L’encerclement, un film audacieux

L’Encerclement, la démocratie dans les rets du néolibéralisme, de Richard Brouillette, est un film que je classerais dans les films osés. D’autant plus que le film a pris naissance dans la tête du réalisateur, à une époque où le modèle de la pensée unique était encore plus répandu qu’aujourd’hui, alors que la crise financière et économique confronte l’humanité à une crise profonde engendrée par le néolibéralisme. Et puis il y eut le 11 septembre qui est venu museler par anticipation toute forme de contestation de la puissante machine néolibérale. Il fallait donc un certain courage pour poursuivre la réalisation d’un film à contre-courant qui aborde le néolibéralisme non seulement du point de vue de la forme et de ses crimes, mais du point de vue de son essence même et des valeurs idéologiques qu’il véhicule.

Quelques rares voix s’élèvent contre ce moule uniforme de la pensée universelle moderne pour nous réapprendre à réfléchir : Ignatio Ramonet, Noam Chomski, Susan Georges, Omar Aktouf, Michel Chossudovsky… Richard Brouillette a rassemblé ces voix dans un excellent documentaire qui dénonce les dogmes les plus chèrement défendus par le néolibéralisme et qui se sont emparés non seulement de la droite, mais aussi des intellectuels auréolés d’une certaine gauche qui se confortent trop souvent à « dénoncer » le capitalisme avec les arguments de leurs adversaires..

Une pensée unique et totalitaire qui s’est substituée à une alternative qu’on dénonçait justement en l’accusant de totalitarisme.

Le film ne traite pas directement des ravages du néolibéralisme ni de ses effets économiques et sociaux désastreux dans le monde. Pas plus qu’il n’aborde les conséquences directes du démembrement des pays socialistes sur l’indépendance des pays en développement. Ironiquement, la pensée qui dénonçait le socialisme pour son manque d’ouverture au bipartisme tout en critiquant paradoxalement, le modèle du bipolarisme dans le monde, a joué un rôle déterminant dans l’apparition d’un modèle peut-être encore plus dangereux, avec des ramifications universelles.

Présenté dans une forme tout aussi audacieuse, l’Encerclement est un film d’entrevues réalisé en noir et blanc et en 16 mm. Les entrevues et leur contenu demeurent haletants et soutenus jusqu’à la fin. Hélas, les objectifs poursuivis par le néolibéralisme nous mènent tout droit, s’ils devaient s’exprimer sous forme de pronostic, à une terrible conclusion. Peut-être cela est-il dû justement au fait que le documentaire ne traite pas des solutions, pour ne pas dire «de la solution». Il nous force néanmoins à y réfléchir.

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