La crise au PQ et les choix de Québec solidaire

Ces jours derniers, les médias y compris les médias sociaux n’en ont que pour la crise au Parti québécois et les tactiques électoralistes du PQ et de Québec solidaire.

Depuis le départ de François Rebello, qui a décidé de joindre les rangs de la CAQ (Coalition avenir Québec), on assiste du côté du Parti québécois à une véritable chute aux enfers. Cette crise est pire que celles qui secouent le parti depuis la présentation du projet de Loi 204 visant à sécuriser l’entente sur l’amphithéâtre de Québec entre le maire Labaume et Québécor. Malgré la concentration des analyses sur le sort de Pauline Marois et les magouilles de Gilles Duceppe, c’est avant tout le sort du Parti québécois lui-même qui est véritablement en cause ici. Ce qui fait dire aux éléments les plus juvéniles de Québec solidaire que ce dernier ne devrait faire aucune entente avec le PQ, tant ils sont convaincus que la disparition du Parti québécois profitera grandement à Québec solidaire.

Vrai et faux! La réalité est que la crise au PQ ne découle pas principalement de l’abandon de sa base populaire, mais de cette frange de la bourgeoisie nationale qui l’avait appuyée jusqu’à présent. Ces classes économiques se sont toujours opposées au contrôle exclusif des grandes puissances financières et industrielles personnalisées par le gouvernement du Parti libéral sur l’État québécois. On assiste présentement à un véritable jeu de sauvetage à la chaîne. La corruption et l’isolement du PLQ lui ayant soutiré sa confiance depuis la crise de l’industrie de la construction et du financement des partis politiques, l’establishment économique, Charles Sirois et Paul Desmarais en tête, se sont tournés vers la CAQ, une sorte de tête bicéphale, avec cette idée que François Legault irait chercher l’appui des classes moyennes (*) hésitantes, en particulier au sein des appuis traditionnels du Parti québécois. Tandis que le PQ qui a toujours véhiculé les intérêts de la petite et moyenne bourgeoisie du Québec avec un visage plus « social-démocrate » afin de maintenir l’appui de l’ensemble des travailleurs et de la population, se sent obligé d’aller plus loin encore vers sa gauche et jongle sérieusement avec l’idée d’une alliance électorale avec Québec solidaire. Ce qui est déjà une victoire en soi pour QS.

On est loin du débat sur la question nationale et la souveraineté. Ou, pour être plus précis, on commence à réaliser que le débat sur la souveraineté ne peut pas se situer au-dessus de tout contenu de classes. Pour qui la souveraineté? Quelle sorte de souveraineté?

Il sera intéressant de voir comment le mouvement syndical, la Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec en particulier, se positionnera face à cette toute nouvelle conjoncture. On sait que le PQ et la FTQ, malgré toutes les dérives néolibérales et de droite des gouvernements péquistes successifs, avaient renforcé leur appui réciproque avec la création du Fonds de solidarité de la FTQ alors que Jacques Parizeau était ministre des Finances du Québec.

Les analyses les plus superficielles aujourd’hui, évaluent le bien-fondé d’une alliance tactique entre le Parti québécois et Québec solidaire en vue des prochaines élections, souvent en fonction du nombre de députés en plus ou en moins pour chacun des partis. Mais le véritable enjeu est bien supérieur, particulièrement pour Québec solidaire, le seul véritable parti de gauche au Québec. Hélas! sa principale faiblesse réside toujours dans une certaine coupure avec le mouvement syndical. D’un côté parce que plusieurs de ses membres, issus d’une frange antisyndicaliste du mouvement populaire refuse systématiquement un tel rapprochement. De l’autre côté parce que le mouvement syndical a donné depuis sa naissance, un appui quasi biologique au Parti québécois. Or le plus grand bienfait d’une entente électorale entre Québec solidaire et le Parti québécois serait précisément de forcer le mouvement syndical à élargir son appui aux candidatures de Québec solidaire.
Tous les partis aujourd’hui, à l’exception du PLQ font leur, le slogan de Jack Layton, qui appelle à faire de la politique autrement. Dans les circonstances actuelles, faire de la politique autrement signifie faire passer les intérêts de la population avant les intérêts étroits de chaque parti. En cela, l’ouverture de Pauline Marois en faveur d’une telle entente est significative et mérite une sérieuse considération de la part de QS. À défaut d’une telle entente, c’est une coalition de l’establishment économique avec la petite bourgeoisie nationale autour de la CAQ qui se réalisera. Avec le risque énorme de faire régresser le Québec de plusieurs années en arrière, comme on le voit à Ottawa présentement. Et cela, même avec quelques députés de Québec solidaire à l’Assemblée nationale.


* Par classes moyennes j’entends principalement les propriétaires de petites et moyennes entreprises et les plus hauts salariés du corps professionnel et de l’État.

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