{"id":323,"date":"2006-03-15T17:33:52","date_gmt":"2006-03-15T22:33:52","guid":{"rendered":"http:\/\/demers.qc.ca\/?p=323"},"modified":"2006-03-15T20:46:32","modified_gmt":"2006-03-16T01:46:32","slug":"chapitre-11-la-mort-en-tableaux-de-noel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/demers.qc.ca\/?p=323","title":{"rendered":"Chapitre 11 &#8211; LA MORT EN TABLEAUX DE NO\u00cbL"},"content":{"rendered":"<p><b>L&rsquo;\u00eele de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent<\/b><\/p>\n<p>Il s\u2019abreuvait depuis toujours aux frissons de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Cela lui semblait si naturel qu\u2019il n\u2019avait jamais pu comprendre comment il se faisait que les humains puissent souffrir. Son corps de 51 ans lui avait toujours paru sous la forme de la jeunesse \u00e9ternelle. La puret\u00e9 de l\u2019\u00e2me, la sensation continuelle de flotter deux pieds au-dessus du sol, le rythme lent, amoureux, \u00e9tonn\u00e9, charm\u00e9. La sensation de ne rien peser, de se fondre dans le tout avec ravissement, de saisir dans ses mains l\u2019air comme des milliers de p\u00e9pites d\u2019or. \u00c9tait-il artiste, po\u00e8te de la vie, amant de l\u2019\u00eatre ou son enfant naissant encore aux langes ?<br \/>\nAmenez-moi au d\u00e9but du roman<br \/>\nLe dernier \u00e9t\u00e9 de sa vie fut le plus myst\u00e9rieux de tous pour ceux qui l\u2019avaient connu jeune homme. Il chantait au th\u00e9\u00e2tre \u00ab Le patriote \u00bb de Sainte-Agathe durant le souper, et cela six soirs par semaine. Mais avec cette particularit\u00e9 qu\u2019il s\u2019\u00e9tait arrang\u00e9 pour qu\u2019on ne le voie pas. Il montait par une \u00e9chelle jusqu\u2019\u00e0 la cabane de l\u2019\u00e9clairagiste soud\u00e9e au plafond int\u00e9rieur et de l\u00e0, fredonnait les chansons les plus sensibles du r\u00e9pertoire de sa jeunesse dans le Vieux-Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>Sa vie d\u2019artiste, par laquelle il \u00e9vita non seulement le monde du travail, mais le monde lui-m\u00eame, permit au po\u00e8te en lui de po\u00e9tiser, en toute libert\u00e9, hors du temps, hors des servitudes, hors des r\u00e9alit\u00e9s.<\/p>\n<p>Son journal de bord, rapporte que, durant cet \u00e9t\u00e9-l\u00e0, on ne le vit manger aux tables avec les clients que lorsqu\u2019il reconnaissait d\u2019en haut quelqu\u2019un qui avait perdu un \u00eatre cher et qui n\u2019avait jamais pu s\u2019en sortir psychologiquement. Mais il y avait plus. Il ne pouvait accepter d\u2019apercevoir du sang ou une atmosph\u00e8re d\u2019enterrement dans la toile rouge et or des tables carrel\u00e9es o\u00f9 l\u2019impression Toulouse-Lautrec festoyant au chat noir rejaillissait de soir en soir. Il en manquait si peu pour que le tableau devienne un chef d\u2019\u0153uvre. Alors il tentait de restaurer le tout d\u2019un coup de pinceau, au cas o\u00f9, puisqu\u2019il ne pouvait y arriver avec sa voix.<\/p>\n<p>\u00c0 la mort de Renaud, on trouva chez lui un manuscrit, le seul d\u2019ailleurs qu\u2019il aurait aim\u00e9 publier de son vivant. Il avait ramass\u00e9 tout au long de sa carri\u00e8re des histoires de magie que le public lui avait racont\u00e9es. Il tentait au travers d\u2019elles d\u2019en saisir le d\u00e9nominateur commun. Par quels m\u00e9canismes un instant pr\u00e9sent devient-il magique ? la derni\u00e8re partie \u00e9tait consacr\u00e9e aux histoires de morts. Il pr\u00e9cisa en note de bas de page qu\u2019elles furent v\u00e9cues telles que cont\u00e9es.<\/p>\n<p>Selon ce manuscrit, on meurt comme on a v\u00e9cu. Et il lui semblait qu\u2019une des cons\u00e9quences de l\u2019art de vivre l\u2019instant pr\u00e9sent consistait \u00e0 apprendre en m\u00eame temps l\u2019art de mourir en un instant pr\u00e9sent fabuleux, la suite des tableaux d\u2019une vie n\u2019\u00e9tant en somme qu\u2019une question de sujet, d\u2019harmonie, d\u2019agencement des couleurs et de perspectives.<\/p>\n<p>Le fr\u00e8re Marcel \u00e9tait responsable des fr\u00e8res des \u00e9coles chr\u00e9tiennes de la province de Qu\u00e9bec et directeur de la polyvalente de St-Henri. Ceux qui l\u2019ont connu ne pourront jamais oublier ce petit homme de cinq pieds quatre, pr\u00e8s de trois cents livres, dont le seul loisir connu consistait \u00e0 se rendre au forum de Montr\u00e9al le samedi soir pour assister aux parties de hockey du Canadien de Montr\u00e9al. Un jour il apprit par son m\u00e9decin qu\u2019il avait un cancer g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 et qu\u2019il lui restait moins d\u2019un an \u00e0 vivre. Son seul objectif \u00e9tant de ne pas inqui\u00e9ter son entourage, il annon\u00e7a discr\u00e8tement \u00e0 tous qu\u2019il avait entrepris une di\u00e8te. Que de taquineries et de f\u00e9licitations il re\u00e7ut tout au long de la fonte de sa personne. Vint le jour o\u00f9, ayant enfin le poids d\u00e9sir\u00e9, il prit simplement sa valise pour aller mourir seul \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Et personne ne sut jamais qu\u2019il fut malade. On le sut le lendemain de sa mort. Renaud l\u2019avait connu personnellement. Il ne fut pas \u00e9tonn\u00e9 que son art de vivre, d\u2019une humilit\u00e9 hors du temps, hors des servitures, hors des r\u00e9alit\u00e9s, malgr\u00e9 les honneurs octroy\u00e9s \u00e0 son poste dont il aurait pu se glorifier, l\u2019ait conduit \u00e0 l\u2019art de mourir, l\u2019instant pr\u00e9sent \u00e9tant le m\u00eame dans sa beaut\u00e9, qu\u2019importe le moment de son \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Il en fut ainsi de Madame St-Marc. Ayant appris qu\u2019un d\u00e9sagr\u00e9able cancer des intestins ne lui permettait plus que quelques mois de survie, elle alla louer une chambre dans ce qu\u2019elle appelait un mouroir, de fa\u00e7on \u00e0 ne pas incommoder ses enfants. Le prix \u00e9tait raisonnable, sa maison venait d\u2019\u00eatre vendue, ses affaires \u00e9taient en ordre. Elle avait \u00e9t\u00e9 cliente du St-Vincent et suivit Renaud tout au long de sa carri\u00e8re de chanteur. L\u2019\u00e9t\u00e9 du Patriote, Renaud, \u00e9tonn\u00e9, l\u2019avait aper\u00e7ue dans la salle. Il avait arr\u00eat\u00e9 de chanter, descendit son \u00e9chelle pour aller la saluer. Elle aurait d\u00fb \u00eatre morte. Comment se faisait-il ? C\u2019est alors qu\u2019elle lui conta son histoire devant son mari en larmes.<\/p>\n<p>La semaine pass\u00e9e, j\u2019ai dit au docteur<br \/>\nDocteur, \u00e7a veut pas mourir<br \/>\nJ\u2019aurais le go\u00fbt de prendre des vacances.<\/p>\n<p>Et le docteur de lui dire :<br \/>\nMadame<br \/>\nVous risquez de perdre votre place<br \/>\nEt c\u2019est peut-\u00eatre juste une question de semaines<br \/>\nDe jours m\u00eame.<\/p>\n<p>J\u2019ai appris que Renaud chante au patriote<br \/>\nLouez donc ma chambre<br \/>\nChanceuse comme je suis<br \/>\nLa personne devrait d\u00e9c\u00e9der<br \/>\nJuste \u00e0 temps<\/p>\n<p>Pour que je retrouve mon lit.<\/p>\n<p>Madame St-Marc et Renaud rirent si fort et de si bon c\u0153ur ensemble, en contraste du mari qui ne comprenait pas que l\u2019on puisse s\u2019amuser de choses aussi tristes, qu\u2019il en oublia de remonter en haut pour chanter. Comme elle l\u2019avait dit, la chambre de Madame St-Marc se lib\u00e9ra juste \u00e0 temps et elle put mourir entour\u00e9e de ses petits-enfants, comme elle l\u2019avait aussi planifi\u00e9, d\u00e9sirant laisser en h\u00e9ritage \u00e0 ses proches, le souvenir d\u2019une femme heureuse, m\u00eame dans ses derniers moments.<\/p>\n<p>Renaud sut la suite de l&rsquo;aventure, en voyant Monsieur St-Marc souper seul, att\u00e9r\u00e9 par son deuil. Et il ne chanta presque pas ce soir-l\u00e0. Il mangea avec lui, l\u2019\u00e9coutant parler d\u2019elle. Monsieur St-Marc l\u2019avait rencontr\u00e9e au St-Vincent, o\u00f9 elle travaillait comme serveuse les fins de semaine pour arrondir ses fins de mois. Par amour pour elle, il devint un client assidu et cela tous les soirs o\u00f9 le St-Vincent \u00e9tait ouvert, y compris ce fameux soir o\u00f9 je re\u00e7us un appel de mon p\u00e8re :<\/p>\n<p>Marie\u2026<br \/>\n\u00c9coute, promets-moi de rester tr\u00e8s calme\u2026<br \/>\nTa m\u00e8re a eu un an\u00e9vrisme au cerveau<br \/>\nElle\u2026 elle\u2026est mourante \u00e0 l\u2019h\u00f4pital<br \/>\nLe docteur dit que c\u2019est peut-\u00eatre une question d\u2019heures.<\/p>\n<p>NONNNNNNNNNNNNNNNNNNN<br \/>\nPAPA<br \/>\nNONNNNNNNNNNNNNNN<br \/>\nEn arrivant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, je tombai dans les bras de mon p\u00e8re qui ne put que me dire :<\/p>\n<p>Ta m\u00e8re est morte Il y a \u00e0 peine dix minutes. Pourquoi je vous raconte cette histoire ? Parce que le journal de Renaud mentionne que, le soir de la venue de Monsieur St-Marc au Patriote, c\u2019est par cette histoire de mon p\u00e8re vivant la mort de ma m\u00e8re qu\u2019il tenta d\u2019apaiser un peu sa tristesse infinie. Il en avait, comme moi appris tous les d\u00e9tails au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es, d\u2019un t\u00e9moignage \u00e0 l\u2019autre et avait pu se faire un portrait \u00e0 peu pr\u00e8s exact de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9.<\/p>\n<p>Par exemple, la s\u0153ur directrice,de la communaut\u00e9 o\u00f9 mon p\u00e8re travaillait depuis tant d\u2019ann\u00e9es, m\u2019avait racont\u00e9 que le lendemain de la mort de ma m\u00e8re, il avait \u00e9t\u00e9 la voir dans son bureau et lui tint exactement ce langage :<\/p>\n<p>Ch\u00e8re m\u00e8re directrice,<br \/>\nCe matin j\u2019ai un probl\u00e8me de veuf<br \/>\nQuand je vais sortir de votre bureau<br \/>\nVous allez avoir un probl\u00e8me de religieuse<\/p>\n<p>Ma femme est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e cette nuit<br \/>\nMa s\u0153ur\u2026.<br \/>\nAuriez-vous la bont\u00e9\u2026.<br \/>\nDe l\u2019exposer dans votre chapelle ardente<br \/>\nEt de lui offrir une messe avant l\u2019enterrement<br \/>\nM\u00eame si je ne suis pas croyant<br \/>\nEt n\u2019ai pas l\u2019intention de le devenir<\/p>\n<p>S\u0153ur Lucienne du Saint nom de Marie, puisqu\u2019il m\u2019honore de la nommer, me raconta en cette m\u00eame occasion, qu\u2019en trente ans de travail pour sa communaut\u00e9, mon p\u00e8re n\u2019\u00e9tait venu qu\u2019une seule autre fois faire une demande, soit l\u2019ann\u00e9e d\u2019avant. Il s\u2019\u00e9tait confi\u00e9 \u00e0 elle sous le secret de ses v\u0153ux, lui exprimant le fait que les attaques d\u2019amour de l\u2019\u00eatre devenaient parfois tellement intenses que son corps en fr\u00f4lait l\u2019\u00e9vanouissement. Par cons\u00e9quence, elle lui accorda la permission d\u2019aller s\u2019\u00e9tendre en arri\u00e8re de la sacristie, sur le plancher de fa\u00e7on \u00e0 ne d\u00e9ranger personne, lui-m\u00eame offrant en contrepartie de remplacer le temps perdu par un suppl\u00e9mentaire appropri\u00e9.<\/p>\n<p>Auriez-vous la bont\u00e9<br \/>\nD\u2019en avertir vos religieuses<br \/>\nEn des termes de fragilit\u00e9 de sant\u00e9<br \/>\nPlut\u00f4t que sous des formes de spiritualit\u00e9<br \/>\nPuisque je consid\u00e8re que ce n\u2019est pas vraiment le cas.<br \/>\nL\u2019instant pr\u00e9sent \u00e9tant du domaine de l\u2019enivrement<br \/>\nOu du trop grand bonheur de vivre<br \/>\nJe ne sais pas trop.<\/p>\n<p>S\u0153ur Lucienne me raconta qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e par la formule : \u00ab auriez-vous la bont\u00e9 de ?\u2026 \u00ab Elle observait mon p\u00e8re depuis toujours. Mais cette rencontre dans son bureau o\u00f9 il lui parla d\u2019attaques d\u2019\u00eatre modifia leur relation. \u00c0 un point tel qu\u2019elle lui demanda un jour avec la m\u00eame formule :<\/p>\n<p>Monsieur Gascon<br \/>\nAuriez-vous la bont\u00e9 de devenir le r\u00e9ceptacle<br \/>\nDe mes confidences intimes ?<\/p>\n<p>Elle savait que si elle avait employ\u00e9 le mot \u00ab confesseur \u00bb, il s\u2019en serait senti outrag\u00e9. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 son insu, mon p\u00e8re, par ses conseils avis\u00e9s, devint le v\u00e9ritable directeur de cette communaut\u00e9<\/p>\n<p>Le fait qu\u2019il retourna travailler comme si de rien n\u2019\u00e9tait le lendemain de la mort de ma m\u00e8re, me choqua. Je ne compris point sa mani\u00e8re d\u2019agir et il ne se sentait pas vraiment pr\u00eat \u00e0 me l\u2019expliquer, ne le sachant pas vraiment lui-m\u00eame, je crois. Il me laissa plut\u00f4t un mot sur la table, qui ne m\u2019emp\u00eacha pas de me sentir orpheline.<\/p>\n<p>La peine infinie n\u2019est point une souffrance<br \/>\nC\u2019est le chant de la joie<br \/>\nQui meurt avec reconnaissance<br \/>\nPour rena\u00eetre ailleurs<br \/>\nSans errance.<\/p>\n<p>Je pleurai toute la journ\u00e9e, en l\u2019attendant. Il rentra tard ce soir-l\u00e0. \u00c0 chacune de mes demandes d\u2019information, il me r\u00e9p\u00e9tait finalement et invariablement toujours la m\u00eame chose :<\/p>\n<p>Ne t\u2019inqui\u00e8te pas,<br \/>\nLes religieuses s\u2019occupent de tout.<\/p>\n<p>J\u2019appris cependant que ma m\u00e8re \u00e9tait morte \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Ste-Justine au moment o\u00f9 elle assistait \u00e0 une s\u00e9ance d\u2019informations, dans le but de devenir accompagnatrice pour les enfants mourants. Elle \u00e9tait b\u00eatement tomb\u00e9e de sa chaise, terrass\u00e9e par l\u2019an\u00e9vrisme, en un seul instant, ce qui rendait ma douleur et ma r\u00e9volte encore plus b\u00eate.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re mangea une soupe, enleva le cam\u00e9 avec la photo de ma m\u00e8re lorsqu\u2019elle avait seize ans de son cou. Puis il fuma sa pipe dans sa chaise ber\u00e7ante dans un silence contemplatif. De mon c\u00f4t\u00e9, d\u00e9contenanc\u00e9e, j\u2019allai passer la soir\u00e9e chez Clermont.<\/p>\n<p>S\u0153ur Lucienne m\u2019a aussi racont\u00e9 plus tard que mon p\u00e8re avait demand\u00e9 \u00e0 ce que ma m\u00e8re fut expos\u00e9e dans une simple tombe de bois. Comme elle avait \u00e9t\u00e9 une enfant de la cr\u00e8che et qu\u2019il n\u2019y avait personne \u00e0 avertir au niveau famille, il pr\u00e9f\u00e9rait l\u2019enterrer seul, pr\u00e9f\u00e9rant ne pas d\u00e9ranger personne.<\/p>\n<p>Comme son travail du mois consistait \u00e0 laver les vitraux et les plafonds de la chapelle. Il s\u2019y appliqua la nuit comme le jour, descendant r\u00e9guli\u00e8rement embrasser ma m\u00e8re sur le front et s\u2019\u00e9tendant de b\u00e9atitude face contre le sol devant sa tombe. Cela contrastat \u00e9trangement avec mes larmes lorsque je m\u2019agenouillais devant cette m\u00eame tombe. Je pense que sa seule souffrance fut de rythmer ses pas sans trouver le moyen de soulager ma douleur. Je ne comprenais pas comment il faisait pour signer sa vie de fa\u00e7on si absente. La chapelle devint le lieu de son dernier dialogue amoureux avec ma m\u00e8re, ayant exprim\u00e9 le souhait qu\u2019il n\u2019y eut aucune visite, ni des religieuses, ni d\u2019autres personnes que sa fille. La messe eut lieu le lendemain \u00e0 onze heures du matin. Mon p\u00e8re avait demand\u00e9 au confesseur de la communaut\u00e9 que cela f\u00fbt court. Sans artifices. Les s\u0153urs prirent discr\u00e8tement place \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Je pris place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la tombe sur une simple chaise. Mon p\u00e8re obtint la permission de servir la messe avec la tombe comme autel, \u00e0 condition que celle-ci f\u00fbt en latin pour que le sens erron\u00e9 des paroles se perdent dans la beaut\u00e9 de la langue.<\/p>\n<p>Sans doute n\u2019aurait-il jamais permis ce qui se produisit par la suite : Une fois la messe commenc\u00e9e, les chansonniers, entour\u00e9s de Madame Martin envahirent la gauche de la chapelle ardente, le groupe des parents avec \u00e0 leur t\u00eate le p\u00e8re de Jean-Fran\u00e7ois la droite et tous les enfants du camp Ste-Rose avec le personnel au centre.<\/p>\n<p>Renaud approcha sa chaise de la mienne. Je penchai ma t\u00eate sur son \u00e9paule et pleurai doucement sans qu\u2019aucun son ne sorte. Jean-Fran\u00e7ois se leva et, apr\u00e8s une g\u00e9nuflexion, d\u00e9posa le 28e et dernier coffret des patibulaires sur la tombe de ma m\u00e8re. Mon p\u00e8re ne s\u2019aper\u00e7ut de rien. Avant que la c\u00e9r\u00e9monie prenne fin, la directrice fit signe \u00e0 tous et chacun de quitter la chapelle. Il se retrouva seul avec le tombeau, passa cette derni\u00e8re nuit \u00e0 laver les vitraux.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re n\u2019assista pas \u00e0 la mise en terre qui eut lieu dans le lot des religieuses au cimeti\u00e8re C\u00f4te-des-neiges. Il disparut plut\u00f4t pendant trois jours, me laissant savoir par S\u0153ur Lucienne qu\u2019il avait besoin de vivre son deuil \u00e0 sa mani\u00e8re. C\u2019est par le journal de Renaud que j\u2019appris la fin.<\/p>\n<p>Il partit sur le pouce, deux couvertures de la communaut\u00e9 dans un sac, le vingt-huiti\u00e8me coffre des patibulaires dans l\u2019autre. Il se rendit \u00e0 la maison \u00e0 un mur de sa m\u00e8re. Il \u00e9crivit sur un simple papier<\/p>\n<p>EGO SUM PAUPER<br \/>\nNIHIL HABEO<br \/>\nET NIHIL DABO<\/p>\n<p>Il enterra le vingt-huiti\u00e8me coffre avec en son fond, le cam\u00e9 de ses seize ans entour\u00e9 du bout de papier, demandant \u00e0 sa propre m\u00e8re d\u2019accueillir joyeusement son \u00e9pouse au royaume de l\u2019innommable.<\/p>\n<p>Le cinqui\u00e8me jour apr\u00e8s le retour de mon p\u00e8re, Renaud eut l\u2019ind\u00e9cence d\u2019arriver sans t\u00e9l\u00e9phoner, sans s\u2019annoncer, sans m\u00eame frapper puisque la porte \u00e9tait entrouverte.<\/p>\n<p>Monsieur Gascon<br \/>\nJ\u2019ai besoin de vous<br \/>\nPour ma soir\u00e9e de camp ce soir<br \/>\nAu nom des jeunes<br \/>\nJe vous demande de ne pas refuser.<\/p>\n<p>> J\u2019ai besoin d\u2019un P\u00e8re No\u00ebl et d\u2019une f\u00e9e des \u00e9toiles<br \/>\nPour mon No\u00ebl des campeurs.<\/p>\n<p>Dans tous les camps du Qu\u00e9bec, la tradition veut que cet \u00e9v\u00e9nement e\u00fbt lieu le 25 juillet de chaque \u00e9t\u00e9. Mais le temps que les chansonniers finissent leur collecte au St-Vincent dans le but de ramasser des fonds pour financer les activit\u00e9s du camp Ste-Rose, et le temps que la course des coffrets prenne fin au pays des patibulaires, le tout suivi du d\u00e9c\u00e8s de ma m\u00e8re, cela avait provoqu\u00e9 un retard de 10 jours.<\/p>\n<p>Renaud soliloqua tout le long du parcours en automobile :<\/p>\n<p>Vous auriez d\u00fb voir les enfants<br \/>\ndu troisi\u00e8me et dernier groupe<br \/>\nA la recherche du vingt et uni\u00e8me coffre<br \/>\nUn tiers montait la garde dans les arbres<br \/>\nDont deux dans notre cabane Monsieur Gascon<br \/>\nUn autre ratissait autour de la maison \u00e0 un mur<br \/>\nDe fond en comble<br \/>\nUn troisi\u00e8me creusait \u00e0 la pelle<\/p>\n<p>Au son de la corne,<br \/>\nles \u00e9quipes changeaient de r\u00f4le.<\/p>\n<p>J\u2019avais demand\u00e9 au chansonnier Jos Leroux<br \/>\nDe venir jouer \u00e0 l\u2019espion<br \/>\nLes jeunes lui ont saut\u00e9 dessus<br \/>\nL\u2019ont attach\u00e9 \u00e0 un arbre<br \/>\nLui ont enlev\u00e9 ses chaussures<br \/>\nPour lui chatouiller les orteils<\/p>\n<p>C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on a su<br \/>\nQue le vingt et uni\u00e8me coffret<br \/>\nAvait \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 au fond de la chaloupe<br \/>\nDe sa famille.<\/p>\n<p>C\u2019est aussi en rampant que les plus vieux<br \/>\nL\u2019ont d\u00e9couvert envelopp\u00e9<br \/>\nDans un sac de plastic.<\/p>\n<p>Nous arriv\u00e2mes au camp. Les enfants en pyjama attendaient autour du sapin illumin\u00e9 dans la salle communautaire. Nous observ\u00e2mes la sc\u00e8ne de l\u2019ext\u00e9rieur, n\u2019\u00e9tant pas encore d\u00e9guis\u00e9s, ni mon p\u00e8re, ni moi.<\/p>\n<p>Mes amis, dit Renaud<br \/>\nD\u00e9guis\u00e9 en Anikouni<br \/>\nIl n\u2019y aura pas de P\u00e8re No\u00ebl<br \/>\nNi de cadeau ce soir<br \/>\nJe m\u2019excuse<br \/>\nLe No\u00ebl d\u2019\u00e9t\u00e9<br \/>\n\u00c9tait le 25 juillet<br \/>\nD\u00e9passer cette date<br \/>\nLe P\u00e8re No\u00ebl ne sort plus<br \/>\nM\u00ebme les faux lou\u00e9s par les grands Magasins<br \/>\nSont en vacance<br \/>\nAlors collation puis coucher.<\/p>\n<p>C\u2019est dans un brouhaha compr\u00e9hensible que tous et chacun mont\u00e8rent au dortoir. Vers vingt et une heures trente, on n\u2019entendit plus un bruit. Tout le monde sembla dormir profond\u00e9ment.<\/p>\n<p>Madame Martin arriva avec quelques chansonniers, puis Monsieur Brisson avec quelques parents. L\u2019excitation \u00e9tait \u00e0 son comble. L\u2019argent ramass\u00e9 au St-Vincent avait servi \u00e0 acheter le m\u00eame cadeau \u00e0 tout le monde : Une tr\u00e8s belle bo\u00eete de crayons \u00e0 colorier avec une pile diversifi\u00e9e de cahiers minces pour recevoir les couleurs, toutes des histoires de pirates et de tr\u00e9sor.<\/p>\n<p>Chaque participant fut rev\u00eatu d\u2019un long drap blanc enroul\u00e9 soyeusement autour du corps comme au temps des romains. On avait, \u00e0 l\u2019insu des enfants, pendant qu\u2019ils \u00e9taient rassembl\u00e9s dans la salle communautaire, saupoudr\u00e9 les fen\u00eatres de jets blancs, comme dans le temps des f\u00eates et serpent\u00e9 les murs de lumi\u00e8res de No\u00ebl, mais de telle fa\u00e7on que cela ne soit pas visible sans des lumi\u00e8res appropri\u00e9es.<\/p>\n<p>Je m\u2019habillai donc en F\u00e9e des Etoiles et mon p\u00e8re en P\u00e8re No\u00ebl. Trois immenses sacs rouges furent remplis de cadeaux. Robert, le directeur du camp aid\u00e9 de deux \u00e9ducatrices r\u00e9ussirent \u00e0 installer la chaise du P\u00e8re No\u00ebl juste en dessous du faux escalier menant au grenier, et cela sans r\u00e9veiller personne. Et c\u2019est muni d\u2019une chandelle \u00e0 la main, que chaque ange all\u00e2t prendre place dans un coin. Deux parents furent habill\u00e9s en roi mage et Jos d\u00e9guis\u00e9 en lutin de fa\u00e7on \u00e0 ce que personne ne le reconnaisse. Nous primes la pr\u00e9caution de masquer son visage de patibulaire de fa\u00e7on \u00e0 ce que, selon Monsieur Brisson, il n\u2019effraie pas les petits. Il effrayait d\u00e9j\u00e0 suffisamment les filles du St-Vincent, selon les chansonniers s\u2019\u00e9touffant de rire.<\/p>\n<p>Tant qu\u2019\u00e0 \u00e7a<br \/>\nLaissez-moi donc dans l\u2019auto<br \/>\nMurmura Jos dans son humeur des mauvais joursAu signal. Les anges allum\u00e8rent leurs chandelles, les lumi\u00e8res de No\u00ebl illumin\u00e8rent le dortoir et la chaise fut \u00e9clair\u00e9e par en dessous donnant une impression d\u2019irr\u00e9alit\u00e9. La strat\u00e9gie des \u00e9ducatrices fut de r\u00e9veiller les enfants un par un, leur demandant de garder silence, les amenant discr\u00e8tement sur les genoux du P\u00e8re No\u00ebl pour recevoir leur cadeau \u00e0 condition qu\u2019ils ne l\u2019ouvrent qu\u2019au son de la corne le lendemain matin. Il fut impossible de r\u00e9veiller les deux jumeaux, profond\u00e9ment enlac\u00e9s l\u2019un dans l\u2019autre. Nous d\u00fbmes laisser leur cadeau au pied de leur lit. Et c\u2019est dans le silence que le P\u00e8re No\u00ebl fit le tour de chaque lit, s\u2019assurant que chaque cadeau soit serr\u00e9 dans les bras des petits comme on tient un toutou pour mieux se baigner dans la ouate de la vie.<\/p>\n<p>Tout se passa comme dans un r\u00eave. Une heure plus tard, les adultes costum\u00e9s avaient disparu et les enfants s\u2019\u00e9taient rendormis.<\/p>\n<p>Revenus dans la salle communautaire, nous nous chang\u00e8rent devant le sapin de No\u00ebl encore allum\u00e9. Il y a des moments comme \u00e7a o\u00f9 personne ne veut quitter. Assis en cercle sur des chaises de bois, nous b\u00fbmes et mange\u00e2mes \u00e0 la sant\u00e9 de Madame Martin qui avait pris la peine de nous pr\u00e9parer des victuailles du temps des f\u00eates, le tout arros\u00e9 par deux bouteilles de cognac. Et nous e\u00fbmes droit aux tourti\u00e8res et aux beignes du temps des f\u00eates, Madame Martin ne faisant que reproduire une tradition au St-Vincent, le soir de No\u00ebl.<\/p>\n<p>Le public \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 prendre la parole au micro pour raconter une menterie, comme en racontaient les menteux le soir de No\u00ebl autour du po\u00eble \u00e0 bois quand les enfants \u00e9taient couch\u00e9s.<\/p>\n<p>Et Jos de dire :<br \/>\nMadame Martin<br \/>\nOn ne peut pas finir la veill\u00e9e<br \/>\nSans une de vos menteries de No\u00ebl ?<\/p>\n<p>Ben lala\u2026.<\/p>\n<p>Et les chansonniers de r\u00e9p\u00e9ter<\/p>\n<p>Ben lala\u2026<\/p>\n<p>J\u2019avais douze ans.