À propos du Huffington Post québécois

Normand Baillargeon sur son FB a publié la question suivante :

Votre avis?

Sollicité par le Huffington Post pour tenir bénévolement un blog, rassuré par la présence annoncée d’O. Khadir, de F. David, de S. Guilbault (entre autres), par la promesse d’écrire ce que je veux quand je le veux à un grand lectorat auquel faire connaître les idées qui me sont chères, j’ai, sans plus de vérification (mea culpa), répondu oui à cette demande. Elle cause un certain scandale (http://goo.gl/wqW9n). Vous feriez quoi, vous?


Mon commentaire :
Au premier abord ce n’est pas pire qu’un serveur qui offre de l’espace gratuit pour apâter une clientèle plus large.
Ce serait une erreur de confondre gratuité et bénévolat. Ceux qui font du bénévolat ne font pas ce qu’ils veulent, ni quand ils veulent et ne disent pas ce qu’ils veulent non plus. Quand je vois un homme « à la retraite » au Service d’information d’un grand hôpital, un, deux ou trois jours semaine, je vois un travailleur qui rejette la politique du salaire minimum ainsi que tous les acquis du mouvement ouvrier. Notamment la convention collective. Ce bénévolat coûte cher à l’état car il augmente le coût du chômage et de la sécurité du revenu. C’est un geste non-solidaire sollicité sur des bases démagogiques. Il y a d’autres façons de faire du bénévolat. .
Ici nous avons un cas qui met en relief la transformation des moyens de production (et) de communication provoquée par les nouvelles technologies. Si Huffington Post mettait à pieds des rédacteurs pour leur substituer des bénévoles, là je verrais un sérieux problème. Ce qui ressemblerait d’ailleurs aux tactiques anti-syndicales de Québécor qui empruntait les textes à l’intérieur de son réseau médiatique. C’est pourquoi il me semble que la Newspaper Guild fait fausse route. On ne remplace pas des employés par des « bénévoles ». On crée une nouvelle plateforme qui n’existerait sans doute tout simplement pas sans ce principe de gratuité.
Sur les principes moraux il y a bien d’autre questions qui mériteraient d’être posées dans le domaine de la publicité, de nos achats, de l’environnement. Qui peut prétendre ne pas être au service du grand capital dans notre société, en commençant par le domaine de notre consommation quotidienne. La vie est un grand compromis de tous les jours.
La question à se poser est plutôt personnelle. Avec qui ces personnes de gauche se retrouveront-elles bientôt ? C’est une question impossible à répondre en ce moment. Mais en autant qu’elles sont libres de dénoncer leur entente et de s’en libérer si le poids devient trop lourd, moi personnellement je n’y vois aucun problème.

4 Commentaires

  • 18 décembre 2011 - 5 h 49 min | Permalien

    Comme je l’indique dans mon billet à ce même sujet, le problème avec ce modèle d’affaires c’est qu’il exploite la générosité et le talent des blogueurs en leur faisant miroiter de la visibilité qui ne sert finalement qu’à engendrer des profits qu’il ne partage pas au final. C’est bien beau l’idée de créer une « nouvelle plateforme qui n’existerait sans doute tout simplement pas sans ce principe de gratuité », mais c’est le résultat qui est discutable : la générosité ne va que dans un sens.

    Dans le fond, c’est la multitude la clé de ce modèle d’affaires et elle devient aussi l’assurance que l’indignation d’un seul ou quelques-uns du lot ne pourront le faire s’écrouler. Pour un seul qui se sentira exploité, il y en aura dix pour s’y complaire en se disant que c’est mieux que rien. Et ce « mieux que rien », qui signifie seulement la visibilité que permet la multitude, il repose sur le système ainsi bâti.

    Ça me fait beaucoup penser à un système pyramidal qui ne devient profitable qu’à ceux qui l’ont proposé. Même que ça me semble pire, puisque plus subtil, et même inattaquable : je ne crois pas que la poursuite du blogueur fera mouche. Pourquoi? Parce que toute l’affaire repose sur un contrat implicite de gratuité justement.

    Alors, c’est la valeur du travail et de l’énergie dépensée par les blogueurs qui est comme la mise de fonds du système pyramidal, sans qu’elle puisse être considérée comme de l’argent sonnant au niveau légal. Voilà où est tout le génie de ce modèle d’affaires.

    *******

    Sur une autre note, vous me semblez avoir de la suite dans les idées et démontrez un talent certain pour aligner les mots. Une place dans l’équipe du site Le Globe vous intéresserait?

  • 18 décembre 2011 - 10 h 21 min | Permalien

    Entièrement d’accord.

    Ce que j’ai expliqué beaucoup plus en détail sur mon blogue: http://papitibi.wordpress.com/2011/12/18/le-huff-post-amir-khadir-et-francoise-david-completement-tombes-sur-la-tete-voir-ca/

    Cela dit, oui, j’éprouve un malaise. Mais outre le Huff Post, existe-t-il une alternative crédible et qui puisse offrir une visibilité « décente » à tous ces blogueurs de gauche?

    Boswell, même le billet de La Clique du plateau a suscité davantage de commentaires que ce billet de Simon Jodoin, du « Voir ». C’est dire à quel point le même Jodoin a tort de crucifier Khadir, David et compagnie pour ne pas avoir choisi de publier chez Voir.

    Pire: mon modeste blogue à moi, qui n’a pas la prétention d’attirer autant de lecteurs que La Clique du Plateau, aura lui-même suscité en moins de 18 heures presque autant de commentaires que Jodoin n’y sera lui-même parvenu en deux fois plus de temps…

    Il peut bien critiquer, le Jodoin. Mais pendant que le nouveau responsable du Huff Québec recrutait de manière probablement agressive, que faisait-il, lui, en sa qualité de responsable (chez « Voir ») des « nouveaux médias?

    Il s’est fait prendre de vitesse. Ou alors il s’est tourné les pouces pendant que le « concurrent » brassait des idées. Et le voilà aujourd’hui qui accuse Khadir et compagnie d’avoir refusé de répondre à un appel qu’il ne leur a même pas lancé.

    Voilà ce que j’en pense!

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