Une élection historique ?

(Lire le post-scriptum à la fin de l’article)


À la lumière des derniers sondages nous sommes en droit de nous demander si nous ne nous dirigeons pas vers une élection historique le 2 mai prochain. Pour la première fois au Canada un parti social-démocrate, le NPD, pourrait devenir le premier parti de l’opposition devant le Parti libéral du Canada, mettant ainsi un terme à la domination de la scène politique fédérale par les deux principaux partis de l’establishment, Conservateurs et Libéraux.

Après le scandale des commandites, l’establishment libéral avait jeté son dévolu sur Michael Igniatieff afin d’atténuer l’opposition contre les politiques néo-libérales de ses prédécesseurs (poursuivies par Stephen Harper et le Parti conservateur) que représentait une possible coalition défendue par Stéphane Dion ainsi qu’une fraction du Parti libéral et le NPD.

Alors qu’à l’époque Michael Ignatieff avait joué un tour de passe-passe à Bob Rae le délogeant de la candidature à la chefferie libérale sous prétexte qu’il serait un meilleur chef de coalition que Stépane Dion, c’est plutôt le Michael Ignatieff éteignoir qui s’est retrouvé à la tête du Parti libéral. Normal pour l’establishement libéral qui ne se distingue pas vraiment des Conservateurs. Sauf que cette fois c’est Stephen Harper qui a joué un tour de passe-passe à Michael Ignatieff amenant ce dernier d’entrée de jeu en campagne électorale, à dénoncer toute velléité de coalition. Il voulait neutraliser Ignatieff dans l’éventualité d’un nouveau gouvernement conservateur minoritaire.

Or ce que les sondages illustrent, c’est que l’idée d’une coalition pour bloquer le virage à droite dans lequel les Conservateurs enlisent le Canada, n’est pas morte dans l’opinion publique canadienne. À la différence cette fois que l’électorat sait pertinemment qu’il ne peut pas compter sur Michael Ignatieff pour mener cette coalition à terme.

Cette tendance pourrait s’accroitre rapidement à l’approche du scrutin et affecter directement les intentions de vote pour les Conservateurs. Des électeurs incrédules face à la possibilité d’un véritable changement le 2 mai étaient sur le point de se laisser séduire par l’idée que seul un gouvernement conservateur majoritaire pourrait changer la situation au pays. Ceux-là pourraient maintenant se tourner vers le NPD.

Si le NPD arrivait second devant les Libéraux de Michael Ignatieff on pourrait s’attendre au remplacement de ce dernier à plus ou moins court terme à la tête du Parti libéral. Ce qui rendra possible la formation d’une coalition avec le NPD et le Parti libéral. Cette coalition serait plus sensible au Québec afin de s’assurer de l’appui des bloquistes.


Post scriptum de l’auteur :

Écrit quelques jours avant les élections, je n’avais pas anticipé dans cet article, pas plus d’ailleurs que les analystes et les média en général, la possibilité aussi concrète de l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire le 2 mai dernier. Le système électoral canadien ne permet pas d’indiquer adéquatement comment vont se traduire en termes de députation, les pourcentages de votes estimés pour les différents partis. De plus, il s’avère évident que la campagne anti-coalition de Stephen Harper, appuyé en quelque sorte par un Michael Ignatieff incapable d’impulser un quelconque leadership au Parti libéral, aura été décisive au Canada anglais.
Néanmoins, outre les différentes interprétations qu’on donnera des élections du 2 mai dernier, on ne pourra nier que le Québec s’est tenu la tête haute devant le vent conservateur qui vient de refroidir le pays.

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