La décentralisation ? Mon oeil !

Bon je sais, ce n’est pas le bon thème. En fait, ce n’est pas de décentralisation dont je veux parler, mais de transport en commun. Le rapport ? Jugezvous même. Peutêtre en fait qu’il n’y en a aucun. Je ne pouvais quand même dénigrer le transport en commun dans mon titre. Moi qui ai l’habitude de nourrir mon compost tous les jours, j’encourage les bonnes pratiques écologiques.

J’habite Laval et je donne des cours d’échecs dans les écoles primaires de la région métropolitaine. C’est grand la région : Île Bizard, Pierrefonds, Pointe-Claire, Beaconsfield, Longueuil, centre-ville… Au rythme de deux cours par jours, difficile d’imaginer l’utilisation du transport en commun avec des distances à parcourir variant de 1h30 à 2h00 dans une seule direction. Hélas ! cette semaine fut la semaine de la grande épreuve. Ayant décidé de remiser ma voiture dans le garage afin d’y effectuer des réparations majeures, je me suis donc livré à l’épreuve du transport en commun.

Quelle épreuve en effet !

Par chance avec Internet ce ne sont pas les outils qui manquent pour préparer son trajet. Enfin les satellites Google au service de saines pratiques écolo, me suis-je dit. Toujours est-il que les trois différents trajets qui m’étaient proposés pour cette première journée m’indiquaient le trajet suivant :

– marcher jusqu’au métro Montmorency (14 min), – prendre l’autobus no. 26 jusqu’à l’angle des rues Chomedey et Notre-Dame (8 min) suivi – d’une correspondance avec la 55 pour me rendre boul. Gouin et Laurentien (8 min) – puis une autre correspondance à la ligne 68 jusqu’à Jacques Bizard (37 min) auquel il faut ajouter 18 min d’arrêt au milieu du parcours – et enfin une dernière correspondance au numéro 207 jusqu’à Chèvremont (8 min). – Pour clôturer le tout, une petite marche (10 min.) jusqu’à l’école Jonathan Wilson à l’Île Bizard.

Première erreur : Les satellites Google n’avaient pas prévu que l’obtention d’un passage à la billetterie métropolitaine du métro Montmorency requérait pas moins de 20 minutes d’attente. 20 minutes d’attente ? Que dis-je, la bureaucrate de la billetterie refusant obstinément de me donner la monnaie pour le passage à Montréal insiste pour que je descende jusqu’au niveau métro pour me procurer mon passage. De toute évidence, les mots « Billeterie métropolitaine » qui chapeautent son kiosque n’ont pas le sens que vous pouvez croire.

Madame, je ne prends pas le métro. Ça fait déjà plus de 20 minutes que j’attends ici alors que mon autobus devrait partir en ce moment. Vous me donnez la monnaie pour l’autobus de Laval et vous voulez que je descende au niveau métro pour mon passage à Montréal ? C’est de la folie pure. Mon autobus va partir, s’il n’est pas déjà parti et je ne pourrai tranférer à Montréal ???

– Monsieur les autobus ne vont pas à Montréal.

Deuxième erreur : Plusieurs autobus de Laval se rendent à Montréal dont la 55 que je devais prendre à l’angle Chomedey et Notre-Dame.

Toujours est-il qu’une fois mon passage pour Montréal en main et rendu sur le quai, j’apprends que l’autobus 26 vient de quitter et que le prochain départ aura lieu dans 45 minutes alors que celui du seul autre bus, le 46, se rendant à l’angle des rues Chomedey et Notre-Dame ne partira lui que dans une heure.

Bon me dis-je, soyons écolo jusqu’au bout. Un peu de marche ne sera que bon pour ma santé. Du métro Montmorency jusqu’à Chomedey et Notre-Dame ça doit faire environ 2,5 km. Quoiqu’avec mon ordi sur le dos, ma serviette d’école sur l’épaule, ça fait plutôt un long 2,5 km.

Troisième erreur : Je ne sais pas à quel rythme l’autobus 55 circule sur le boul. Chomedey. Peutêtre qu’en vérité la bureaucrate de la billetterie avait raison et qu’il n’y a pas d’autobus de Laval se rendant à Montréal. Dans mon cas, après 10 minutes d’attente je décidai de marcher et de traverser le pont Lachappelle jusqu’au boul. Gouin. Après tout, ce n’est qu’un autre 2,5 km.

Seriez-vous surpris d’apprendre que tout au long de mon périple à pied du métro Montmorency à l’angle des boul. Gouin et Laurentien, une distance de 5 km, les seuls autobus portant les numéros 26, 46 et 55 que j’ai croisés, étaient ceux ornant les pancartes sur les arrêts et abribus. Longeant le boul. Curé-labelle à l’entrée du pont Lachapelle, je me demandais justement à quoi pouvait bien servir la voie réservée aux autobus jusqu’à 9h30 du matin, si aucun autobus ne l’utilise. Pour la section réservée à l’autobus 55, je n’en ai vu aucun entre 9h10 et 9h30.

