rembourser contractés par des dirigeants corrompus sur l’ordre des gouvernements occidentaux et qui ont rarement bénéficié aux populations) pour forcer les gouvernements d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine à réduire des dépenses publiques aussi essentielles que l’éducation et la santé ainsi que les subventions à l’agriculture. C’est une des principales causes de l’incroyable taux de mortalité infantile, des décès dus à des maladies évitables et de l’épidémie de Sida qui sévit en Afrique. Mais cette fois encore le but recherché par ceux qui orientent la politique a été atteint : de nouveaux marchés ont été créés et ceux qui possédaient d’énormes réserves de capitaux pouvaient désormais les investir dans des entreprises privées qui offraient les services que l’état n’assurait plus. Cela a donné une nouvelle vie au système du profit et le spectre de son effondrement a été écarté une fois de plus.

Lorsque la Banque Mondiale a fait fermer le service de rationnement et de distribution de grain du gouvernement indien, elle a mis fin à un système qui fournissait du grain à un prix raisonnable à tous les citoyens indiens et elle a permis aux compagnies privées de venir vendre leur grain à des prix infiniment supérieurs (parfois 10 fois plus cher). Un grand nombre d’Indiens n’ont pas pu acheter de grain et 200 millions de gens sont actuellement menacés de famine en Inde, mais les multinationales qui détiennent les stocks de grain ont fait des profits énormes — et c’est ça l’essentiel.

Cette série de privatisations à partir des années 1980 a cependant été si exhaustive que lorsque la crise de 2008 est arrivée, il ne restait que quelques fonctions étatiques à privatiser. Créer des opportunités d’investissement est devenu beaucoup plus difficile qu’il y a 30 ans parce qu’une grande partie de ce qui est potentiellement lucratif est déjà exploité au maximum.

En Europe ce qui reste des services publics est démantelé en toute hâte par les dirigeants politiques de droite, trop heureux de privatiser ce qu’il en reste, et ceux qui spéculent sur la monnaie se servent de leur pouvoir de nuisance pour détruire les pays qui tentent de résister. David Cameron, dans le droit chemin de ce qui a été imposé au Sud de la planète ces dernières dizaines d’années, se dépêche d’ouvrir le Service National de la Santé britannique aux entreprises privées et de réduire massivement les budgets des services publics en faveur des plus démunis comme les personnes âgées et les chômeurs.

Au Sud de la planète il ne reste malheureusement presque plus rien que l’Occident puisse encore privatiser car le FMI a depuis longtemps forcé les pays qu’il tenait en son pouvoir à renoncer complètement à leurs services publics.

Mais il y a une chose qui, si elle était entièrement privatisée dans le monde, engendrerait des profits à côté desquels les profits réalisés sur des nécessité de base comme la santé et l’éducation paraîtraient ridicules. Il s’agit de la fonction la plus centrale et essentielle de l’état, sa seule raison d’être, en fait : la sécurité.

Les multinationales de sécurité privée sont un des rares secteurs en croissance dans une époque de récession globale où l’augmentation du chômage et de la pauvreté génèrent le chaos et l’agitation sociale et où ceux qui ont de la fortune se demandent comment protéger leurs biens et leur vie. De plus, comme l’économie chinoise progresse à pas de géants, la supériorité militaire est en passe d’être le seul « avantage compétitif » de l’Occident — le seul domaine dans lequel sa compétence est vraiment supérieure à celle de ses rivaux. Transformer cet avantage en opportunités d’investissements et de profits à grande échelle est aujourd’hui une des tâches principales des leaders occidentaux.

