{"id":343,"date":"2006-05-24T17:59:28","date_gmt":"2006-05-24T22:59:28","guid":{"rendered":"http:\/\/demers.qc.ca\/?p=343"},"modified":"2009-01-26T10:03:10","modified_gmt":"2009-01-26T15:03:10","slug":"chapitre-20-essai-de-poesie-quantique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/demers.qc.ca\/?p=343","title":{"rendered":"Chapitre 20 &#8211;  ESSAI DE PO\u00c9SIE QUANTIQUE"},"content":{"rendered":"<p><b>L&rsquo;\u00eele de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent<\/b><\/p>\n<figure id=\"attachment_458\" aria-describedby=\"caption-attachment-458\" style=\"width: 172px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/demers.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2006\/05\/georgeslangford.jpg\" alt=\"Georges Langford\" title=\"georgeslangford\" width=\"172\" height=\"250\" class=\"size-full wp-image-458\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-458\" class=\"wp-caption-text\">Georges Langford<\/figcaption><\/figure>\n<p>Chapitre 20<\/p>\n<p>La po\u00e9sie quantique<br \/>\nNe s\u2019\u00e9crit jamais<br \/>\nSur les tombes<br \/>\nDes chefs religieux obscurantistes,<br \/>\nMais uniquement sur celles<br \/>\nDes magnifiques de l\u2019instant pr\u00e9sent<\/p>\n<p>sign\u00e9,. le voyageur quantique.<\/p>\n<p>Amenez-moi au d\u00e9but du roman<br \/>\nIl n\u2019en fallut pas plus pour que des journalistes accusent la CIA d\u2019avoir mont\u00e9 le coup de la tombe de Pie X11. On envoya des graphologues de r\u00e9putation internationale faire la comparaison et l\u2019analyse des deux \u00e9critures. Un de ceux-ci d\u00e9voila, sous l\u2019anonymat, qu\u2019il avait rencontr\u00e9 le myst\u00e9rieux voyageur. L\u2019homme lui semblait d\u00e9tach\u00e9 de tout d\u00e9sir de gloire personnelle, n\u2019\u00e9tant qu\u2019un amoureux fou d\u2019un accouplement sauvage entre la science et la po\u00e9sie comme outil de lib\u00e9ration des hommes. Et qu\u2019effectivement, maintenant que le mot voyageur quantique \u00e9tait universellement connu, il ne voyait plus la n\u00e9cessit\u00e9 de se manifester au monde, le p\u00e8lerinage d\u2019une tombe \u00e0 l\u2019autre suffisant aux futurs vagabonds du cosmos pour lui ouvrir ,\u00e0 travers la fissure du temps, le passage donnant acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00eele de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019instant pr\u00e9sent. Fut alors indiqu\u00e9e, \u00e0 la fin de l\u2019article, la liste des sept premi\u00e8res tombes, la derni\u00e8re n\u2019allant \u00eatre d\u00e9voil\u00e9e qu\u2019apr\u00e8s sa propre mort.<\/p>\n<p>Une l\u00e9gende urbaine internationale \u00e9tait maintenant n\u00e9e. Et l\u2019on vit arriver \u00e0 Atunoa des voyageurs solitaires \u00e0 la recherche de la huiti\u00e8me tombe comme si cela avait \u00e9t\u00e9 la huiti\u00e8me merveille du monde. Nous le s\u00fbmes par le journal local, car chacun d\u2019entre eux tentait de savoir si quelqu\u2019un d\u2019autre \u00e9tait venu avant lui dans ce but.<\/p>\n<p>Cette huiti\u00e8me tombe \u00e9tait ,en fait, celle de mon p\u00e8re. Et je ne sus que quelques ann\u00e9es plus tard que Renaud, apr\u00e8s avoir dormi au pied de la tombe de Gauguin, avait rencontr\u00e9 par hasard, G\u00e9rard au \u00ab Hanakee Pear Lodge \u00ab G\u00e9rard lui parla de la mort de mon p\u00e8re et de sa tombe dans le m\u00eame cimeti\u00e8re que celle de Gauguin. C\u2019est ainsi que fut con\u00e7u le projet po\u00e9tique de la huiti\u00e8me merveille du monde \u00e0 d\u00e9couvrir apr\u00e8s sa mort, l\u2019objectif \u00e9tant de lui donner, au niveau de l\u2019inconscient collectif, une image et une envergure mondiale. Renaud prit donc le risque d\u2019aller dormir une deuxi\u00e8me fois au cimeti\u00e8re. Et comme j\u2019\u00e9tais mari\u00e9e et heureuse, il ne crut pas utile de m\u2019importuner de sa pr\u00e9sence. Je me souvins des paroles que Renaud avait dites \u00e0 mon p\u00e8re, bien des ann\u00e9es auparavant ;<\/p>\n<p>Le camp Ste-Rose repr\u00e9sente pour moi<br \/>\nLe noyau particulaire<br \/>\nD\u2019une explosion atomique<br \/>\net po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Puis ce fut \u00e0 nouveau le silence cosmique de Renaud. Apr\u00e8s le deuil de la mort de mon p\u00e8re pass\u00e9, nous resserr\u00e2mes nos liens familiaux autour du piano de G\u00e9rard, de la fl\u00fbte de Nellie-Rose et du violon de Frannie. Ils \u00e9taient maintenant capables d\u2019interpr\u00e9ter \u00e0 l\u2019oreille tout le r\u00e9pertoire du St-Vincent de l\u2019\u00e9poque. Jean fit construire un gazeboo donnant sur la mer pour que nous ayons le bonheur de vivre, tous les dimanches soirs, un concert sous les \u00e9toiles.<\/p>\n<p>Et la vie suivit son cours.<\/p>\n<p>Jean pr\u00e9parait une \u00e9tude des traditions et coutumes des \u00celes Marquises. De mon c\u00f4t\u00e9, je continuai \u00e0 d\u00e9poser sur papier, mes r\u00e9flexions sur le Vieux-Montr\u00e9al de ma jeunesse en relation avec cette \u00e9trange histoire que fut le camp Ste-Rose, tentant de m\u2019en servir comme pivot pour comprendre l\u2019aventure de Renaud sur cette terre.<\/p>\n<p>Son \u0153uvre artistique me semblait de plus en plus du m\u00eame souffle que celle de Salvator Dali, Picasso, les automatistes, les dada\u00efstes, les impressionnistes et bien d\u2019autres, qui tent\u00e8rent, par des expressions artistiques r\u00e9volutionnaires , de changer la perception archa\u00efque de l\u2019univers, tout acte po\u00e9tique \u00e9tant en soi r\u00e9volution. Et dans le fond, Renaud faisait des tableaux directement sur la toile du monde plut\u00f4t que sur celle employ\u00e9e habituellement par les peintres. Seule la gratuit\u00e9 et l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019acte po\u00e9tique ayant une valeur dans l\u2019histoire de l\u2019art comme celle de la recherche dans le domaine de la pens\u00e9e scientifique. Renaud peignait peut-\u00eatre la terre de huit r\u00e9verb\u00e8res g\u00e9ants en forme de pierres tombales pour qu\u2019on voie enfin la texture de l\u2019univers jusqu\u2019au fond du cosmos, mais de l\u2019int\u00e9rieur des tombes.<\/p>\n<p>Se peut-il que le temps nous ait oubli\u00e9s durant tant d\u2019ann\u00e9es par sa d\u00e9licatesse \u00e0 tisser nos vies de douceur? Nellie-Rose allait avoir dix-huit ans le douze f\u00e9vrier 1991. Elle n\u2019eut pas besoin d\u2019avoir une adolescence r\u00e9volt\u00e9e ou rebelle. Elle passait l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Vancouver avec son p\u00e8re et durant le reste de l\u2019ann\u00e9e, b\u00e9n\u00e9ficiait de la science de plusieurs professeurs priv\u00e9s dans le but de pr\u00e9parer son entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de son choix. Nous \u00e9tions tous si heureux. Quand elle avait des sautes d\u2019humeur ou des crises d\u2019identit\u00e9, Jean prenait le temps de pr\u00e9parer le bain du philosophe, selon la tradition instaur\u00e9e par mon p\u00e8re. Il se servait maintenant du vase aux suggestions comme r\u00e9servoir pour inqui\u00e9tudes d\u2019ado. Alors, il pigeait. Quand il n\u2019\u00e9tait pas capable de r\u00e9pondre, je venais \u00e0 la rescousse et quand cela concernait toute la famille, nous arrivions tous. Jamais nous n\u2019avons oubli\u00e9 le verre de vin \u00e0 la sant\u00e9 des \u00e9toiles.<\/p>\n<p>Jean d\u00e9sirait une f\u00eate dont Nellie-Rose se souviendrait toute sa vie. Ce soir-l\u00e0, mon mari nous r\u00e9veilla, les filles et moi, \u00e0 minuit juste. Il nous banda les yeux et c\u2019est G\u00e9rard qui nous servit de guide. Cela me prit peut-\u00eatre cet \u00e9pisode pour d\u00e9couvrir \u00e0 quel point il fallait du talent quand on est n\u00e9 sans ses yeux. Je crus comprendre, par le bruit des vagues, que nous descendions vers la mer. Au moment o\u00f9 nous nous ass\u00eemes sur un banc, j\u2019entendis chanter :<\/p>\n<p>J\u2019te vois r\u2019venir chez nous\u2026..par la porte d\u2019en avant<br \/>\nTu sonnes et je t\u2019ouvre\u2026\u2026\u2026pis j\u2019descends lentement<br \/>\nJe te prends dans mes bras\u2026..on remonte lentement<br \/>\nOn n\u2019ose pas parler\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.on en a trop \u00e0 dire<\/p>\n<p>REFRAIN<br \/>\nSi j\u2019avais su t\u2019aurais pu me dire que tu t\u2019en venais souper<br \/>\nT\u2019avais rien qu\u2019\u00e0 t\u00e9l\u00e9phoner chez l\u2019gros Bob d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9<br \/>\nY s\u2019rait v\u2019nu dans maison, y m\u2019aurait dit bonhomme<br \/>\nBonhomme vient donc r\u00e9pondre, y a quelqu\u2019un l\u00e0 pour to\u00e9<\/p>\n<p>Je hurlai de joie : Ren\u00e9 Robitaille, le chansonnier du St-Vincent. J\u2019enlevai mon bandeau. Sur le haut du gazeboo. Il y avait d\u2019\u00e9crit en gros : \u00ab le caf\u00e9 St-Vincent \u00bb Ren\u00e9 chanta 3 chansons, puis Pierre David trois autres et enfin Jos Leroux prit la parole.<\/p>\n<p>Ch\u00e8re Nellie-Rose,<\/p>\n<p>Ta m\u00e8re avait \u00e0 peu pr\u00e8s ton \u00e2ge Quand nous l\u2019avons rencontr\u00e9e La premi\u00e8re fois Au caf\u00e9 St-Vincent.<\/p>\n<p>Puisque tu connais si bien les chansons du Qu\u00e9bec,<br \/>\nEt que Jean de Larousse<br \/>\nNous a encylop\u00e9die-cys\u00e9s<br \/>\nBarnake\u2026c\u2019est dur \u00e0 dire \u00e7a<br \/>\nEn nous offrant des vacances au soleil<br \/>\nToutes d\u00e9penses d\u00e9s-encyclop\u00e9die-cys\u00e9es<br \/>\nBarnake\u2026\u2026 je l\u2019ai eu les gars<\/p>\n<p>Donc, Nellie-Rose<\/p>\n<p>Accouche Jos de crier Ren\u00e9<br \/>\nOn a soif\u2026<br \/>\nHahahaha<\/p>\n<p>Monsieur de Larousse,<br \/>\nTrois cognacs pour Ren\u00e9 s\u2019il vous plait<br \/>\nY est comme un b\u00e9b\u00e9<br \/>\n\u00c7a y prend son boire aux trois heures<\/p>\n<p>Hahahaha<\/p>\n<p>Donc Nellie-Rose<\/p>\n<p>Nous d\u00e9sirons donc t\u2019offrir pour tes 18 ans,<br \/>\nUn bouquet de moments tendres.<br \/>\nSous la forme d\u2019un album intitul\u00e9 :<br \/>\nDu St-Vincent aux \u00celes Marquises.<\/p>\n<p>\u00c0 gauche, les textes de nos chansons<br \/>\n\u00c0 droite, des photos de ta m\u00e8re<br \/>\nDu temps de sa jeunesse<br \/>\nEt dans les pages du centre<br \/>\nDes images de toi depuis ta naissance.<\/p>\n<p>Et j\u2019aimerais inviter Marie<br \/>\n\u00c0 t\u2019adresser la parole<\/p>\n<p>Je montai sur la sc\u00e8ne avec l\u2019id\u00e9e de rappeler aux gars un souvenir que seuls eux et moi comprendraient, et s\u00fbrement Jeanne Martin si elle avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente.<\/p>\n<p>Ben l\u00e0l\u00e0l\u00e0<br \/>\nBen l\u00e0l\u00e0l\u00e0<\/p>\n<p>Et j\u2019entendis les rires des chansonniers en arri\u00e8re de moi, r\u00e9p\u00e9tant comme des enfants de ch\u0153ur heureux de le redevenir ;<\/p>\n<p>BEN L\u00c0L\u00c0L\u00c0<br \/>\nBEN L\u00c0L\u00c0L\u00c0<\/p>\n<p>Tr\u00e8s, tr\u00e8s ch\u00e8re Nellie-Rose<br \/>\nEn cette nuit o\u00f9\u2026.<br \/>\nComme toutes les nuits depuis ta naissance<br \/>\nTu as toujours eu le droit de te croire \u00e9ternelle\u2026<br \/>\nMon pass\u00e9 et mon pr\u00e9sent<br \/>\nSe joignent maternellement<br \/>\nPench\u00e9s tels deux go\u00e9lands<br \/>\nAu dessus du pr\u00e9cipice de la vie<br \/>\nPour te contempler<\/p>\n<p>Dans tes premiers battements d\u2019ailes<br \/>\nD\u2019oisillon devenu oiseau<br \/>\nDessinant au firmament<br \/>\nLe surgissement d\u2019une nouvelle \u00e9toile,<br \/>\nCelle de mon bonheur de t\u2019aimer<br \/>\nDe loin en loin toujours plus pr\u00e8s \u00e9ternellement.<\/p>\n<p>Ce fut tr\u00e8s \u00e9mouvant d\u2019entendre trois \u00e9poques s\u2019harmoniser d\u2019une chanson \u00e0 l\u2019autre. Le St-Vincent des trois chansonniers, le p,tit Qu\u00e9bec de G\u00e9rard et les marquises de mes deux filles. Au moment o\u00f9 nous entonn\u00e2mes \u00ab une bo\u00eete \u00e0 chansons \u00bb de Georges d\u2019Or, Jean interrompit notre r\u00e9cital de meute heureuse<\/p>\n<p>Ce soir<br \/>\nLa f\u00eate de Nellie-Rose<br \/>\nC\u2019est aussi celle de sa m\u00e8re<br \/>\nQui l\u2019a aim\u00e9e avec passion et talent<br \/>\nEt pourquoi pas un cadeau pour la m\u00e8re et la fille.<br \/>\nPremi\u00e8re surprise<br \/>\nPour la fille ou la m\u00e8re<br \/>\nDevinez ?<\/p>\n<p>Je vis une premi\u00e8re lanterne s\u2019approcher. Il me semblait que le pas \u00e9tait vigoureux et jeune. Qui cela pouvait-il \u00eatre ?<\/p>\n<p>Philippe ! ! ! cria Nellie-Rose.<\/p>\n<p>Ils s\u2019\u00e9taient connus \u00e0 Vancouver l\u2019\u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent. Lui \u00e9tait parti \u00e9tudier en Suisse. Ils avaient donc rompu pour se donner leur libert\u00e9 r\u00e9ciproque. Mais comme Jean l\u2019avait d\u00e9couvert dans le bain des philosophes, elle se mourait d\u2019amour pour lui et lui pour elle. Alors comme sa f\u00eate tombait durant le cong\u00e9 scolaire, mon mari eut l\u2019id\u00e9e de rendre sa fille par procuration immens\u00e9ment heureuse. Et elle le fut.<\/p>\n<p>Maintenant le cadeau de la m\u00e8re cria Jean.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur me d\u00e9battit \u00e0 tout rompre. Pourvu que ce ne soit pas Renaud. Je m\u2019aper\u00e7us que le barrage qui retenait mon amour pour lui depuis tant d\u2019ann\u00e9es avait commenc\u00e9 peu \u00e0 peu \u00e0 se craqueler. Et je ne voulais pas que cela arrive. Jean ne m\u00e9ritait pas \u00e7a et je l\u2019aimais sinc\u00e8rement. La lanterne s\u2019approcha. Je ne pouvais pas dire qui c\u2019\u00e9tait. Barbe blanche, chauve, costume de marin je crois\u2026 Clermont\u2026.<\/p>\n<p>Je fus \u00e0 la fois soulag\u00e9e et heureuse. Cela faisait tant d\u2019ann\u00e9es sans nouvelles. Il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 comme marin en travaillant comme sous-chef et en avait profit\u00e9 pour faire le tour de la plan\u00e8te. Quelques mots confus, larmes et nouvelles br\u00e8ves perdues dans une folie de resserrer les liens d\u2019amiti\u00e9 pour les chanter \u00e0 la mer si \u00e9toil\u00e9e de noir sous ses vagues serpentants les rochers tel un collier de perles.<\/p>\n<p>Une bo\u00eete \u00e0 chansons<br \/>\nC\u2019est comme une maison c\u2019est comme un coquillage<br \/>\nOn y entend la mer, on y entend le vent<br \/>\nVenu du fond des \u00e2ges<\/p>\n<p>On y entend battre les c\u0153urs \u00e0 l\u2019unisson<br \/>\nEt l\u2019on y voit toutes les couleurs<br \/>\nDe nos chansons<\/p>\n<p>Lalalala\u2026.lalalalala<\/p>\n<p>Jean me dit \u00e0 l\u2019oreille<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai tout fait pour retrouver Renaud \u00bb<\/p>\n<p>Chuttt\u2026. Lui dis-je<br \/>\nJe sais\u2026.<br \/>\nJe t\u2019aime Jean\u2026.<br \/>\nMerci de nous aimer, mes filles et moi.<\/p>\n<p>Nous primes plaisir, Jean et moi, \u00e0 observer nos deux tourtereaux. Philippe \u00e9tait un charmant jeune homme, entour\u00e9 affectueusement d\u2019une famille tr\u00e8s unie. D&rsquo;ailleurs, tout le clan avait pass\u00e9 la p\u00e9riode entre No\u00ebl et le jour de l\u2019an en R\u00e9publique Dominicaine. Il avait de l\u2019\u00e9ducation et de la passion pour son avenir. Quant \u00e0 Nellie-Rose, initi\u00e9e par Jean aux traditions artistiques de Polyn\u00e9sie, elle semblait attir\u00e9e par l\u2019id\u00e9e de devenir dessinatrice de bijoux. Elle portait fi\u00e8rement une fourchette qu\u2019elle avait recycl\u00e9e de fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019elle lui entoure artistiquement le poignet.<\/p>\n<p>De feuilleter, assis \u00e0 la m\u00eame table que Clermont, l\u2019album de photos du St-Vincent me fit un dr\u00f4le d\u2019effet. Mon p\u00e8re, ma m\u00e8re, Madame Martin, Clermont, Monsieur Philippe, Monsieur \u00c9tienne le laveur de vaisselle chantant, Renaud, Monsieur Gouin, Marcel Picard\u2026. Que le pass\u00e9 pouvait \u00eatre \u00e0 la fois vivifiant et cruel.<\/p>\n<p>Clermont avait peu de nouvelles fra\u00eeches des uns et des autres, travaillant d\u2019un navire de croisi\u00e8re \u00e0 un autre depuis cinq ans. Ce n\u2019est que vers six heures du matin, bien tass\u00e9s dans le bain des philosophes pendant que les jeunes \u00e9taient partis nager dans la mer, que nous appr\u00eemes de Jos certaines choses.<\/p>\n<p>Monsieur \u00c9tienne lave la vaisselle, mais en Floride.<br \/>\nMarcel Picard poss\u00e8de deux librairies de livres usag\u00e9s<br \/>\nMichel Woodard enseigne le design dans une \u00e9cole priv\u00e9e<br \/>\nMonsieur Philippe travaille comme intervenant<br \/>\nDans un centre de d\u00e9sintoxication.<br \/>\nPierre Lamothe chante encore.<br \/>\nOn n\u2019est plus tellement nombreux de la premi\u00e8re vague<br \/>\n\u00c0 exercer le m\u00e9tier.<br \/>\nMusique am\u00e9ricaine, synth\u00e9tiseur<br \/>\nTout change tellement vite.<\/p>\n<p>Le St-Vincent de la belle \u00e9poque me fit l\u2019effet d\u2019un paquebot perdu \u00e0 la d\u00e9rive dans l\u2019oc\u00e9an de mon pass\u00e9. Cela fut tellement magique que j\u2019imaginais les sir\u00e8nes de la mer tourn\u00e9es autour, attir\u00e9es par l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 d\u2019un vaisseau fant\u00f4me tel que les aimait Nelligan dans son spleen de vivre.<\/p>\n<p>Vers 10 heures du matin, il ne resta plus dans le bain que Clermont, Jos et moi. Je me sentis au paradis de l\u2019amiti\u00e9 et j\u2019aurais voulu que cela s\u2019immortalise \u00e0 jamais. Je pensai \u00e0 quel point mon p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 chanceux de quitter la plan\u00e8te au moment pr\u00e9cis o\u00f9 cela fut beau comme un tableau de Renoir.<\/p>\n<p>Vous ne m\u2019avez pas encore parl\u00e9 de Renaud fis-je<br \/>\nEst-ce que vous avez gard\u00e9 vos nouvelles de lui<br \/>\nPour le dessert ?<\/p>\n<p>Moi je ne l\u2019ai jamais revu<br \/>\nDepuis l\u2019enterrement de madame Martin dit Jos.<\/p>\n<p>Et toi Clermont ? fis-je.<\/p>\n<p>Depuis qu\u2019il a r\u00e9ussi son r\u00eave, moi non plus.<\/p>\n<p>Son r\u00eave ?<\/p>\n<p>Il voulait juste que les gens soient assez intrigu\u00e9s<br \/>\npour faire le tour des huit tombes<br \/>\ndont il avait dessin\u00e9, par pure po\u00e9sie quantique,<br \/>\nune route pour crois\u00e9s du cosmos<br \/>\ncomme si c\u2019\u00e9tait les huit merveilles du monde<br \/>\nde fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019ils se questionnent sur l\u2019instant pr\u00e9sent<br \/>\nles yeux tourn\u00e9s vers l\u2019\u00e9tonnement et le ravissement.<br \/>\nComme vous voyez, je rapporte ses derni\u00e8res paroles<br \/>\nQuand nous nous sommes crois\u00e9s \u00e0 New York<br \/>\nIl venait d\u2019aller dormir au pied de sa derni\u00e8re tombe<br \/>\nCelle du grand philosophe am\u00e9ricain<br \/>\nDavid H. Thoreau.<\/p>\n<p>Aux derni\u00e8res nouvelles<br \/>\nIl avait entrepris une th\u00e8se en philosophie<br \/>\nSur les lois structurales des rires et des pleurs<br \/>\nEt vivait en chambre comme un ermite.<br \/>\nPersonne ne sait dans quelle ville ni quel pays.<\/p>\n<p>En tout cas, dit Jos<br \/>\nOn devrait tous se revoir<br \/>\nAu grand rassemblement du camp Ste-Rose Du 15 ao\u00fbt deux mille un<\/p>\n<p>Minuit juste<br \/>\nAu dortoir, compl\u00e9ta Clermont.<\/p>\n<p>Oui mais c\u2019est dans dix ans, fis-je en riant ?<br \/>\nC\u2019est loin en titi<\/p>\n<p>Il y a dix ans on aurait dit dans vingt ans, dit Jos<br \/>\n\u00c7a passe tellement vite dix ans<br \/>\nRegarde on est l\u00e0 alors qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque<br \/>\nTous les trois<br \/>\nOn s\u2019enfermait dans la cave du p\u2019tit Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Tu vas avoir quel \u00e2ge Jos, dit Clermont ?<\/p>\n<p>51 r\u00e9pondit Jos<br \/>\nmoi 57 fit Clermont<br \/>\net toi Marie<\/p>\n<p>18 ans voyons les gars<br \/>\nJe vais toujours avoir 18 ans.<\/p>\n<p>Barnak fit Jos<br \/>\n\u00c7a vaut trois cognacs, comme dirait Ren\u00e9<br \/>\nBen lalala fis-je.<\/p>\n<p>Quel bonheur de rire des petits travers qui faisaient le charme de tous et chacun. Je r\u00e9alisai soudain que je n\u2019avais pas revu Renaud depuis le camp Ste-Rose. Cela faisait exactement 18 ans, l\u2019\u00e2ge de Nellie-Rose, sa fille biologique. Et mon coup de foudre pour lui n\u2019avait pas diminu\u00e9 non plus. J\u2019adorais Jean. Notre compagnonnage avait \u00e9t\u00e9 et \u00e9tait encore une r\u00e9ussite \u00e9clatante, l\u2019\u00e9quilibre de nos deux filles et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 de notre famille \u00e9largie en \u00e9tant l\u2019exemple le plus fulgurant jour apr\u00e8s jour. Mais Renaud\u2026<\/p>\n<p>Frannie vint nous rejoindre avec son grand sourire \u00e0 rendre jaloux les requins affam\u00e9s. Elle \u00e9tait n\u00e9e au soleil et avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019amour inconditionnel de sa s\u0153ur. Alors, tant qu\u2019\u00e0 se faire c\u00e2liner dans la ouate, autant sourire.<\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, le petit d\u00e9jeuner au bord de la mer , nous laissa tous les trois endormis et repus, pendant que Frannie ramassait les \u00e9parpillements alimentaires de notre bonheur., Durant la semaine, Jos voulut voir cette fameuse tombe de Gauguin qui selon les journaux avait \u00e9t\u00e9 profan\u00e9e. En apercevant l\u2019\u00ab Ego sum pauper \u00bb il ne put r\u00e9primer une r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>Y est fou, barnak<br \/>\nPlus fou que \u00e7a, \u00e7a se peut pas.<\/p>\n<p>Sauf que nous f\u00fbmes continuellement d\u00e9rang\u00e9s par des touristes un peu marginaux qui eux aussi cherchaient les fameuses phrases griffonn\u00e9es dans la pierre.<\/p>\n<p>Vous avez une id\u00e9e dans quel pays se trouve<br \/>\nLa huiti\u00e8me tombe ? nous demanda l\u2019une d\u2019elle.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait professeure de physique \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Princetown aux \u00c9tats-Unis et s\u2019int\u00e9ressait particuli\u00e8rement \u00e0 la possibilit\u00e9 pas si lointaine pour l\u2019humain d\u2019entreprendre des voyages quantiques. Alors, intrigu\u00e9e, elle avait d\u00e9cid\u00e9 de consacrer ses vacances \u00e0 faire le tour des tombes, au cas o\u00f9\u2026 Si elle avait su\u2026.. \u00e0 l\u2019est du cimeti\u00e8re\u2026 la tombe de mon p\u00e8re\u2026.. mais bon\u2026. Une l\u00e9gende urbaine est une l\u00e9gende urbaine\u2026hahaha.<\/p>\n<p>Nous ref\u00eemes ensemble la croisi\u00e8re po\u00e9tique Gauguin, avec lecture des textes et visite des lieux historiques. Clermont fascin\u00e9, Jos ayant mal aux fesses et Ren\u00e9 fragile du c\u0153ur \u00e0 cause du mal de mer probablement m\u00e9lang\u00e9 au mal de cognac. G\u00e9rard vint avec nous. La lecture des \u00e9crits de Gauguin le plongeait dans le plus pur des ravissements. Et comme c\u2019\u00e9tait la cinqui\u00e8me fois qu\u2019il se tapait le circuit, il commen\u00e7ait enfin \u00e0 pr\u00e9voir les courbes, les textures et les odeurs. Son moment pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9tant celui o\u00f9 le guide finissait par dire.<\/p>\n<p>Et le bonheur succ\u00e9da au bonheur.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re nuit, Jean et moi f\u00fbmes r\u00e9veill\u00e9s par Nellie-Rose<\/p>\n<p>Maman, Jean<br \/>\nAuriez-vous la bont\u00e9 de venir me rejoindre<br \/>\nAu bain des philosophes ?<\/p>\n<p>Cela arrivait tellement rarement qu\u2019elle agisse ainsi de nuit que nous n\u2019h\u00e9sit\u00e2mes pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ses besoins. Elle avait d\u00e9j\u00e0 allum\u00e9 les chandelles, pr\u00e9par\u00e9 les verres de vin, remplac\u00e9 l\u2019eau d\u00e9fra\u00eechie par celle du puits.<\/p>\n<p>Philippe et moi nous nous aimons<br \/>\nJe pars apr\u00e8s-demain avec lui en Suisse.<\/p>\n<p>La formulation de sa phrase ne laissait aucune marge de discussion pour quelque discussion que ce soit. Cela me ramena directement \u00e0 cette fameuse nuit o\u00f9 je fis la m\u00eame man\u0153uvre avec mon p\u00e8re, me chicanant le lendemain avec ma m\u00e8re pour \u00eatre certaine de ne pas avoir de r\u00e9sistance \u00e0 mon projet. Mais j\u2019avais trois ans de plus. Dix-huit ans, c\u2019est bien trop jeune. Quoi faire ? quoi dire ? Et si \u00e7a ne marche pas et qu\u2019elle tombe enceinte ? et s\u2019il lui fait de la peine, comment pourrais-je la consoler \u00e0 une telle distance ?<\/p>\n<p>Je ne fus pas mieux que ma m\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9poque. J\u2019\u00e9clatai en larmes, sans \u00eatre capable de ne rien dire et je m\u2019enfuis en courant pour mieux hurler ma douleur au vent du large. G\u00e9rard, r\u00e9veill\u00e9 par mes cris, sortit de sa maison \u00e0 la canne \u00e0 p\u00eache. Jean lui raconta ce qu\u2019il venait de se passer. Il prit sa canne blanche et d\u00e9cida de partir doucement \u00e0 ma recherche.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais assise sur la grosse roche, qui ressemblait un peu \u00e0 celle du camp Ste-Rose sauf qu\u2019elle coupait la plage en deux \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de notre terrain. J\u2019entendis G\u00e9rard crier mon nom et je le vis bient\u00f4t l\u00e9cher de sa canne les vagues saliveuses de sable. Il savait exactement o\u00f9 j\u2019\u00e9tais. Comment faisait-il pour deviner ? Je ne bougeai pas, juste pour voir.<\/p>\n<p>Marie, je sais que t\u2019es l\u00e0, je sens ton parfum.<\/p>\n<p>Je descendis de ma roche en hurlant et je m\u2019enfouis dans son cou. J\u2019\u00e9tais inconsolable. Je ne voulais pas perdre la pr\u00e9sence de ma fille. Chaque seconde de ma vie n\u2019avait \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue que pour les aimer, elle et sa s\u0153ur. J\u2019e n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eate.<\/p>\n<p>J\u2019serai pas capable G\u00e9rard<br \/>\nElle est trop jeune<br \/>\nJ\u2019suis pas assez vieille<\/p>\n<p>J\u2019ai besoin d\u2019elle moi.<br \/>\nMaudit 18 ans<br \/>\nC\u2019est arriv\u00e9 trop vite.<\/p>\n<p>Pis Frannie, penses-tu<br \/>\nQue \u00e7a va pas lui faire de la peine<br \/>\nDe perdre sa s\u0153ur ?<\/p>\n<p>Mais si je lui dis que je ne veux pas<br \/>\n\u00c7a va \u00eatre pire, je le sens.<\/p>\n<p>Aide-moi G\u00e9rard, je veux pas regretter un jour<br \/>\nD\u2019avoir manqu\u00e9 de talent ?<\/p>\n<p>G\u00e9rard m\u2019\u00e9couta. Je sentis qu\u2019il avait aussi mal que moi. Notre famille \u00e9largie ne se relevant qu\u2019avec peine d\u2019un deuil ou d\u2019un d\u00e9part. Mais il r\u00e9ussit \u00e0 ne pas pleurer en se concentrant sur la musique des vagues.<\/p>\n<p>Tu t\u2019rappelles, au p\u2019tit Qu\u00e9bec<br \/>\nCette chanson de Georges Langfor<br \/>\nd Que tu me demandais tous les soirs<br \/>\nParce qu\u2019elle parlait de la mer<br \/>\nDes \u00celes de la Madeleine?<\/p>\n<p>\u00ab CLAIR DE DUNE ? \u00bb<\/p>\n<p>Et G\u00e9rard me demanda de tenter de trouver de l\u2019apaisement dans les paroles tout en l\u2019\u00e9coutant chanter a capella.<\/p>\n<p>Le bord d\u2019la mer r\u00e9pond tout \u00e0 l\u2019envers<br \/>\nOn se trompe \u00e0 chaque vague<br \/>\n\u00c7a fait fr\u00e9mir, quand \u00e7a sent l\u2019avenir<br \/>\nQuand mon id\u00e9e vient y mourir<\/p>\n<p>Un vieux projet \u00e9chou\u00e9 pour la journ\u00e9e<br \/>\nSur une stricte bagatelle<br \/>\nMe d\u00e9samuse et pour m\u2019encourager<br \/>\nJe passe la nuit avec elle.<\/p>\n<p>REFRAIN<br \/>\nLe bord d\u2019la mer, c\u2019est la grand clair,<br \/>\nAu bout des dunes du havre Aubert.<\/p>\n<p>Le bord d\u2019la mer, pr\u00eate oreille \u00e0 mon cri<br \/>\nL\u2019hirondelle passag\u00e8re<br \/>\nPrendra mon vol au courant de mon bruit<br \/>\nDe mes coutumes printani\u00e8res<\/p>\n<p>Vent de repos au c\u0153ur de mon all\u00e9e<br \/>\nC\u2019est une bien longue histoire<br \/>\nQu\u2019on ne sait pas et qu\u2019il faut s\u2019inventer<br \/>\nEn s\u2019en allant dans la nuit noire<\/p>\n<p>REFRAIN<br \/>\nLe bord d\u2019la mer, c\u2019est la grand clair<br \/>\nAu bout des dunes du havre Aubert.<\/p>\n<p>G\u00e9rard pleurait maintenant tout doucement. Ses l\u00e8vres tremblaient, mais pas un cri, pas un pleur, pas un g\u00e9missement. Je dus terminer moi-m\u00eame le dernier couplet.<\/p>\n<p>Et je repars, vers mes autres pays<br \/>\nMon nid est comme le large<br \/>\nJe reviendrai des mille et une nuits<br \/>\nEn repassant mes paysages<\/p>\n<p>En survolant les caps du havre Aubert<br \/>\nJe reconna\u00eetrai le large<br \/>\nQue j\u2019ai laiss\u00e9 mourir au bord d\u2019la mer<br \/>\nUn soir de f\u00eate et de temp\u00eate.<\/p>\n<p>REFRAIN<br \/>\nLe bord d\u2019la mer, c\u2019est la grand clair<br \/>\nAu bout des dunes du Havre Aubert.<\/p>\n<p>Nous retourn\u00e2mes sur nos pas, G\u00e9rard \u00e0 mon bras et moi sa canne blanche \u00e0 ma main droite. Je frappais le sol, aveugle de douleur, demandant \u00e0 la mer d\u2019effacer les empreintes du chagrin pour les remplacer par la bienveillance. Nous v\u00eemes au loin Jean et Nellie-Rose s\u2019approcher vers nous. Je ne sais trop pourquoi cela se produisit, mais Nellie-Rose et moi cour\u00fbmes l\u2019une vers l\u2019autre, pleurant l\u2019une et l\u2019autre \u00e0 chaudes larmes.<\/p>\n<p>Jean prit G\u00e9rard par le bras et discr\u00e8tement, nous laissa seules toutes les deux. Cela me fit du bien de m\u2019apercevoir que cela faisait aussi mal \u00e0 ma fille d\u2019avoir \u00e0 partir que moi de la laisser partir. Nous e\u00fbmes besoin de nous rassurer l\u2019une et l\u2019autre.<\/p>\n<p>Jure-moi maman que tu vas m\u2019aimer pareil<br \/>\nM\u00eame si je suis \u00e0 l\u2019autre bout du monde ?<\/p>\n<p>Tu vois bien que je pleure parce que je t\u2019aime non ?<\/p>\n<p>T\u2019as juste \u00e0 prendre l\u2019avion puis venir nous voir<br \/>\nMaman ?<\/p>\n<p>L\u2019avion, c\u2019est bien beau mais\u2026<br \/>\nMais \u00e7a va me manquer notre petit rituel du soir<br \/>\nQuand je te demande quel a \u00e9t\u00e9 le plus beau moment de ta journ\u00e9e ?<\/p>\n<p>\u00c7a a \u00e9t\u00e9 de pleurer avec toi sur la plage maman.<\/p>\n<p>Puis le petit mot que je glisse<br \/>\nDans ton pique-nique<br \/>\nQuand toi et ta s\u0153ur<br \/>\nAllez manger sur la plage<\/p>\n<p>Tu n\u2019as qu\u2019\u00e0 m\u2019en \u00e9crire une flop\u00e9e<br \/>\nAvant que je parte<br \/>\nJe vais revenir quand il va m\u2019en manquer.<\/p>\n<p>Puis les matins o\u00f9 tu me demandes<br \/>\nDe te lever parce que t\u2019as peur<br \/>\nde ne pas entendre le cadran sonner ?<br \/>\nPuis les nuits o\u00f9 tu viens me rejoindre<br \/>\nParce que tu fais de la fi\u00e8vre<br \/>\nPuis les soirs o\u00f9 tu demandes<br \/>\nce que tu vas faire dans la vie<br \/>\npuis cette dent de sagesse qui te fait mal<br \/>\net qui ne veut pas pousser.<br \/>\nTu vois bien que t\u2019as encore besoin de moi.<\/p>\n<p>Je vais toujours avoir besoin de toi maman.<\/p>\n<p>Nous primes le temps de bien pleurer de tout notre saoul en riant \u00e0 grand \u00e9clat au fur et \u00e0 mesure que l\u2019orage entre nous s\u2019\u00e9claircissait.<\/p>\n<p>Tu sais, quand je suis partie moi aussi<br \/>\nMa m\u00e8re m\u2019a fait une crise, mais une crise.<\/p>\n<p>Comme je vais en faire une \u00e0 ma fille<br \/>\nPlus tard je suppose.<br \/>\nPis Grand Papa lui\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est la seule fois que j\u2019ai vu deux grosses larmes<br \/>\nCouler sur son visage, je pense.<br \/>\nY m\u2019a juste dit<\/p>\n<p>\u00ab Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage \u00bb Bon voyage amoureux ma fille<\/p>\n<p>Pis t\u2019es partie maman ?<\/p>\n<p>oui, c\u2018\u00e9tait plus fort que moi<\/p>\n<p>tu referais la m\u00eame chose si c\u2019\u00e9tait \u00e0 recommencer ?<\/p>\n<p>oui\u2026 malheureusement fis-je en riant<br \/>\net ton p\u00e8re \u00e0 Vancouver ?<\/p>\n<p>Je compose avec \u00e7a, inqui\u00e8te-toi pas.<br \/>\nPhilippe et moi on s\u2019aime maman.<\/p>\n<p>Ben je vais essayer de m\u2019arranger pour vous aimer tous les deux ok ?<\/p>\n<p>Les deux jours qui suivirent, je fis un effort pour vivre intens\u00e9ment notre vie de famille. Mais d\u00e8s qu\u2019arrivait la nuit, les larmes m\u2019inondaient sans raison. Jean eut la d\u00e9licatesse de garder silence. Une m\u00e8re qui d\u00e9fait dix-huit ans d\u2019attention et d\u2019affection continue pour que l\u2019enfant sorte de sa coquille ne le fait jamais avec joie. Les chansonniers et Clermont partirent en avion en m\u00eame temps que Philippe et Nellie-Rose. Une ou deux larmes h\u00e9sit\u00e8rent avant de couler. Cela prit Frannie pour me ramener un peu de bon sens dans mes sentiments.<\/p>\n<p>Voyons donc maman<br \/>\nOn a juste \u00e0 s\u2019aimer plus toutes les deux<br \/>\n\u00c7a va boucher un gros trou<br \/>\nEn attendant que Nellie revienne.<\/p>\n<p>Frannie avait raison. Je n\u2019avais pas perdu une fille, j\u2019avais gagn\u00e9 une amie pour la vie. En voyant passer l\u2019avion dans le ciel, j\u2019envoyai la main d\u2019instinct en criant<\/p>\n<p>SOIS HEUREUSE NELLIE-ROSE<br \/>\nBONNE ff MON AMOUR<br \/>\nJOYEUX DIX-HUIT ANS<\/p>\n<p>Et Frannie de me dire :<\/p>\n<p>Tu vois maman, c\u2019est pas si difficile que \u00e7a<br \/>\nViens, on va prendre ensemble<br \/>\nLe bain des philosophes<br \/>\nPour f\u00eater la vie, avec un bon verre de vin<br \/>\nComme grand-papa nous l\u2019a appris.<\/p>\n<p>Et je r\u00e9alisai soudain que je n\u2019aurais jamais besoin de la po\u00e9sie quantique, ayant la po\u00e9sie frannienne violonant ma vie pendant que Nellie-Rose aura, elle aussi, besoin de jouer de la fl\u00fbte avec nous deux, au loin, les soirs de songerie.<\/p>\n<p>Je vous aime tellement mes filles<br \/>\nMerci d\u2019exister.<\/p>\n<p>Commentaires<\/p>\n<p>1. Le mercredi 24 mai 2006 \u00e0 16:23, par Pierrot<\/p>\n<p>    Salut Claude,<\/p>\n<p>    Je m\u2019en vais sur ton site et je tombe face \u00e0 face avec cette merveilleuse photo de George Langford. Si tu savais \u00e0 quel point il fut l&rsquo;\u00e2me des \u00eeles de la Madeleine. J&rsquo;arr\u00eate pas de brailler comme un enfant en t&rsquo;\u00e9crivant. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, on allait aux \u00celes en avion, on y passait au moins un mois \u00e0 chanter chez Gaspard. On dormait au haut du couvent vide. Le vent perp\u00e9tuel hurlait d&rsquo;une nuit \u00e0 l&rsquo;autre. On n\u2019avait qu&rsquo;\u00e0 descendre \u00e0 la cave transform\u00e9e en boite d&rsquo;animation pour se tremper dans la po\u00e9sie de la beaut\u00e9 des mots entour\u00e9s d&rsquo;un chapelet de bouteilles vides.<\/p>\n<p>    Les chansons de George jouaient dans le juke-box, on allait manger notre club au homard le long de la route, on revenait. L&rsquo;immense solitude sauvage des hivers sans fin, des rouleaux de neige et de la lenteur faite infinit\u00e9. Et les mots de George qu&rsquo;on r\u00e9citait comme des po\u00e8mes en regardant au loin \u00e0 la maison b\u00e2tie par ses parents.<\/p>\n<p>    Le bord de la mer r\u00e9pond tout \u00e0 l&rsquo;envers<br \/>\n    on se trompe \u00e0 chaque vague<br \/>\n    \u00e7a fait fr\u00e9mir quand \u00e7a sent l&rsquo;avenir<br \/>\n    quand mon id\u00e9e vient y mourir<\/p>\n<p>    J&rsquo;ai chant\u00e9 cette chanson toute ma vie, tellement le texte me chavirait l&rsquo;\u00e2me comme les vagues de la mer peuvent le faire un soir de froidure houleuse. Ce que j&rsquo;ai pu \u00eatre heureux \u00e0 chaque tour de chant aux \u00eeles. Incroyable. Une fois, les p\u00eacheurs m&rsquo;avaient emmen\u00e9 \u00e0 la p\u00eache aux homards sur la mer humide. Bon dieu que j&rsquo;ai gel\u00e9. J&rsquo;avais pas le pied marin. Mais quand les gars venaient f\u00eater a la boite chez Gaspard, qui fermait \u00e0 trois heures du matin, il leur arrivait de boire jusqu&rsquo;au lever du jour et d&#8217;embarquer sur leur bateau pour remplir les cages aux homards.<\/p>\n<p>    Et moi, qui ne buvait que du jus d&rsquo;orange, je me saoulais juste de les voir marcher de la plage \u00e0 la mer avant d&rsquo;aller fermer les yeux pour remercier la vie de m&rsquo;accorder tant d&rsquo;images qui, me disais-je en riant, me feront brailler un jour.<\/p>\n<p>    Pierrot <\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00eele de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent Chapitre 20 La po\u00e9sie quantique Ne s\u2019\u00e9crit jamais Sur les tombes Des chefs religieux obscurantistes, Mais uniquement sur celles Des magnifiques de l\u2019instant pr\u00e9sent sign\u00e9,. le voyageur quantique. 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