Enfin, me dis-je, dans l’autobus qui m’amenait à l’angle de Gouin et Jacques Bizard, j’aurai au moins fait l’économie d’un transport à Laval (2,60 $). C’était sans compter sur le fait que j’aurai finalement à prendre le taxi pour me rendre en temps à l’école, la 207 ne devant traverser le pont qu’après le début de mes cours. Dix dollars, avec le pourboire.

Mieux sur la Rive-sud ?

Faudrait-il que je vous raconte l’expérience que j’ai vécue le lendemain alors que je me rendais à Longueuil ? Je devrais vous éviter cette autre histoire d’horreur, vous ne me croirez sûrement pas.

Juste pour vous donner une idée quand même. Ayant voulu éviter une attente semblable à celle au métro Montmorency je m’étais pris de la monnaie à l’avance. Oups ! Le passage à Longueil coûte 3,00 $ et non pas 2,60 $. Par chance, j’avais un vieux dix sous dans ma poche gauche qui trainait là par hasard. Pas grave, au moins je sais que l’autobus sur la ligne no. 10 passe dans 5 minutes. 5 minutes ? Comment aurais-je pu savoir que le quai réservé pour la ligne no 10 où j’attendais mon autobus, n’était pas le bon. Et oui, croyez-le ou non, il y avait ce matin-là 2 quais pour la ligne no. 10. Quand un gardien vit mon inquiétude devant le fait qu’il n’y avait ni autobus, ni file d’attente, il m’annonça que la ligne no. 10 était complètement à l’autre bout du terminus, dans la section F. Je n’ai pas pris le temps de lui demander pourquoi à ce quai on annonçait aussi la ligne no. 10, mais un dernier regard rapide me fit réaliser qu’au quai où j’attendais, le prochain bus passait à 14h45 alors qu’il n’était que 11h00. Quelle gestion incroyable !

Bon,  mes jambes sont encore assez bonnes semble-t-il puisque j’ai pu attraper le 10 alors qu’il venait de fermer ses portes. Par chance, le chauffeur eut l’instinct de jeter un oeil sur le quai juste avant de partir.

Vous passez par la rue Maple, lui dis-je en montant ?

– La rue Maple ? Connais pas !

Pourtant, c’est ce qu’on m’a dit au téléphone rouge. Pour aller sur Maple c’était la 10 ou la 74.

– Non, connais pas.

– Gentilly alors ?

Pour faire une histoire courte, comme on dit communément, je descendis de l’autobus sur la rue Gentilly. Mais il aura fallu un livreur de Saint-Hubert BBQ pour me dire où se trouvait la rue Maple. 8 minutes d’autobus et 40 minutes de marche à nouveau pour découvrir que la 10 passait à l’angle de Rolland Therrien et Frenette, à moins de 500 pas de la rue Maple. Faudra-t-il que les chauffeurs soient munis de GPS maintenant pour aider la clientèle ?

Je suis arrivé à mon cours à 11h50, à l’heure pile où il devait commencer, tout en sueur et convaincu plus que jamais que le système de transport en commun doit être unifié pour couvrir au-delà de Montréal, un territoire d’au moins 30 km.

Cette petite expérience, sur 4 jours, m’aura coûté plus de 70 $ alors qu’avec un plein d’essence à 40 $ je fais 6 jours de transport pour le travail.

Voilà pourquoi j’estime que la décentralisation ici n’a aucun sens. Pensez seulement aux sommes faramineuses perdues dans toute cette bureaucratie, dans les circuits non concordants, dans les papiers de transferts inutiles qui remplissent les poubelles et nos poches. Au temps perdu par chacun à attendre ou à marcher. Pensez surtout à l’effet contre-productif d’un système de transport inadéquat face aux urgences environnementales.

C’est bien à regret que j’éprouvai l’amer plaisir de reprendre ma voiture pour mes déplacements. Moi qui avait l’habitude de vanter notre système de transport en commun… sans vraiment le connaître. Je soulève la question de la décentralisation parce que cette petite expérience m’a permis de constater les inégalités du service et des coûts entre ceux de la ville de Montréal et ceux de la rive-sud et Laval. Une aberration qui découle des choix politiques à Québec dans le domaine du transport public.

Je vous laisse à chacun votre propre petite histoire à faire frémir. Mais de grâce, ne la gardez pas pour vous. Racontez-la. Ça servira peut-être à quelque chose au bout du compte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *