{"id":336,"date":"2006-04-17T17:49:43","date_gmt":"2006-04-17T22:49:43","guid":{"rendered":"http:\/\/demers.qc.ca\/?p=336"},"modified":"2009-01-26T09:57:41","modified_gmt":"2009-01-26T14:57:41","slug":"chapitre-16-mon-cher-clermont","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/demers.qc.ca\/?p=336","title":{"rendered":"Chapitre 16 &#8211; MON CHER CLERMONT"},"content":{"rendered":"<p><b>L&rsquo;\u00eele de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent<\/b><\/p>\n<figure id=\"attachment_452\" aria-describedby=\"caption-attachment-452\" style=\"width: 76px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/demers.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2006\/04\/pierreletourneau.jpg\" alt=\"Pierre L\u00e9tourneau\" title=\"pierreletourneau\" width=\"76\" height=\"97\" class=\"size-full wp-image-452\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-452\" class=\"wp-caption-text\">Pierre L\u00e9tourneau<\/figcaption><\/figure>\n<p>Mon cher Clermont,<\/p>\n<p>En avril 1920, Einstein dit \u00e0 Moszkowski :<br \/>\n\u00ab L\u2019id\u00e9e selon laquelle le temps s\u2019\u00e9coule plus vite<br \/>\nou,plus lentement selon nos sensations subjectives<br \/>\nde joie ou de tristesse de satisfaction ou d\u2019ennui<br \/>\nn\u2019a rien \u00e0 voir avec la notion de relativit\u00e9 du temps.,<br \/>\nm\u00eame si on tient compte du fait<br \/>\nque les sensations subjectives d\u00e9coulant de ces faits<br \/>\nsont r\u00e9elles. \u00bb<\/p>\n<p>Je m\u2019oppose rigoureusement \u00e0 Einstein \u00e0 ce sujet<br \/>\nJ\u2019ai tendance \u00e0 croire que mes brosses d\u2019\u00eatre<br \/>\nEt mes attaques d\u2019\u00eatre ne sont pas de nature spirituelle<br \/>\nOu religieuse, mais des ph\u00e9nom\u00e8nes mesurables<br \/>\nMath\u00e9matiquement, de nature quantique,<br \/>\nreli\u00e9s \u00e0 la fissure de la structure du temps.<\/p>\n<p>Mon hypoth\u00e8se \u00e9tant la suivante :<br \/>\nIl est possible que l\u2019on d\u00e9couvre un jour que le cerveau<br \/>\nFonctionne au niveau mol\u00e9culaire selon les lois<br \/>\nde la physique quantique, pouvant faire courber le temps et l\u2019espace<br \/>\navec autant de facilit\u00e9 que l\u2019univers dans son entier se courbe<br \/>\nsous l\u2019effet de sa masse et de sa vitesse, m\u00eame s\u2019il est<br \/>\nen expansion.<\/p>\n<p>Il est possible qu\u2019un jour, par la seule puissance du cerveau<br \/>\nNous soyons capables de devenir des voyageurs quantiques<br \/>\nTraversant l\u2019univers \u00e0 une vitesse approchant celle de la<br \/>\nLumi\u00e8re. Le corps devenant le r\u00e9ceptacle de l\u2019univers entier dans une<br \/>\nAttaque d\u2019\u00eatre et l\u2019univers r\u00e9ceptacle du corps entier dans une brosse d\u2019\u00eatre,<br \/>\nL\u2019homme passant ainsi de l\u2019\u00eatre immense \u00e0 l\u2019enfant de l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Faire exploser le temps-horloge, voil\u00e0 le fondement de ma recherche<br \/>\nAu niveau \u00e9pist\u00e9mologique et ontologique. L\u2019\u00e9pist\u00e9mologie \u00e9tant la science<br \/>\nDu rapport de la perception \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 et l\u2019ontologie celle de la consistance<br \/>\nFondamentale de la structure du r\u00e9el. Le cerveau \u00e9tant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019infiniment<br \/>\nPetit ce que le cosmos est \u00e0 l\u2019infiniment grand, la relation amoureuse de l\u2019un<br \/>\nEnvers l\u2019autre se vivant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00eele de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019instant pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Ton ami Renaud<br \/>\nEn souvenir du camp Ste-Rose<\/p>\n<p>Clermont fut le premier \u00e0 descendre dans la cave du P\u2019tit Qu\u00e9bec avec des nouvelles fra\u00eeches de Renaud. Il avait march\u00e9 tout l\u2019hiver l\u2019Espagne et le Portugal avec lui, qu\u00eatant \u00e7a et l\u00e0, chantant et jouant de la guitare pour survivre. Et Renaud avait tenu \u00e0 ce qu\u2019il conserve pr\u00e9cieusement cette lettre sign\u00e9e, au cas o\u00f9\u2026Je me rappelle encore de la chanson que le pianiste aveugle chantonnait au moment o\u00f9 j\u2019aper\u00e7us sa barbe et ce foulard en n\u0153ud cachant sa calvitie. C\u2019\u00e9tat \u00ab Les Colombes \u00bb de Pierre L\u00e9tourneau<\/p>\n<p>On se voyait une fois la semaine<br \/>\nCela passa si vite que bient\u00f4t<br \/>\nOn multiplia les rendez-vous<br \/>\nAu cin\u00e9 au coin des rues<\/p>\n<p>Quand je te disais, je t\u2019emm\u00e8ne<br \/>\n\u00c0 chaque fois tout \u00e9tait nouveau<br \/>\nDans la chambre on vivait loin de tout<br \/>\nEt les heures ne passaient plus<\/p>\n<p>Pendant que les colombes, de la rue Des c\u00e8ves<br \/>\nSe faisaient comme une ronde<br \/>\nAutour de nos r\u00eaves<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais assise sur le grand sofa, dans l\u2019arri\u00e8re-salle quand il me sembla reconna\u00eetre cette voix rauque qui massacrait le refrain. Je me levai et je vis Clermont. Il faisait partie de ces anciens du St-Vincent qui, avec l\u2019arriv\u00e9e du printemps, venait comme en p\u00e8lerinage \u00e0 Paris juste pour revivre un peu de leur pass\u00e9 en pays \u00e9tranger. Au premier \u00e9tage, vers vingt heures, Ren\u00e9 Robitaille du \u00ab gros Bob d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 \u00bb rempla\u00e7ait Jean-Guy Desrasmes des \u00celes de la Madeleine. mais le vrai rituel se passait apr\u00e8s, dans la cave, entre trois heures et huit heures du matin, dans des moments de d\u00e9chirure o\u00f9 m\u00eame \u00ab la Manic \u00bb de Georges D\u2019or chant\u00e9e par le pianiste aveugle provoquait en chacun de nous, nuit apr\u00e8s nuit, l\u2019insoutenable douleur du mal du pays.<\/p>\n<p>Si tu savais comme on s\u2019ennuie, \u00e0 la Manic<br \/>\nTu m\u2019\u00e9crirais bien plus souvent, \u00e0 la Manicouagan<br \/>\nParfois je pense \u00e0 toi si fort<br \/>\nJe recr\u00e9e ton \u00e2me et ton corps<br \/>\nJe te regarde et m \u2018\u00e9merveille<br \/>\nJe me prolonge en toi<\/p>\n<p>Comme le fleuve dans la mer<br \/>\nEt la fleur dans l\u2019abeille.<\/p>\n<p>Je fus tr\u00e8s \u00e9branl\u00e9e de voir dans cette lettre de Renaud les mots de mon p\u00e8re devenus hypoth\u00e8se scientifique tenant presque de la science-fiction. Tout me paraissait si \u00e9loign\u00e9 de ce que je pouvais saisir. Clermont me raconta que pour Renaud, le fait d\u2019\u00eatre constamment en voyage redonnait \u00e0 l\u2019espace-temps son \u00e9tranget\u00e9 comme si le monde naissait \u00e0 nous pour la premi\u00e8re fois, comme si le r\u00e9el \u00e9tait une personne vivante, lib\u00e9rant par la contemplation l\u2019esclavage provoqu\u00e9 par le pass\u00e9 et le futur, simples reliquats d\u2019une m\u00e9moire scl\u00e9ros\u00e9e de l\u2019ego, le monde restant une grande et \u00e9ternelle \u00e9nigme. Renaud avait dit \u00e0 Clermont :<\/p>\n<p>C\u2019est en marchant le temps<br \/>\nQue tu te rends compte<br \/>\nQue tout ce que l\u2019homme<br \/>\na construit de ses mains<br \/>\nfut une mani\u00e8re de tenter de r\u00e9pondre<br \/>\n\u00e0 l\u2019angoisse que constitue ce temps.<br \/>\nUne maison servant \u00e0 le fractionner pour survivre,<br \/>\nUne \u00c9glise \u00e0 le calmer pour ne pas qu\u2019il nous engloutisse,<br \/>\nUn monast\u00e8re \u00e0 l\u2019arr\u00eater pour trouver la fissure menant \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9,<br \/>\nUn travail pour en faire la culture comme on passe la charrue dans un champ de loisirs<br \/>\nUne chanson \u00e0 le ralentir ou l\u2019acc\u00e9l\u00e9rer pour provoquer<br \/>\nL\u2019enivrement d\u2019en faire partie, comme sur un man\u00e8ge tournant<br \/>\nAu beau milieu d\u2019un cirque.<\/p>\n<p>Et le chanteur aveugle qui g\u00e9missait \u00ab l\u2019hymne au printemps \u00bb de Felix Leclerc \u00bb. Clermont m\u2019incita \u00e0 bien \u00e9couter parce que les paroles parlaient du temps, comme la Manic danse l\u2019ennui, comme les Colombes signalent les heures qui ne passent plus.<\/p>\n<p>Comme un vieux r\u00e2teau oubli\u00e9 Sous la neige je vais hiverner Photos d\u2019enfants qui courent dans les champs Seront mes seules joies Pour passer le temps.<\/p>\n<p>Renaud avait demand\u00e9 \u00e0 Clermont de servir de t\u00e9moin \u00e0 ses brosses d\u2019\u00eatre et attaques d\u2019\u00eatres, v\u00e9cues dans des endroits particuliers o\u00f9 l\u2019homme, par les \u0153uvres de son architecture, avait tent\u00e9 de domestiquer le temps.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019ils dormirent \u00e0 la belle \u00e9toile, \u00e0 Escalona, sur les rives du Rio Alberche, au pied des ruines de l\u2019un des nombreux ch\u00e2teaux qu\u2019Alvaro de Luna, favori de Jean Deux et conn\u00e9table de Castille fit \u00e9lever dans la sierra de Gredos, pr\u00e8s de Madrid. Le ch\u00e2teau repr\u00e9sentant peut-\u00eatre une tentative orgueilleuse d\u2019ignorer le temps en le d\u00e9fiant.<\/p>\n<p>Puis ils v\u00e9curent la m\u00eame exp\u00e9rience sous un moulin \u00e0 vent du plateau sec et nu de la Manche o\u00f9 le plus noble et le plus simple des hommes, Don Quichotte, l\u2019homme le plus cosmique de la litt\u00e9rature mondiale, ventait du vent m\u00e9taphysique de son absence sous le moulin blanc brandissant myst\u00e9rieusement ses ailes dans le grand vide-plein. Le moulin \u00e0 vent repr\u00e9sentant peut-\u00eatre la premi\u00e8re tentative po\u00e9tique de l\u2019homme pour voyager dans l\u2019espace-temps. Renaud avait demand\u00e9 :<\/p>\n<p>Clermont<br \/>\nsens-tu l\u2019instant pr\u00e9sent<br \/>\nqui prend possession des lieux ?<br \/>\n\u00c9coute le vent qui chante de l\u2019int\u00e9rieur<br \/>\nLe temps qui se rafra\u00eechit<br \/>\nL\u2019instant pr\u00e9sent, quand il appara\u00eet<br \/>\nC\u2019est le souffle du cosmos<br \/>\nDont il n\u2019est pas accord\u00e9 \u00e0 l\u2019homme<br \/>\nDe conna\u00eetre la nature de l\u2019\u00eatre qui souffle<br \/>\nComme on n\u2019arrive pas \u00e0 identifier<br \/>\ncelui par qui la pipe fume.<\/p>\n<p>J\u2019osai poser une question b\u00eate \u00e0 Clermont :<br \/>\nT\u2019as senti quelque chose ?<br \/>\nT\u2019as v\u00e9cu au moins une brosse d\u2019\u00eatre<br \/>\nOu une attaque d\u2019\u00eatre ?<\/p>\n<p>Non, me r\u00e9pondit-il<br \/>\nRien de cela ne me fut accessible<br \/>\nMais c\u2019est impressionnant de voir<br \/>\nQu\u2019un homme consacre sa vie<br \/>\nPour tenter de comprendre<br \/>\nLe cosmos qui br\u00fble en lui<br \/>\nAu cas o\u00f9 il ne suffirait<br \/>\nQue de l\u2019allumer chez les autres<br \/>\nComme on allume un fanal<br \/>\nAu cas o\u00f9 l\u2019\u00eele de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019instant pr\u00e9sent<br \/>\nSerait bien r\u00e9elle, telle qu\u2019indiqu\u00e9e sur la carte<br \/>\nDes premiers navigateurs.<\/p>\n<p>Tu vois, me dit Clermont<br \/>\nJe connais par c\u0153ur les paroles de Renaud<br \/>\nMais cela reste des paroles,<br \/>\nEn autant que cela me concerne.<\/p>\n<p>Il pense parfois \u00e0 moi<br \/>\nLui demandai-je ?<\/p>\n<p>Une partie de lui-m\u00eame est morte<br \/>\nQuand tu es partie, me r\u00e9pondit-il<br \/>\nCelle du d\u00e9sir pour une autre femme.<br \/>\nIl n\u2019y a jamais eu d\u2019autre femme<br \/>\nDans sa vie apr\u00e8s toi.<\/p>\n<p>Clermont quitta la cave du p\u2019tit Qu\u00e9bec vers quatre heures du matin, reprenant l\u2019avion tr\u00e8s t\u00f4t le lendemain matin pour Montr\u00e9al. Il tenait absolument \u00e0 \u00e9changer avec mon p\u00e8re sur ce qu\u2019il avait v\u00e9cu en Espagne et au Portugal. Je lui donnai des photographies r\u00e9centes de Nellie-Rose pendant que le pianiste aveugle chantait les derni\u00e8res paroles de \u00abBozo \u00bb de F\u00e9lix Leclerc.<\/p>\n<p>Si vous passez par ce pays la nuit<br \/>\nY a un fanal comme un signal de bal<br \/>\nDansez, chantez bras enlac\u00e9s<br \/>\nAfin de consoler<br \/>\nPauvre Bozo<br \/>\nPleurant sur son radeau<\/p>\n<p>Quand Jos Leroux arriva au p\u2019tit Qu\u00e9bec, c\u2019est aussi avec cette chanson de F\u00e9lix Leclerc qu\u2019il termina, chaque soir, son tour de chant sur la petite sc\u00e8ne du premier \u00e9tage. Puis il descendait nous rejoindre dans la cave. Nous parlions r\u00e9guli\u00e8rement du camp Ste-Rose, nous demandant ce que les enfants \u00e9taient devenus \u00e0 travers les ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Savais-tu qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque panache<br \/>\nRemis aux jeunes du camp Ste-Rose<br \/>\n\u00c0 la derni\u00e8re soir\u00e9e,<br \/>\nIl y avait une date de retrouvailles<br \/>\nInscrite \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ?<\/p>\n<p>Il est temps que quelqu\u2019un m\u2019en parle, dis-je<br \/>\nOn est en 1978<br \/>\nIl y a presque cinq ans de \u00e7a<br \/>\nC\u2019est quoi la date ?<\/p>\n<p>Le 15 ao\u00fbt deux mille un \u00e0 minuit<br \/>\nAu dortoir du camp Ste-Rose.<\/p>\n<p>Wowwww r\u00e9pondis-je<br \/>\nVingt-huit ans apr\u00e8s le camp Ste-Rose<br \/>\nC\u2019est quoi l\u2019id\u00e9e ?<\/p>\n<p>Avec Renaud, ben difficile \u00e0 dire<br \/>\nDit Jos en riant.<br \/>\nLes enfants vont avoir entre trente et quarante ans<br \/>\n\u00c7a va te faire une m\u00e9chante garderie<br \/>\nHurla-t-il en \u00e9clatant de rire.<br \/>\nM\u00eame si Renaud m\u2019a parl\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement<br \/>\nComme la mise en place<br \/>\nD\u2019une future communaut\u00e9 de recherche<br \/>\nSur le temps.<\/p>\n<p>Jos avait cet art de la bonne humeur qui le rendit tr\u00e8s populaire dans la cave. Y avait toujours quelqu\u2019un qui venait le chercher pour prendre le micro parce que le pianiste aveugle ne connaissait pas les paroles des chansons d\u2019un nouveau venu, Paul Pich\u00e9.<\/p>\n<p>Heureux d\u2019un printemps qui m\u2019chauffe la couenne<br \/>\nTriste d\u2019avoir manqu\u00e9 encore un hiver<br \/>\nJ\u2019peux pas faire autrement \u00e7a m\u2019fait d\u2019la peine<br \/>\nOn vit rien qu\u2019au printemps, l\u2019printemps dure pas longtemps.<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais adoraient notre mani\u00e8re qu\u00e9b\u00e9coise de turluter<\/p>\n<p>Tram di li li lam, di li li lam<br \/>\nTram di li li lam,di li di li lam.<\/p>\n<p>Vers la fin de la soir\u00e9e, il tra\u00eenait sa grosse bedaine et ses petites pattes d\u2019un groupe \u00e0 l\u2019autre, repr\u00e9sentant pour le fran\u00e7ais moyen l\u2019arch\u00e9type parfait du qu\u00e9b\u00e9cois heureux : Un gag, un rire, une tape dans le dos, une lev\u00e9e de coude franche et que tout le groupe fasse de m\u00eame.<\/p>\n<p>En tout cas, finit par me dire Jos<br \/>\nJamais plus Renaud va m\u2019avoir<br \/>\nPour faire partie de sa communaut\u00e9 de recherche<br \/>\nC\u2019est trop marteau pour ma p\u2019tite t\u00eate.<\/p>\n<p>Une fois, y m\u2019a emmen\u00e9 dormir trois jours<br \/>\ndans un h\u00f4pital psychiatrique<br \/>\navec les hors-la-loi du temps comme y disait<br \/>\nJuste pour v\u00e9rifier si on vivait la m\u00eame chose.<br \/>\nLa deuxi\u00e8me nuit je l\u2019ai r\u00e9veill\u00e9<br \/>\nJ\u2019ai dit : tu cherches quoi ?<\/p>\n<p>Y dit : les lois du sommeil.<\/p>\n<p>J\u2019ai dit : Barnake Renaud<br \/>\nChu m\u00eame pas capable de dormir<br \/>\nTellement \u00e7a crie icitte<br \/>\nJ\u2019ai ben plus le go\u00fbt de sacrer<br \/>\nMon camp chez nous<br \/>\nQue de chercher.<\/p>\n<p>Et Renaud de dire<br \/>\nInt\u00e9ressant, tr\u00e8s int\u00e9ressant<br \/>\nNous vivons la m\u00eame chose<br \/>\nContinuons l\u2019exp\u00e9rience<\/p>\n<p>Et lui s\u2019est rendormi<br \/>\nIncroyable !<\/p>\n<p>Une autre fois, on s\u2019est retrouv\u00e9 \u00e0 St-Malo,<br \/>\ndans une f\u00eate en l\u2019honneur de Jacques Cartier.<br \/>\nY m\u2019a emmen\u00e9e me recueillir pr\u00e8s de la tombe de Chateaubriand<br \/>\nLe probl\u00e8me c\u2019est que la tombe \u00e9tait situ\u00e9e<br \/>\nDans l\u2019avancement de la mer<br \/>\nEt qu\u2019une fois la mar\u00e9e remont\u00e9e<br \/>\nY avait plus de chemin pour revenir<br \/>\nOn a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de dormir l\u00e0<br \/>\nSur de la roche tout croche.<br \/>\nRenaud a \u00e9t\u00e9 \u00e9merveill\u00e9<br \/>\nDu rapport de Chateaubriand<br \/>\nAvec le temps et l\u2019espace<br \/>\nMais moi j\u2019ai gel\u00e9 toute la nuit<br \/>\nPis j\u2019ai eu mal dans le dos<br \/>\nD\u2019habitude je dors sur le ventre<br \/>\nPis on n\u2019avait m\u00eame pas de couverture<\/p>\n<p>Lui, avant de s\u2019endormir,<br \/>\nM\u2019a demand\u00e9 d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 mon sommeil<br \/>\nJuste pour v\u00e9rifier en dedans de nous<br \/>\nSi on vivait la m\u00eame chose,<br \/>\nselon sa vision<br \/>\nDe la communaut\u00e9 de recherche.<\/p>\n<p>J\u2019ai fini par le r\u00e9veiller :<br \/>\nBarnake, que j\u2019y ai dit<br \/>\nQuand t\u2019as froid pis qu\u2019tu frissonnes<br \/>\nC\u2019est dur de dormir.<\/p>\n<p>Y m\u2019a r\u00e9pondu<br \/>\nInt\u00e9ressant<br \/>\nNous vivons la m\u00eame chose<br \/>\nContinuons l\u2019exp\u00e9rience<br \/>\nY s\u2019est rendormi presque instantan\u00e9ment<br \/>\nPour continuer sa brosse d\u2019\u00eatre comme y disait.<\/p>\n<p>Moi j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sur la brosse toute ma vie<br \/>\nPis \u00e7a m\u2019a jamais fait cet effet-l\u00e0.<\/p>\n<p>Tu vois le genre Marie<br \/>\nQuand on s\u2019est quitt\u00e9<br \/>\nJ\u2019ai dit : Renaud, je pense que t\u2019es plus fou que les fous.<\/p>\n<p>Y m\u2019a r\u00e9pondu :<br \/>\nJe me demandais justement<br \/>\nS\u2019il ne fallait pas \u00eatre un peu fou<br \/>\nPour vraiment d\u00e9guster la vie.<\/p>\n<p>Je lui ai r\u00e9pondu \u00e0 mon tour :<br \/>\nInqui\u00e8te-toi pas pour toi<br \/>\nTu dois avoir des indigestions de d\u00e9gustation<br \/>\nDe mon c\u00f4t\u00e9<br \/>\nJe trouve \u00e7a \u00ab int\u00e9ressant \u00bb comme tu me dis souvent<br \/>\nMais nous ne vivons pas la m\u00eame chose<br \/>\nFait que m\u00eame si je t\u2019adore<br \/>\nContinue l\u2019exp\u00e9rience tout seul<br \/>\nMoi je sacre mon camp.<\/p>\n<p>Y a jamais \u00e9t\u00e9 capable d\u2019arr\u00eater de rire<br \/>\nY m\u2019a serr\u00e9 la main pour me remercier<br \/>\nDe l\u2019immense bonheur que je venais de lui donner<\/p>\n<p>Plus fou que \u00e7a, tu meurs.<\/p>\n<p>Comme Jos avait racont\u00e9 cette anecdote devant quelques amis, on lui demanda nuit apr\u00e8s nuit de remettre \u00e7a au micro. Et c\u2019\u00e9tait de plus en plus dr\u00f4le d\u2019une fois \u00e0 l\u2019autre. M\u00eame ceux ou celles qui n\u2019avaient jamais rencontr\u00e9 Renaud eurent l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 son intime. Et Jos qui en mettait. Mais je savais d\u2019exp\u00e9rience qu\u2019il roman\u00e7ait \u00e0 peine la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>On \u00e9tait sur la roche \u00e0 St-Malo<br \/>\n\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la tombe de Chateaubriand<br \/>\nLui y dormait<br \/>\nUne brosse d\u2019\u00eatre<br \/>\nPis un moment donn\u00e9 Y s\u2019est mis \u00e0 crier C\u2019est beau, c\u2019est beau, que c\u2019est beau.<\/p>\n<p>Aye non seulement tu voyais rien<br \/>\n\u00c7a a beau \u00eatre Ch\u00e2teaubriand<br \/>\nMais \u00e7a brille pas fort<br \/>\npuis moi j\u2019ai peur des morts.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais m\u00eame pas capable de dormir<br \/>\nTellement je frissonnais d\u2019humidit\u00e9<br \/>\nPis les vagues \u00e7a fait du bruit<br \/>\nDans le noir, c\u2019est pas dr\u00f4le.<\/p>\n<p>Au bout d\u2019une heure, mon Renaud :<br \/>\nC\u2019est beau, c\u2019est beau<\/p>\n<p>Une fois j\u2019lui ai cri\u00e9<br \/>\nBarnake Renaud<br \/>\nFerme ta gueule si tu veux que je dorme<\/p>\n<p>Y s\u2019r\u00e9veille<br \/>\nJe r\u00e9p\u00e8te.<br \/>\nY dit : int\u00e9ressant<br \/>\nNous vivons la m\u00eame chose<br \/>\nPis y s\u2019est rendormi.<\/p>\n<p>Au bout du mois, la veille du d\u00e9part de Jos, l\u2019histoire avait pris de l\u2019envergure au point o\u00f9 maintenant elle durait un gros vingt minutes de rires sans interruption. Le lendemain, jour de son d\u00e9part, nous nous sommes tous sentis orphelins.<\/p>\n<p>Int\u00e9ressant, que j\u2019ai \u00e9crit \u00e0 Jos sur une carte postale<br \/>\nNous vivons tous la m\u00eame chose<br \/>\nOn s\u2019ennuie de toi .Vive Le Barnake du Qu\u00e9bec.<br \/>\nMerci d\u2019avoir ensoleill\u00e9 Paris<\/p>\n<p>\u00c9tait-ce le fait que Jos avait parl\u00e9 de St-Malo soir apr\u00e8s soir, au p\u2019tit Qu\u00e9bec, que Renaud avait v\u00e9cu des brosses d\u2019\u00eatre dans l\u2019ilot du Grand-Pr\u00e9 o\u00f9 reposait, la tombe de Chateaubriand , que \u00ab les m\u00e9moires d\u2019outre-tombe du grand \u00e9crivain \u00bb \u00e9taient enseign\u00e9es par John au d\u00e9partement de litt\u00e9rature de l\u2019Universit\u00e9 de Vancouver, qui me donna l\u2019obsession de m\u2019y rendre ? Ou plut\u00f4t la chanson \u00ab \u00e0 St-Malo ,beau port de mer \u00bb que mon p\u00e8re me chantait quand j\u2019\u00e9tais petite ? \u00ab Nous irons jouer dans l\u2019\u00eele, dans l\u2019\u00eele \u00bb<\/p>\n<p>Qui sait vraiment sur quels crit\u00e8res fonctionne l\u2019inconscient ? Jeanne Martin avait \u00e9t\u00e9 au centre de mon univers \u00e0 l\u2019\u00e9poque du St-Vincent, pourtant je m\u2019\u00e9tais sentie incapable d\u2019aller la saluer lors de mon voyage \u00e0 Montr\u00e9al. Renaud m\u2019avait transperc\u00e9 le c\u0153ur de bord en bord, mais je pr\u00e9f\u00e9rais souffrir de son absence que d\u2019\u00eatre d\u00e9\u00e7ue d\u2019une retrouvaille sans lendemain. Je savais \u00e9galement que je ne mettrais jamais plus les pieds ni \u00e0 Vancouver ni au p\u2019tit Qu\u00e9bec. Alors tant qu\u2019\u00e0 errer, pourquoi pas St-Malo ? Apr\u00e8s on verrait bien.<\/p>\n<p>Toujours est-il que j\u2019\u00e9crivis \u00e0 John.<\/p>\n<p>Cher John,<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9t\u00e9 unis par notre amour de la litt\u00e9rature<br \/>\nPourquoi ne prendrions-nous pas Chateaubriand<br \/>\nComme t\u00e9moin de notre rupture.<br \/>\nSa tombe ayant \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e<br \/>\n\u00c0 travers les si\u00e8cles<br \/>\nComme un haut lieu de p\u00e8lerinage po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Que penseriez-vous de venir m\u2019y rejoindre<br \/>\nDurant vos vacances ?<\/p>\n<p>Nellie-Rose va bien.<br \/>\nCelle-ci me donnant beaucoup de bonheur<br \/>\nAu quotidien, je serais heureuse de continuer<br \/>\n\u00c0 la voir grandir, \u00e0 partir de ce que nous jugerons<br \/>\nLe mieux pour le bien de l\u2019enfant.<br \/>\nJe vous enverrai mon adresse rendue l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>Pourquoi pas l\u2019amiti\u00e9 entre nous !<br \/>\nMarie.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que, le 1er juillet 1978, je quittai le Petit Qu\u00e9bec avec un m\u00e9lange de regret et de soulagement. Madame de Vincenne \u00e9tait devenue une amie. Et comme Nellie-Rose l\u2019avait prise en affection, il me sembla valable d\u2019offrir un air de f\u00eate \u00e0 notre trio. Cette dame avait \u00e9t\u00e9 professeur de fran\u00e7ais et poss\u00e9dait une culture qui donnait \u00e0 son \u00e2ge la sagesse de ces femmes complices d\u2019une plus jeune qu\u2019elle. Elle aimait dire des choses pr\u00e9cises en phrases vagues<\/p>\n<p>Il suffit parfois de quelques pas dans le sable<br \/>\nPour que sa vie redevienne un bord de mer.<\/p>\n<p>C\u2019est en parlant c\u0153ur \u00e0 c\u0153ur avec Madame de Vincenne , sur le train de Paris \u00e0 St-Malo, que je r\u00e9alisai que je m\u2019\u00e9tais peut-\u00eatre menti \u00e0 moi-m\u00eame. J\u2019avais quitt\u00e9 le camp St-Rose pour Vancouver dans l\u2019espoir secret que Renaud me d\u00e9clare son amour avant qu\u2019il ne soit trop tard, abouti au p\u2019tit Qu\u00e9bec parce qu\u2019il y \u00e9tait venu \u00e0 mon insu et qu\u2019il y repasserait sans doute, comme je me dirigeais vers la tombe de Chateaubriand parce qu\u2019il avait fait de ce lieu une de ces escales.<\/p>\n<p>Qui sait vraiment sur quels crit\u00e8res fonctionne l\u2019inconscient ?<\/p>\n<p>Les Fran\u00e7ais ne peuvent pas saisir ce que repr\u00e9sente la maison o\u00f9 est n\u00e9 Jacques Cartier pour l\u2019imaginaire d\u2019un qu\u00e9b\u00e9cois. Notre d\u00e9sir de se b\u00e2tir un pays francophone dans une mer d\u2019anglophones tire ses racines de ce fait historique. Mais lorsque tu arrives sur place et que tu d\u00e9couvres que les lieux ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s par le gouvernement canadien qui profite de cette vitrine pour faire la promotion du f\u00e9d\u00e9ralisme, tu te sens assi\u00e9g\u00e9 par les chicanes politiques internes et ta blessure d\u2019\u00eatre qu\u00e9b\u00e9cois, peuple de vaincu, s\u2019ouvre de nouveau dans des espaces o\u00f9 elle n\u2019aurait jamais d\u00fb s\u2019exhiber.<\/p>\n<p>Par chance, cette guerre des drapeaux se passait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la vieille partie de St-Malo. Les vieux remparts de pierre offraient un magnifique panorama de l\u2019int\u00e9rieur sur la ville et ext\u00e9rieurement sur la mer, te faisant oublier l\u2019amertume cr\u00e9e par le mauvais go\u00fbt et l\u2019odeur naus\u00e9abonde d\u2019un Canada faisant plus \u00e9talage de sa fragilit\u00e9 g\u00e9opolitique qu\u2019autre chose.<\/p>\n<p>Chaque soir, les terrasses s\u2019impr\u00e9gnaient du parfum des mets appr\u00eat\u00e9s \u00e0 partir des produits de la mer, m\u00e9lang\u00e9s aux chants bretons d\u2019un groupe d\u2019anciens marins costum\u00e9s parcourant \u00e0 pied rues et ruelles. M\u00eame John, \u00e0 son arriv\u00e9e, en fut charm\u00e9. Nous f\u00eemes une visite des lieux avant de nous diriger, le lendemain ,vers la pierre tombale de l\u2019auteur des m\u00e9moires d\u2019outre-tombe.<\/p>\n<p>Cet apr\u00e8s-midi-l\u00e0, Nellie-Rose dormit entre nous deux sur le rocher du grand B\u00e9, \u00e0 quelques dizaines de m\u00e8tres du rivage enfonc\u00e9 tel un bras dans la mer. C\u2019\u00e9tait impressionnant de voir cette fil\u00e9e de touristes venus rendre hommage non pas \u00e0 Chateaubriand, mais \u00e0 cette part de po\u00e9sie en eux que le quotidien ne leur permettait pas toujours d\u2019exprimer.<\/p>\n<p>Pourquoi le tombeau de Ch\u00e2teaubriand<br \/>\nComme lieu de rencontre ?<\/p>\n<p>Parce que nous allons mourir un jour<br \/>\nJohn, r\u00e9pondis-je.<\/p>\n<p>Et\u2026<\/p>\n<p>Pr\u00e9pare le divorce<br \/>\nComme si nous \u00e9tions d\u00e9j\u00e0 morts tous les deux<br \/>\nEt je signerai les yeux ferm\u00e9s<br \/>\nSans m\u00eame consulter un avocat.<\/p>\n<p>Merci de ta confiance<br \/>\nMe r\u00e9pondit-il simplement.<\/p>\n<p>Une fois Nellie-Rose partie avec son John au Canada anglais et Madame de Vincennes retourn\u00e9e \u00e0 Paris, je passai plusieurs nuits \u00e0 dormir seule dans un sac de couchage, pr\u00e8s de la tombe de Ch\u00e2teaubriand. La contemplation des \u00e9toiles fut pour moi une lib\u00e9ration, surtout quand elle se rythme aux flux et reflux des vagues de la mer. Se peut-il que les \u00e9glises, \u00e0 travers la plan\u00e8te, infantilisent les hommes en leur faisant croire qu\u2019il existe une s\u00e9paration entre le ciel et la terre, le ciel servant dans cette l\u00e9gende urbaine \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la plan\u00e8te, \u00e0 transmettre aux hommes les messages des dieux ? Peut-\u00eatre qu\u2019un jour, il y aura des hommes sur la lune qui assisteront au lever de terre comme on assiste au lever de lune et qui s\u2019imagineront que les dieux habitent la terre plut\u00f4t que le ciel !<\/p>\n<p>Et peut-\u00eatre aussi ,qu\u2019un de ces habitants de la lune, aura pour livre de chevet \u00ab l\u2019ile de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019instant pr\u00e9sent \u00bb, chapitre seize, o\u00f9 sur une plan\u00e8te de milliards d\u2019\u00eatres humains, un homme cherche le secret de la temporalit\u00e9 pendant qu\u2019une femme attend, depuis leur derni\u00e8re soir\u00e9e sur la roche du camp Ste-Rose, qu\u2019il la retrouve \u00e0 travers ses qu\u00eates successives de v\u00e9rit\u00e9, les fous terriens et les hommes lunaires dormant \u00e0 d\u00e9faut de comprendre ce qui leur arrive, perdus de part et d\u2019autre dans ce cosmos hallucinant. <\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00eele de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent Mon cher Clermont, En avril 1920, Einstein dit \u00e0 Moszkowski : \u00ab L\u2019id\u00e9e selon laquelle le temps s\u2019\u00e9coule plus vite ou,plus lentement selon nos sensations subjectives de joie ou de tristesse de satisfaction ou d\u2019ennui n\u2019a rien \u00e0 voir avec la notion de relativit\u00e9 du temps., m\u00eame si on [&hellip;]<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on wp_trim_excerpt --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on wp_trim_excerpt --><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[26],"tags":[47,73,89,75,74,79,85,81,52,78,76,83,53,88,71,80,77,49,69,87,82,86,84,57],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/336"}],"collection":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=336"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/336\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":453,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/336\/revisions\/453"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=336"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=336"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=336"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}