Ministère de la Justice ou ministère de la Vengeance?

Par • 5 juil, 2011 • Catégorie: Opinion, Scène québécoise

Les crimes commis par des personnes soudainement en proie à une profonde psychose sont tous horribles et inadmissibles. D’autant plus qu’ils sont inattendus et qu’ils frappent de plein fouet, bien souvent, des proches qui se sentaient en confiance dans leur entourage familial ou d’amis. Pas étonnant que dans un élan spontané, empreint d’émotivité, un tollé de protestations populaires se soulèvent et réclament justice.

Mais quelle justice doit-on réclamer pour ce genre de crimes.

Lorsqu’une personne est tenue non criminellement responsable des gestes qu’on lui reproche, cela ne veut pas dire que cette personne sera remise en liberté, contrairement à la croyance populaire. Cela veut simplement dire que l’accusé n’était pas en possession de ses capacités mentales au moment de commettre son crime.

Trop de criminels non-responsables pour cause d’aliénation mentale croupissent en prison sans recevoir les soins appropriés. Avec la même structure de pensée, autrefois, on enfermait dans des asiles psychiatriques ceux qui ne faisaient que penser différemment de leur entourage. Ces asiles sont disparus ou ont été complètement réformés. Aujourd’hui des spécialistes compétents travaillent dans des hôpitaux psychiatriques spécialement pour des personnes ayant commis des crimes graves. Ces institutions sont des « prisons » dans un sens, même si on ne les qualifie pas ainsi. Deux grandes diférences ici. De un – les personnes sont adéquatement traitées et des spécialistes sont à même de juger l’évolution de leur comportement. De deux – après un traitement prolongé et devant une rémission contrôlée de la maladie, ces personnes peuvent sortir de l’institut en maintenant un suivi médical. Généralement après sept ou huit ans, parfois plus. Mais cette « libération » se fait par étape, avec des surveillants au début et surtout, n’est pas automatique. Autrefois (j’ignore aujourd’hui), ces personnes demeuraient à vie sous la « protection du gouverneur général ». Une expression légale pour signifier qu’à tout moment toute personne pourrait le faire « interner » de nouveau dans un institut devant le moindre comportement douteux et menaçant.

Le traitement de ces grands malades est complexe et impossible dans les prisons traditionnelles. D’où l’apparition d’instituts comme celui de Pinel à Riviere-des-Prairies.

Refuser cette nouvelle réalité au profit d’un jugement de culpabilité sans nuance ne répond au fond qu’à la vindicte populaire. Un sentiment qui peut se comprendre dans un premier temps mais qui n’a pas sa place après une saine analyse de la situation, dans une société qui se dit moderne et évoluée. Sinon le ministère de la Justice ne sera plus qu’un ministère de la Vengeance.

est l'auteur de ce blogue. Semi-retraité, professeur d'échecs dans les écoles primaires, impliqué socialement et politiquement.
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3 Réponses »

  1. Qui protège les enfants de notre société contre ce genre de crime, si vous acceptez qu’ici il y a crime, puis qu’aucun criminellement responsable? A quand une justice pour les victimes? Cette histoire me donne le goût de dégueulé! Votre article en rajoute. C’est très facile d’être au dessus des sentiments humains en se disant intellectuel et réfléchis. Je préfère avoir un sentiments paternel pour ces pauvres enfants qui ont malheureusement eux un père faible, lâche et détraqué. Il a suivi ses instinct avec faiblesse et lâcheté. La vengeance, c’est lui qui ce l’est offerte. Ce n’est pas d’avoir été malade de tristesse sont crime, c’est d’avoir tuer ses enfants. J’accepte votre droit de parole mais je ne partage pas votre opinion. Je demande le droit a la justice pour ces petits que notre société n’a pas protéger. Ce sont les seules a mériter mon respect dans cette histoire! Je me fou de ce qui arrivera a Guy Turcotte, sérieusement! Je pense que je préférerais être exécutée que de vivre avec un tel acte sur ma conscience.

    Que ferons nous pour protéger les enfants de notre société?

  2. Bonjour M. Burelle,

    En effet je crois que l’on puisse dire qu’il y a eu ici des crimes factuels. La raison pour laquelle dans certains cas les personnes ayant commis ce genre de crime sont considérées comme non-criminellement responsables tient du fait qu’elle n’étaient pas aptes à juger de leurs actes ou des conséquences de leurs actes au moment des faits qui leurs sont reprochés. La société doit chercher en effet à se protéger contre les crimes. Mais peut-elle se protéger efficacement contre ce genre de maladie ? Un prisonnier souffrant, disons de schyzophrénie paranoide, qui est libéré après 12 ou 15 ans de détention sans les traitements adéquats, sera-t-il plus sécuritaire pour la société que celui ayant fait 7, 8 ou 10 ans dans un centre psychiatrique avec un suivi médical et un traitement approprié, Je vous pose la question.

  3. Bonjour M. Demers,

    Je vous concède qu’il est plus sécuritaire d’avoir un suivi psychiatrique dans un cas comme celui-ci. Il reste que de dire que l’on l’acquitte me jette parterre. Ne devrions nous pas dire qu’Il est coupable mais de façon non-criminelle? De dire qu’il est acquitter me semble tout nier! Il doit toujours bien a la société et a ces enfants au minimum de se faire soigner, si rien d’autre. Il ne peut selon moi être quitte sans ceci!

    La justice ne peut peut-être pas exister dans un cas comme celui-ci. De faire face a cette triste réalité est ce qui dérange et déçoit le plus!

    Mes pensés sont pour les gens qui aimaient ces enfants! Puisent-ils trouver la force de continuer a vivre sans jamais les oubliés.

    Stéphane Burelle

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