Selon un article récent du Guardian, la firme de sécurité privée anglaise Group 4 est désormais « le plus grand employeur du secteur privé en Europe » avec 600 000 employés — 50% de plus que le total des forces armées françaises et anglaises combinées. Avec une croissance de 9% dans son département « nouveaux marchés » l’année dernière, l’entreprise a « déjà bénéficié des soulèvements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient« . La Libye est une aubaine pour Group 4 maintenant que la sécurité n’y est plus de tout assurée probablement pour des dizaines d’années grâce à la destruction par l’OTAN des forces armées et de tout l’appareil d’état du pays. Comme la guerre entre les factions rebelles rivales a remplacé l’état de droit et qu’il n’y a aucun espoir qu’une police gouvernementale puisse fonctionner dans un avenir proche, les Libyens qui ont réussi à atteindre des positions de pouvoir ou de richesse auront sûrement besoin de s’assurer les services d’entreprises privées de sécurité pendant encore de nombreuses années.

Quand Philip Hammond, nouveau Secrétaire à la Défense britannique et homme d’affaires multi-millionaire, a suggéré que les entreprises britanniques « fassent leur valises pour aller en Libye » il ne pensait pas seulement aux entreprises spécialisées dans la reconstruction et le pétrole, il voulait aussi parler des entreprises privées de sécurité.

Les entreprises militaires privées deviennent aussi d’énormes multinationales — la plus célèbre est la compagnie étasunienne Blackwater, rebaptisée Xe Services après que son nom soit devenu synonyme des massacres commis par ses forces en Irak. Aux Etats-Unis, Blackwater a déjà relayé l’état dans beaucoup de ses fonctions régaliennes — elle a facturé ses services au Département de la Sécurité Intérieure 1000 dollars par jour et par personne à la Nouvelle Orléans après l’ouragan Katrina par exemple. « Quand vous avez un courrier urgent, utilisez-vous le service postal ou FedEx ? » a demandé Erik Prince, le fondateur et président de Blackwater. « Le but de notre entreprise est de faire dans le domaine de la sécurité ce que FedEx a fait pour la distribution du courrier« . Un autre officiel de Blackwater a déclaré que « aucun d’entre nous n’aime l’idée de tirer profit de la dévastation. C’est tout à fait déplaisant. Mais c’est la réalité. Les docteurs, les hommes de loi, les employés des pompes funèbres et même les journalistes, gagnent tous leur vie parce que des choses pénibles se produisent. C’est pareil pour nous, il faut bien que quelqu’un fasse ce travail« .

Cela devient dangereux quand le climat économique est tel que la gouvernement le plus puissant du monde croit devoir faire de son mieux pour créer de telles opportunités pour ses entreprises. Pendant la guerre froide, l’armée étasunienne a oeuvré (et continue à oeuvrer) pour maintenir le Sud de la planète dans la pauvreté en attaquant tout gouvernement qui essayait sérieusement d’améliorer le sort du peuple et en imposant des dirigeants qui écrasaient les syndicats et tenaient la population en respect. Cela a crée des opportunités d’investissement parce que cela a maintenu la plus grande partie de la force de travail mondiale dans des conditions si désespérées qu’elle était prête à travailler pour rien. Mais maintenant ça ne suffit plus. En période de récession, le fait que la main d’oeuvre soit bon marché ne sert plus à rien si personne n’achète plus vos produits. Pour créer des opportunités pour leurs entreprises — un grand marché mondial pour ses services militarisés — les gouvernements occidentaux doivent faire régner non seulement la pauvreté mais la dévastation. Le chaos est le meilleur moyen de transformer leur compétence en matière de sécurité en une opportunité commerciale susceptible de devenir une voie royale d’investissements au moment où toutes les autres sources de profit se tarissent.

Comme le Times l’a écrit récemment, « dans l’Irak d’après guerre, la branche d’affaires qui a fait un bond spectaculaire n’est pas le pétrole. C’est la sécurité« . En Irak comme en Afghanistan, une situation d’insécurité et de guerre civile chronique et persistante a été créée par une méthode très précise. D’abord on détruit complètement le pouvoir gouvernemental existant. Ensuite on rend impossible le recours aux compétences locales pour reconstruire l’état en empêchant les anciens officiels de travailler pour le nouveau gouvernement (un procédé qu’on a baptisé en Irak la « dé-Ba’athisation). En même temps, on bannit l’ancien parti au pouvoir — la formation politique la plus importante et la mieux organisée du pays — et comme il ne peut plus jouer aucun rôle dans le processus politique, il n’a d’autre choix que de prendre les armes pour avoir de l’influence, condamnant de ce fait le pays à la guerre civile. Ensuite on attise le sectarisme le plus virulent ainsi que les divisions existantes qu’elles soient religieuses, tribales ou ethniques, la plupart du temps par des opérations clandestines des services secrets occidentaux. Enfin on privatise toutes les ressources, ce qui engendre des niveaux dangereux de chômage et d’inégalités chroniques. La situation est sans issue car ceux qui ont un diplôme ou une qualification — et qui ont aussi des moyens et des relations — émigrent, laissant derrière eux une pénurie catastrophique en main d’oeuvre qualifiée et une société qui a encore moins de chance de sortir du chaos.

L’instabilité ne s’arrête pas aux frontières du pays qui a été détruit. Dans un effet domino d’un superbe cynisme, par exemple, l’agression contre l’Irak a aussi contribué à déstabiliser la Syrie. Trois quart des 2 millions d’Irakiens qui fuyaient la guerre en Irak se sont réfugiés en Syrie accentuant la pression sur l’économie syrienne qui est une des causes principales de l’agitation actuelle dans ce pays.

La destruction de la Libye sera aussi un important facteur de chaos dans la région. Selon la Mission de soutien à la Libye de l’ONU « la Libye avait accumulé de grandes quantités de Manpads (des missiles anti-aériens) provenant de tous les pays qui en fabriquaient. Bien que des milliers d’entre eux aient été détruits pendant les 7 mois d’opérations de l’OTAN, on craint de plus en plus que ces systèmes de défense portables n’aient été pillés et ne prolifèrent tout comme les munitions et les mines, augmentant de la sorte le risque potentiel d’instabilité locale et régionale« . Par ailleurs, un grand nombre de pays africains instables jouissent actuellement d’une paix fragile garantie par des forces de paix dans lesquelles les troupes libyennes jouaient un rôle central. Le retrait de ces troupes pourrait bien nuire au maintien de la paix. De plus la Libye de Kadhafi avait généreusement contribué à des projets de développement africains ; une politique qui ne sera certainement pas reconduite par le CNT — avec là encore des conséquences potentielles de déstabilisation.

Il est clair qu’un politique de destruction et de déstabilisation n’alimente pas seulement le marché de la sécurité privée mais aussi les ventes d’armes — et dans ce domaine aussi les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France sont encore leaders. En fait une politique de dévastation au moyen de guerres éclairs est en parfaite adéquation avec les trois objectifs stratégiques à long terme des planificateurs occidentaux :

1. Accaparer une part aussi grande que possible des ressources mondiales qui commencent à diminuer, et surtout le pétrole, le gaz et l’eau. Le gouvernement d’un pays dévasté est à la merci d’une puissance occupante en matière de contrats. La Libye de Kadhafi, par exemple, avait réussi à passer des accords sur le pétrole notoirement exigeants avec les puissances occidentales — en profitant de la hausse du pétrole en 1973 et à nouveau en 2009 au point d’être accusé par le Financial Times de « Nationalisme des Ressources ». Mais le nouveau gouvernement du CNT de Libye a été choisi pour sa servilité aux puissances étrangères — et il sait que le pouvoir lui serait ôté s’il cessait de servir leurs intérêts.

2. Empêcher le développement du Sud de la planète, principalement en détruisant tous les pouvoirs régionaux indépendants (comme l’Iran, la Libye, la Syrie, etc) et en déstabilisant, isolant et encerclant les puissances mondiales montantes (en particulier la Chine et la Russie).

3. Surmonter ou limiter l’impact de l’effondrement économique en utilisant leur supériorité militaire pour créer et conquérir de nouveaux marchés par la destruction et la reconstruction des infrastructures et l’élimination de la compétition.

Cette politique de dévastation totale se différencie des politiques menées pendant la guerre froide par les puissances occidentales. Pendant la guerre froide, la stratégie centrale était la même mais les méthodes différaient. On déstabilisait et envahissait régulièrement les états indépendants du Sud de la planète mais habituellement avec l’objectif d’y installer des « dictateurs complaisants ». C’est ainsi que Lumumba a été renversé et remplacé par Mobutu ; Sukarno par Suharto ; Allende par Pinochet ; etc, etc. Mais le danger de cette politique « d’imposer un homme fort » était que ces hommes forts pouvaient se rebeller. Saddam Hussein en a été l’exemple parfait. Après avoir été soutenu pendant une dizaine d’année par l’Occident, il a attaqué le Koweït, un laquais de l’Occident. Les gouvernements que l’on contrôle peuvent facilement devenir incontrôlables. Cependant, aussi longtemps que les Occidentaux ont eu besoin des services que lui procuraient les armées de ces leaders (pour protéger leurs investissements, réprimer les travailleurs, etc) ; ils les ont soutenus. La crise économique qui sévit aujourd’hui en Occident nécessite des mesures plus drastiques. Et grâce au développement des entreprises privées de mercenaires et de sécurité, les armées de ces hommes forts deviennent de plus en plus inutiles.

Le Congo est un bon exemple. Pendant 30 ans, les puissances occidentales ont soutenu la loi d’airain de Mobutu Sese Seko sur le Congo. Puis, au milieu des années 1990, elles l’ont laissé renverser. Cependant, au lieu de laisser les forces de la résistance congolaise prendre le pouvoir et établir un gouvernement, elles ont sponsorisé une invasion du pays par l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi. Bien que ces pays aient largement retiré leurs milices, l’Occident a continué à sponsoriser des milices qui ont empêché le pays de connaître un seul instant de paix en 15 ans, ce qui a engendré le plus grand massacre depuis la seconde guerre mondiale : environ 5 millions de morts. Comme le gouvernement est dans l’incapacité totale de fonctionner, les entreprises occidentales qui pillent les ressources du Congo ont pu le faire à peu près gratuitement. Bien que le Congo soit le plus grand fournisseur de coltane et de cuivre, entre autres métaux précieux, le montant total des taxes perçues par le pays sur ces produits en 2006-2007 a été d’à peine 32 millions de livres. C’est sûrement beaucoup moins que n’importe quel marionnette néo-coloniale aurait exigé.

Cela change complètement le sens du mot « gouvernement ». Au Congo, les efforts du gouvernement pour stabiliser et développer le pays ont été réduits à néant par les stratégies de déstabilisation de l’Occident et de ses hommes de main. En Afghanistan, tout le monde sait que la signature du gouvernement ne signifie rien en dehors de Kaboul, et encore. Mais justement c’est ça le but. Le rôle des gouvernements imposés à l’Afghanistan, l’Irak et la Libye, comme celui qu’on essaie d’imposer à la Syrie, n’est pas de gouverner ni de fournir aux populations ce dont elles ont besoin — et pas même la sécurité minimale. Ils sont là pour donne une apparence de légitimité à l’occupation d’une pays et pour octroyer des contrats d’affaires au pouvoir colonial. Ils n’ont absolument aucune autre fonction, du moins aux yeux de leurs sponsors.

Il va sans dire que cette politique de dévastation transforme les pays qui en sont victimes en enfers. Après plus de 30 de déstabilisation occidentale et 10 ans d’occupation, l’Afghanistan a les plus mauvais indices dans toutes les statistiques disponibles sur le développement avec une espérance de vie de 44 ans, et un mortalité des enfants de moins de 5 ans de un sur quatre. Mathew White, un professeur d’histoire qui vient de publier une étude des pires atrocités commises dans l’histoire dit dans sa conclusion qu’il ne fait pas de doute que « le chaos est beaucoup plus meurtrier que la tyrannie« . C’est une parole de vérité que beaucoup d’Irakiens peuvent confirmer.

Dan Glazebrook

Dan Glazebrook écrit pour le Morning Star et il fait partie de l’équipe éditoriale des publications OURAIM. 

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2011/12/the-west-aims-to-turn-the-…

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

Les hypocrites

La confusion des genres

Derrière l’exercice de la « démocratie » que je me vois presque en tout temps obligé de mettre entre guillemets, il y a des hommes et des femmes. Ceux et celles qui à différents niveaux des institutions publiques prennent des décisions. Or les pièges ou les biais de la démocratie ne sont pas nécessairement, comme on nous le laisse trop facilement entendre, l’envers inévitable de la médaille. Lorsque les décisions vont à l’encontre des principes de la démocratie, celles et ceux qui prennent ces décisions, forts de leur mandat de représentation, sont bien souvent des hypocrites.

Or les hypocrites jouent continuellement dans la confusion des genres. Et s’il est un domaine où ils excellent particulièrement, c’est bien au niveau de la loi électorale. L’enveloppe politique de l’exercice du droit démocratique.

Au Québec, bien des progrès ont été réalisés depuis la Révolution tranquille. Une des réformes majeures dont peu de personnes contestent le bienfait concerne le financement des partis politiques. Pendant longtemps, le financement des partis politiques, hormis le paiement d’une carte de membre, avait un caractère profondément antidémocratique, car il pouvait provenir d’entreprises et de très grandes entreprises privées cherchant à substituer aux citoyens, leurs intérêts privés. Une manière d’ériger en citoyen l’entreprise privée. Lorsque la réforme de la loi électorale limita le droit de faire des dons à la caisse électorale des partis politiques aux particuliers, on imposa une limite à ces dons pour éviter qu’on puisse contourner le principe selon lequel l’État est le représentant des citoyens et non des entreprises.

Pourquoi les entreprises ne peuvent-elles pas financer les partis politiques. On dit souvent qu’une corporation est une entité morale au sens de la loi. En réalité cela veut dire simplement qu’une entreprise ne peut se situer au-delà de la loi ou encore qu’un individu (ou un groupe d’individus) ne peut utiliser son entreprise pour contourner la loi. Mais cela n’accorde aucun droit de vote, ni de représentation politique aux entreprises. Ce principe est-il respecté dans la réalité? Cela est une toute autre question. Il suffit de penser à l’organisation officielle du lobbyisme et à la manière dont les pétrolières ont acquis des droits sur les terres publiques. Si les éléments les plus démocratiques de la loi sont le fruit de l’évolution politique et sociale, ils sont avant tout le fruit des luttes menées par les organismes les plus représentatifs du mouvement ouvrier et populaire. Des luttes grandement inspirées au début du siècle dernier par des pays ayant réalisé des politiques sociales avancées, notamment dans les systèmes d’éducation et de la santé. Ces luttes avaient pour but notamment de créer un rapport de force en faveur de la démocratie. Par le fait même les acquis auxquels ce rapport de force conduit seront aussi instables que le rapport de force lui-même. On a pour preuve les reculs dans lesquels le gouvernement Harper est en train de mener le Canada sur les armes à feu, Kyoto, le mariage gai, etc.

« Démocratie » et Démocratie

Essentiellement, le système capitaliste a une double dénomination. 1- Le mot « capitalisme » ou son adjectif signifie que l’organisation de base de la société est fondée sur le capital et ses intérêts. 2- Le mot « système » signifie qu’il s’agit d’une organisation structurelle (on pourrait dire globale). Ce système a un caractère politique, social et culturel autant qu’économique. Dans tous les cas, le caractère « démocratique » des décisions politiques n’aura pour finalité que la réalisation de ces deux objectifs, soit la réalisation du système capitaliste. Et malgré toutes les prétentions des idéologues qui en font la défense, l’inverse n’est pas vrai. En d’autres mots, dans un système capitaliste la « démocratie » a pour fonction de représenter le capitalisme mais le capitalisme ne représente pas la démocratie (sans guillemets). Voilà pourquoi nous sommes confrontés à la nécessité de distinguer entre démocratie formelle et démocratie réelle. Une distinction qui nous ramène toujours à la question de savoir quels intérêts sont défendus par la démocratie. Ceux des citoyens ou ceux des grandes entreprises et du capital. Dès lors nous devons comprendre que la notion de démocratie ne saurait être évaluée que de manière concrète et non pas abstraite.

La Loi sur le financement des partis politiques est-elle vraiment un grand pas en avant? Après la noirceur duplessiste et les collusions éhontées entre le privé et le gouvernement on ne saurait le contester. Mais à l’époque, dans un souci d’apparence équitable visant à ne faire aucune exception, on avait trouvé le moyen de mettre sur un pied d’égalité l’organisation syndicale des travailleurs et l’entreprise privée. Ainsi une organisation de travailleurs qui voudrait former un parti politique des travailleurs et soutenir financièrement celui-ci par une organisation syndicale qu’il a mise sur pied pour défendre ses droits, ne peut pas le faire puisqu’un patron ne peut pas financer un parti politique à partir de son entreprise. Une manière de mettre sur un pied d’égalité une organisation démocratique et une entreprise qui n’a absolument rien de démocratique.

La grande illusion

Il faut dire ici que le mouvement syndical ne s’est pas toujours aidé. Lorsque sous la direction de Louis Laberge, la FTQ (Fédération des travailleurs du Québec) a décidé d’abandonner la lutte des classes pour combattre non pas contre, mais dans le système capitaliste, elle décidait de se comporter non plus comme représentant d’un mouvement démocratique, mais comme une entreprise à l’intérieur du système capitaliste. Une occasion que n’allait pas rater Jacques Parizeau, alors ministre des Finances, en appuyant la création du Fonds de solidarité de la FTQ dont le but était essentiellement de prendre l’argent des travailleurs pour l’investir directement dans les petites et moyennes entreprises. Un modèle qu’allait suivre la CSN (Confédération des syndicats nationaux) en mettant sur pied le Fondaction en 1995. Si l’on compare l’évolution générale de la condition des travailleurs dans la période 1960-1980 caractérisée par le Front commun des travailleurs, l’emprisonnement des chefs syndicaux, la grève générale et les gains réels du mouvement ouvrier à celle de 1980-2011 dominée par l’esprit  d’entrepreneuriat, la division syndicale, la collusion avec les entreprises et les reculs sur les acquis passés, on pourrait appeler cette dernière période de « grande illusion ».

Jusqu’où ira l’hypocrisie?

Il faut dire que les reculs ne sont pas qu’économiques et sociaux. Ils sont beaucoup « idéologiques », politiques et culturels. La coupure avec les luttes du mouvement ouvrier n’est pas le propre de la  génération Y  . La gauche traditionnelle y est pour beaucoup. Oubliant que les principaux acquis des années ’60-’70 étaient le fruit de luttes souvent épiques, plusieurs ont eu tendance à les attribuer à des valeurs propres au système capitaliste. Se confortant dans l’anticommunisme sommaire et valorisant l’individualisme à succès, la gauche des années ’80 à aujourd’hui s’est cantonnée dans un rôle de faire-valoir du capitalisme. Ce qui a donné lieu à la trahison de presque tous les gouvernements sociodémocrates qui furent parmi les grands promoteurs du néo-libéralisme alors qu’ils avaient été portés au pouvoir dans le but de matérialiser sur le plan politique les acquis populaires. Ce fut le cas dans toutes les provinces canadiennes ou le NPD (Nouveau Parti Démocratique) fut élu, de la même manière que dans des pays comme l’Angleterre et la France.

Au point que les travailleurs n’ont plus d’éléments de référence. Même chez Québec solidaire on trouve un fort courant antisyndical, comme on en trouvait dans le mouvement « Occupons-Montréal ».
Faut-il se surprendre dès lors que la loi électorale en soit rendue jusqu’à interdire aux travailleurs de s’exprimer pendant une campagne électorale? Le 15 avril 2009, le DGEQ (Directeur général des élections du Québec) prononçait 10 verdicts de culpabilité contre la FTQ parce que cette dernière s’était prononcée publiquement dans certaines circonscriptions électorales en faveur d’un vote éclairé lors des élections générales du 14 avril 2003 et mettait les travailleurs en garde contre un vote adéquiste. Aujourd’hui la Cour suprême vient d’annoncer qu’elle refusait d’entendre l’appel de la FTQ en vertu de la libre expression en période électorale. Le mouvement ouvrier ne peut donc pas exprimer l’intérêt de ses membres en période électorale! Encore pourrait-il former un parti politique des travailleurs mais il ne pourrait pas le financer.

À propos du Huffington Post québécois

Normand Baillargeon sur son FB a publié la question suivante :

Votre avis?

Sollicité par le Huffington Post pour tenir bénévolement un blog, rassuré par la présence annoncée d’O. Khadir, de F. David, de S. Guilbault (entre autres), par la promesse d’écrire ce que je veux quand je le veux à un grand lectorat auquel faire connaître les idées qui me sont chères, j’ai, sans plus de vérification (mea culpa), répondu oui à cette demande. Elle cause un certain scandale (http://goo.gl/wqW9n). Vous feriez quoi, vous?


Mon commentaire :
Au premier abord ce n’est pas pire qu’un serveur qui offre de l’espace gratuit pour apâter une clientèle plus large.
Ce serait une erreur de confondre gratuité et bénévolat. Ceux qui font du bénévolat ne font pas ce qu’ils veulent, ni quand ils veulent et ne disent pas ce qu’ils veulent non plus. Quand je vois un homme « à la retraite » au Service d’information d’un grand hôpital, un, deux ou trois jours semaine, je vois un travailleur qui rejette la politique du salaire minimum ainsi que tous les acquis du mouvement ouvrier. Notamment la convention collective. Ce bénévolat coûte cher à l’état car il augmente le coût du chômage et de la sécurité du revenu. C’est un geste non-solidaire sollicité sur des bases démagogiques. Il y a d’autres façons de faire du bénévolat. .
Ici nous avons un cas qui met en relief la transformation des moyens de production (et) de communication provoquée par les nouvelles technologies. Si Huffington Post mettait à pieds des rédacteurs pour leur substituer des bénévoles, là je verrais un sérieux problème. Ce qui ressemblerait d’ailleurs aux tactiques anti-syndicales de Québécor qui empruntait les textes à l’intérieur de son réseau médiatique. C’est pourquoi il me semble que la Newspaper Guild fait fausse route. On ne remplace pas des employés par des « bénévoles ». On crée une nouvelle plateforme qui n’existerait sans doute tout simplement pas sans ce principe de gratuité.
Sur les principes moraux il y a bien d’autre questions qui mériteraient d’être posées dans le domaine de la publicité, de nos achats, de l’environnement. Qui peut prétendre ne pas être au service du grand capital dans notre société, en commençant par le domaine de notre consommation quotidienne. La vie est un grand compromis de tous les jours.
La question à se poser est plutôt personnelle. Avec qui ces personnes de gauche se retrouveront-elles bientôt ? C’est une question impossible à répondre en ce moment. Mais en autant qu’elles sont libres de dénoncer leur entente et de s’en libérer si le poids devient trop lourd, moi personnellement je n’y vois aucun problème.

Espagne : Les écolos-communistes élargissent leurs appuis

Malgré la victoire sans équivoque de la droite espagnole face à une gauche socialiste molle et compromise, et malgré un système électoral pas tout à fait au point et fortement défavorable aux communistes (deux élus pour 1,000,000 d’électeurs avant les dernières élections), les écolos-communistes représentés sous la bannière : d’ Izquierda Unida, occuperont onze sièges à la chambre basse espagnole et pourront désormais former un groupe parlementaire.
Les partis politiques espagnols

Repositionnement des forces militaires US

War Tour : départs et arrivées
L’art de la guerre

par Manlio Dinucci

Le 8 novembre 2011
il manifesto

Au Pentagone, on l’appelle « repositioning », repositionnement de forces militaires. C’est le grand Tour de la guerre, dont les localités préférées sont en Asie et en Afrique. En partance d’Irak, les troupes Usa. Immanuel Wallerstein qualifie ce départ de « défaite comparable à celle subie au Vietnam », parce que les « dirigeants politiques irakiens ont contraint les Etats-Unis à retirer leurs troupes » et « le retrait a été une victoire pour le nationalisme irakien ». Selon lui, après deux guerres, l’embargo et huit années d’occupation qui ont provoqué des millions de morts et d’énormes destructions, l’Irak sort plus fort et indépendant, puisqu’il arrive à imposer sa volonté à la plus grande puissance mondiale. Totalement différents les faits.

Pendant l’occupation, la Cia et le Département d’Etat ont travaillé en profondeur pour « une solution politique en Irak fondée sur le fédéralisme », selon l’amendement qu’a fait passer au sénat, en 2007, l’actuel vice président Joe Biden. Il prévoit « le décentrement de l’Irak en trois régions semi-autonomes : kurde, sunnite et chiite », avec un « gouvernement central limité à Bagdad ».

Le « décentrement », c’est-à-dire la désagrégation de l’état unitaire, est déjà en acte dans le secteur de base énergétique, avec des pouvoirs locaux qui passent des accords directs avec les multinationales, parmi lesquelles dominent les étasuniennes. Et les troupes Usa qui quittent l’Irak ne rentrent pas à la maison, mais sont en grande partie « repositionnées » dans d’autres pays du Golfe, où les Etats-Unis ont déjà un contingent de 40 mille hommes, dont 23 mille au Koweït, soutenu par de puissances forces navales et aériennes.

De plus, dans les Emirats arabes unis est en train de naître une armée secrète à disposition du Pentagone et de la Cia. « Cette robuste présence militaire dans toute la région prouve que notre engagement envers l’Irak continue », assure Hillary Clinton. Le plan prévoit de potentialiser militairement les monarchies de la région, en créant une sorte d’ « OTAN du Golfe ». Et de s’en servir aussi en Afrique, comme il est déjà advenu avec la participation du Qatar et des Emirats dans la guerre de Libye, tandis que des troupes irakiennes participeront en 2012 en Jordanie à la manœuvre régionale anti-guérilla Eager Lion.

C’est la nouvelle façon de faire la guerre -soutient-on à Washington- testée par l’opération en Libye, qui a montré comment, sans envoyer de troupes ni subir de pertes, « les dirigeants de certaines puissances de moyenne grandeur peuvent être renversés à distance », en utilisant des armes aériennes et navales et en faisant assumer le poids le plus important aux alliés. Parmi ceux-ci les nouveaux dirigeants libyens qui, selon des sources fiables, ont proposé à l’OTAN de créer en Libye une grande base militaire permanente. Le plan, décidé en réalité à Washington, prévoit la présence de 15-20 mille militaires, dont 12 mille européens, avec de considérables forces aériennes et navales. Essentielles pour la « sécurité intérieure » et à disposition pour d’autres guerres contre l’Iran et la Syrie.

Uri Avnery s’en trouvera content, lui qui a « béni » la guerre de l’OTAN en Libye [1], en soutenant cependant que « la Libye s’est libérée seule ». Et Farid Adly [2], persuadé que « le drapeau du roi Idris, celui de l’indépendance, n’est pas un symptôme de retour au passé », sera satisfait de le voir flotter sur une nouvelle grande base étrangère, qui remplacera celle de Wheelus Field concédée aux USA par le souverain éclairé Idris, mais fermée par le tyrannique Kadhafi.

— Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio —