Un vote gagnant

Des différences tactiques ou presque

Au onzième jour de la campagne électorale et une semaine avant le débat des chefs, les médias s’emballent autour d’une certaine effervescence crée par l’élan donné aux élections par les soi-disant bons coups de la Coalition Avenir Québec, notamment la présentation de deux candidatures de poids, Gaétan Barette et surtout Jacques Duchesneau. Les analystes font aussi l’éloge de la tactique employée par les Libéraux et les Caquistes qui annoncent à tous les jours des promesses bombons fondées sur du populisme de droite à la Duplessis. Cent dollars pour les livres scolaires, de l’argent pour changer les fenêtres de votre maison, un médecin pour tous d’ici un an etc… On reproche au Parti québécois un programme électoral plus abstrait : assainissement du financement des partis politiques, mesures de relance économique, rapatriement du programme d’assurance-emploi et révision de la mission de la Caisse de dépôt.

Déjà avant le déclenchement des élections la ressemblance étroite entre le Parti de Jean Charest et celui de François Legault s’était révélée par leur approche commune à l’égard du conflit étudiant et de la Loi 12 (anciennement projet de loi 78). Partisans tous les deux de la loi et l’ordre, le PLQ et la CAQ se sont toujours illustrés par leur anti-syndicalisme acharné et leur liaison étroite avec les grandes corporations et leurs têtes dirigeantes, en particulier Paul Desmarais et Charles Sirois. Ces derniers flirtant autant avec l’un et l’autre, démontrent qu’en tout temps la CAQ fut mise sur pied comme moyen de rechange à un parti libéral fortement discrédité dans l’opinion publique. Un moyen de rechange mais pas de changement comme le veut le slogan de la CAQ, puisqu’en réalité les changements proposés ne visent qu’à réaliser un coup de barre encore plus agressivement à droite, plus décidé à briser les acquis sociaux et démocratiques du Québec. Ainsi le veut la grande bourgeoisie et ses corporations qui tirent les ficelles des deux partis.

Les différences d’approche dans la campagne électorale entre la CAQ et le PLQ d’un côté et le PQ de l’autre ne sont toutefois pas, comme le laissent entendre les médias, que des différences tactiques et de communication. Les mesures préconisées par le PQ s’adressent essentiellement à la petite bourgeoisie québécoise que ce dernier représente depuis le tout début de sa création. C’est à elle que s’adressent principalement les ambitions d’un plus grand contrôle sur la Caisse de dépôt. Il ne serait d’ailleurs pas surprenant que Michael Sabia, actuel dirigeant de la Caisse, un autre invité de Sagard et proche collaborateur du gouvernement fédéral alors qu’il était à la tête de Bell Canada, soit une des premières victimes d’un futur gouvernement péquiste.

Toujours est-il qu’un gouvernement péquiste, caquiste ou libéral, qu’il représente les intérêts de la grande bourgeoisie et des grandes corporations financières et industrielles ou qu’il serve de tremplin pour donner plus de place à la petite bourgeoisie québécoise au sein de l’establishment économique, ne sera toujours en bout de ligne, qu’un gouvernement au service des entreprises et des grandes corporations. Celles qui décideront des politiques du gouvernement.

La trêve en question

L’immense prise de conscience sociale et économique qu’a fait naître au Québec le mouvement étudiant et surtout sa forte résistance aux politiques du gouvernement Charest fut le principal obstacle à la réalisation tout azymut de l’agenda néolibéral au Québec. Bien qu’il n’ait s’agit que d’une action de résistance, ce mouvement a mis en lumière le fait que cet agenda visait à réduire par tous les moyens possibles, y compris par la récupération via les coupures et les frais de services, dont les frais à l’éducation, la valeur de la force de travail. En d’autres mots, après avoir gelé et même coupé les salaires, après l’adoption d’un programme de dilapidation des ressources naturelles, après lui avoir offert des exemptions d’impôts de toutes sortes, après avoir trempé dans les plus basses magouilles de la corruption, c’est jusque dans les fonds de tiroir des travailleurs et de la population en général, ce qu’on appelle les 99%, qu’on va chercher l’argent pour engraisser encore davantage les profits et la richesse de l’establishment économique.

La prise de conscience de cette réalité fait en sorte qu’il devient de plus en plus difficile de tromper la population. D’où le rejet du gouvernement Charest au sein de la population et la nécessité pour la grande bourgeoisie de se trouver un nouveau cheval de bataille. Il n’en demeure pas moins que son substitut, la CAQ, n’arrive pas à se distinguer de l’original.

C’est ici que le Parti québécois entre en scène. Par ses liens plus étroits avec la population (petites entreprises, professionnels, socio-démocrates et tous ces secteurs qui réclament un changement, mais sans trop de turbulence), le PQ appelle au vote dit stratégique misant sur le large consensus établi dans la population, à l’effet qu’il faut battre Jean Charest à tout pris. C’est encore ici qu’il faut comprendre que le Parti québécois ne ressent pas la nécessité de faire valoir haut et fort un programme politique alternatif. Au contraire, le PQ sera même perçu par l’establishment comme plus crédible pour faire accepter par la population ce que la droite avouée n’arrive plus à faire passer. Faites l’équation et vous comprendrez alors pourquoi Mme Marois, malgré le port du carré rouge avant le déclenchement des élections, affichait tant de réticence à se prononcer sur l’enjeu des frais de scolarité et pourquoi aujourd’hui elle réclame une trêve de la part des étudiants affirmant qu’elle veut s’attaquer aux principes démocratiques qui régissent les associations étudiantes.

François Legault, Bernard Landry, Lucien Bouchard, Jacques Parizeau étaient tous des leaders du Parti québécois. Et tous appuyaient et appuient toujours le néolibéralisme et le gène capitaliste qui le nourrit. Tout comme Pauline Marois. Les apparents déchirements de cette dernière face aux enjeux sociaux et économiques ne traduisent que la contradiction entre les intérêts économiques non-avoués qu’elle met de l’avant et ceux des victimes de ces politiques qu’elle prétend défendre. Le vote utilitaire qu’elle réclame n’est stratégique que pour le Parti québécois. Pour la population, c’est un mythe.

La réalité est que la seule véritable force de changement dans ces élections est Québec solidaire. N’en déplaise à certains leaders étudiants qui ont aussi le droit de se bercer d’illusions devant une situation politique complexe et pas toujours évidente, l’affrontement avec le pouvoir ne peut échapper à la politique. Un vote stratégique authentique c’est celui qui contribue à transformer cette formidable prise de conscience sociale que le mouvement étudiant a contribué à créer, en conscience politique. Québec solidaire est un parti populaire qui regroupe cette frange de la population (jeunes, femmes, travailleurs et intellectuels), la plus désillusionnée et la plus consciente de la nécessité de bloquer les politiques néolibérales. Dans les circonstances, un vote gagnant n’est pas un vote pour le parti qui remportera le scrutin le 4 septembre prochain avec des politiques que l’on combat aujourd’hui et qu’on devra à nouveau combattre demain. Un vote gagnant c’est un vote pour un parti qui défend les intérêts du peuple et pour qui la souveraineté passe par le rejet du néolibéralisme. C’est un vote qui fera avancer la lutte contre ce même néolibéralisme.

10 Commentaires

  • Gaëtan-Daniel Drolet
    11 août 2012 - 15 h 30 min | Permalien

    «Un moyen de rechange mais pas de changement»
    «Les différences d’approche dans la campagne électorale»
    «Un vote stratégique authentique c’est celui qui contribue à transformer cette formidable prise de conscience sociale que le mouvement étudiant a contribué à créer, en conscience politique.»

    Je dirais : Que la rechange est le seul souvenir qu’ils nous reste comme peuple coureur des bois et maître de ses terres ou encore des remplisseurs d’or noir aux aires bleu, des porteurs d’encre blanche… Mais quoi? J’exagère déjà? C’est parce que c’est ma langue de bois qui salive à voir l’urgence… De quoi faire suer un tronc crisss.
    Que les différences servent à l’un et l’autre et l’autre ne sert au bout du compte qu’à augmenter la pression sans pour autant s’alarmer du danger. Un plongeur en eaux profondes sait se méfier des pressions « différents ciels » car il a vu l’autre disparaître dans la grotte. C’est un danger qui ne s’exprime presque plus tellement il est évident… Un jour j’ai demandé à mon professeur de philosophie de me dire lorsqu’il était temps d’arrêter, lorsqu’il était finalisé le projet…? Il m’a simplement calmement répondu : « Lorsque c’est évident »

    Si j’ai quelque chose à dire? C’est à ce niveau que je veux le dire. Je veux dire qu’une coquille vide reste vide même lorsqu’on la possède. Je veux dire qu’une erreur est acceptable en autant quelle est sincère et réparée. Je veux dire que la façon de se connaître comme peuple passe le fait que nous nous oublions constamment et que la valeur de nos plaques de chars passe par la qualité de notre souvenir et que notre souvenir c’est ce que nous retenons à notre attention. Une attention dans un monde où tout est suspicion ou encore récalcitrance importunance ou surprenance… Je n’en dis rien puisqu’il n’y a rien à ajouté à la rigueur froide d’une quotidienneté dominée économiquement. Ce que je veux je veux des esprits souples capables de compromis mais pas avec n’importe qui comme n’importe qui qui se respecte. Je veux un peuple une culture vivante un sourire au service de la saq comme à la ssaq ou encore à l’AQ… Je veux m’associer me dissocier et composer comme cela est propice à tout être humain de faire Je veux appartenir Ce qui veux dire une relation réciproque avec un monde qui ne calcule que seulement lorsque cela est rentable… Je veux des renvois pertinent des échos fermes d’un souvenir partagé et pas manipulé Je veux vivre au lieu de survivre… Je veux pas de promesses mais des objectifs et avec des objectifs des conséquences… Comme au secondaire au primaire et même dans le ventre de ma mère… Qu’est-ce qui se passe pour que nous cessions d’être des enfants d’une société pour n devenir que des porteurs ou des aristocrates bernés… Voyons…! Appartenir au mon c’est sentir que la boulloir boue que les vidanges sont à sortie et que le dernier crit son biberon Mais qu’est-ce donc qu’autre chose que la récalcitrance l’importunance et la surprenance?????

  • Gaëtan-Daniel Drolet
    11 août 2012 - 15 h 45 min | Permalien

    poli-ti-ciens

  • Gaëtan-Daniel Drolet
    11 août 2012 - 15 h 46 min | Permalien

    poli-ci-er

  • Gaëtan-Daniel Drolet
    11 août 2012 - 15 h 46 min | Permalien

    poli-siens

  • Gaëtan-Daniel Drolet
    11 août 2012 - 15 h 55 min | Permalien

    Très bonne analyse en passant… Mais, je me permets, c’est sans rancunes, l’analyse est toujours à la traîne. Je te dis cela parce que je suis philosophe et donc presque condamné par nature à analyser et donc à être en retard… Je ne suis qu’une remorque pertinente, pesante, présente, qui souhaite devenir phare d’un être-là-devant au lieu d’être-las-devant.

  • Gaëtan-Daniel Drolet
    11 août 2012 - 16 h 26 min | Permalien

    «Ces derniers flirtant autant avec l’un et l’autre, démontrent qu’en tout temps la CAQ fut mise sur pied comme moyen de rechange à un parti libéral fortement discréditée dans l’opinion publique.»

  • 12 août 2012 - 20 h 11 min | Permalien

    T’es pas facile à suivre Gaétan. Mais quand même, si je peux me permettre, lorsque ton professeur t’a dit : « Lorsque c’est évident », il disait tout simplement mais autrement : « sers-toi de ton jugement ». Une société, une nation, un peuple, ce ne sont pas des abstractions. Dans la vie on a tous besoin de repères. La philosophie peut certainement contribuer à fournir certains repères. Mais au bout du compte, comme disait Jean-Paul Sarte, on est tous condamné à la liberté.
    Or la liberté n’est pas abstraite elle-non plus. Et il ne suffit pas de se dire libre pour l’être vraiment. Lorsqu’un peuple aspire à la liberté il doit aussi évaluer la nature de cette liberté pour pouvoir identifier correctement les entraves sur son chemin. C’est pourquoi des notions aussi importantes que l’indépendance, la culture, l’être national ne sont pas que des jeux de mots. Marx était un philosophe lui aussi. Mais il avait compris que la philosophie avait notamment pour rôle de fournir à l’être humain ce genre de repères pouvant le situer puis le définir en tant qu’être social avant tout. Au début du capitalisme, les enjeux fondamentaux de la planète et les menaces sur son existence n’étaient pas encore une priorité. Néanmoins l’analyse de Marx mettait déjà en relief cette évidence qu’aucun enjeu fondamental de l’humanité ne saurait trouver de solution véritable sans que cet être social ne réussisse à se concerter autour de sa solution. Ce qui a suggéré à Hervé Kempf le titre de son livre : « Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme ».
    Il en est de même pour toutes les questions auxquelles sont confrontées aujourd’hui nos sociétés. Cela vaut aussi pour la question nationale.
    Certes Marx ne pensait pas qu’il faille se croiser les bras jusqu’à la disparition du capitalisme. Il voulait surtout mettre en lumière le fait que toute solution aux différents problèmes sociaux devait être élaborée dans une perspective donnée. Or toute solution élaborée dans la perspective de consolider le capitalisme allait nécessairement entraîner l’aggravation du problème. Plus simplement je dirais que la question nationale n’est pas avant tout une question culturelle et émotionnelle mais une question économique. Je souligne les mots « avant tout » car bien sûr c’est aussi une question culturelle et émotionnelle. Mais si tu parles de « survivance » là tu parles d’autre chose.
    La différence entre la souveraineté préconisée par le Parti québécois et la souveraineté préconisée par Québec solidaire tient précisément que pour le PQ, la souveraineté et la nation, sont des termes officiellement abstraits. On ne répond pas à la question : Quelle souveraineté et pour qui ? Tandis que Québec solidaire préconise avant tout l’élaboration d’une constitution (à travers une assemblée constituante) qui permettra de définir les obligations de l’État, la place des services publiques, notre rapport avec les ressources naturelles et ainsi de suite. Une fois établi les base économique qui détermineront si l’État doit être au service du peuple ou des grandes corporations, alors un référendum pour adopter une telle constitution, alors la souveraineté aura une signification bien concrète. Le fait même d’élaborer une telle constitution sera un acte de souveraineté.
    Et alors seulement, la population aura de véritables repères pour se prononcer.

  • Gaëtan-Daniel Drolet
    16 août 2012 - 9 h 52 min | Permalien

    Salut,

    C’est vrai qu’étant à la traîne et donc le dernier… Je suis difficile à suivre. ;-) Le fait de constituer un acte de souveraineté serait fort probablement un acte très significatif pour notre identité et notre indécision. Mais sa légitimité et ce, Marx l’a bien vu, ne saurait se faire autrement que par le travail. Je ne suis pas marxiste ni même communiste mais plutôt communautarien… Tu connais Hannah Arendt?

  • Gaëtan-Daniel Drolet
    16 août 2012 - 9 h 54 min | Permalien
  • 16 août 2012 - 16 h 02 min | Permalien

    Hélas en philosophie comme en politique ce qui passe pour du nouveau est souvent de l’ancien rabâché.

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