<br \/>\nTout le monde jouait aux cartes.<br \/>\nY \u00e9tait presque minuit<br \/>\nMon p\u00e8re y dit<\/p>\n<p>M\u2019man c\u2019est \u00e0 votre tour l\u00e0<br \/>\nJouez<\/p>\n<p>Ben cr\u00e9 l\u00e9 cr\u00e9 l\u00e9 pas<br \/>\nMa grand-m\u00e8re avait la t\u00eate pench\u00e9e<br \/>\nsur son jeu de cartes dans ses mains\u2026<br \/>\nest morte de m\u00eame<br \/>\npis personne s\u2019en est jamais aper\u00e7u.<\/p>\n<p>Le pire c\u2019est que<br \/>\nMa grand-m\u00e8re<br \/>\nElle avait quatre as dans son jeu<br \/>\nBen c\u2019est ma grand-m\u00e8re<br \/>\nQui a gagn\u00e9 la bouteille de champagne<\/p>\n<p>Et tout le monde de se tordre\u2026.<\/p>\n<p>Y as-tu une menterie de No\u00ebl pour battre \u00e7a<br \/>\nDit Jos ? Tous les yeux se tourn\u00e8rent vers mon p\u00e8re et moi. Il y eut comme un malaise. On se rendit compte trop tard de l\u2019impair. Et mon p\u00e8re prit la parole.<\/p>\n<p>Ma femme\u2026.<br \/>\nDu temps de son vivant<br \/>\nM\u2019a d\u00e9j\u00e0 cont\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Qu\u2019elle avait un oncle<br \/>\nQui pesait au-dessus de 300 livres.<br \/>\nDans ce temps-l\u00e0<br \/>\nSi tu mourais dans le temps de No\u00ebl<br \/>\nT\u2019\u00e9tais expos\u00e9 pareil dans le salon<\/p>\n<p>Ben tout le monde a bu a la sant\u00e9 du mort<br \/>\nLe pire c\u2019est que le gars<br \/>\nAvait toujours port\u00e9 une barbe blanche<br \/>\nPis on l\u2019avait toujours appel\u00e9 le Pere Noel<br \/>\nParce que son vrai pr\u00e9nom c\u2019\u00e9tait No\u00ebl<\/p>\n<p>Si vous lisez l\u2019almanach<br \/>\nVous verrez<br \/>\nQue c\u2019est la seule ann\u00e9e de son histoire<br \/>\no\u00f9 le p\u00e8re No\u00ebl<br \/>\nA pas \u00e9t\u00e9 capable de se promener<br \/>\nDe maison en maison<\/p>\n<p>Si ma femme \u00e9tait ici ce soir Elle vous jurerait Que cette histoire-l\u00e0 c\u2019est pas une menterie Pis moi ce soir,<br \/>\nEn son nom<br \/>\nJe vous le jure<br \/>\nNon pas sur la t\u00eate de ma fille ici pr\u00e9sente<br \/>\nMais sur la pompe \u00e0 essence<br \/>\nde Jos Leroux<\/p>\n<p>Ce rire-l\u00e0 fut probablement le plus lib\u00e9rateur de la veill\u00e9e. Je sentis chez mon p\u00e8re ce respect infini pour la vie qu\u2019importent les \u00e9preuves. Et cela nous fit du bien \u00e0 tous. Encore plus \u00e0 Madame Martin qui me confia que gr\u00e2ce \u00e0 mon p\u00e8re, elle \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 cesser de pleurer Paul Gouin son conjoint pour mieux chanter sa m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Au retour, mon p\u00e8re vit me border en me disant :<\/p>\n<p>Les s\u0153urs sont justement en collecte de linge<br \/>\nPour les pauvres<br \/>\nOn pourrait peut-\u00eatre trier les effets de ta m\u00e8re<br \/>\nPis aller porter \u00e7a demain soir<br \/>\nMe semble que \u00e7a aurait fait plaisir<br \/>\n\u00c0 ta m\u00e8re que ses affaires servent<br \/>\n\u00c0 du monde vivant qui en ont besoin<br \/>\nEt non pas \u00e0 des morts.<\/p>\n<p>Il d\u00e9tacha de mon cou le collier EGO SUM PAUPER.<br \/>\nEt y ins\u00e9ra toutes les lettres manquantes<br \/>\nQu\u2019il avait sculpt\u00e9es<br \/>\nPour moi pendant qu\u2019il veillait ma m\u00e8re<br \/>\nLa nuit \u00e0 la chapelle.<br \/>\nNIHIL, Marie<br \/>\nEn fran\u00e7ais \u00e7a veut dire RIEN<\/p>\n<p>Quand dans la vie<br \/>\nOn ne ressent plus rien<br \/>\nSuite \u00e0 la disparition d\u2019un \u00eatre cher<br \/>\nOn touche automatiquement au tout<br \/>\nMais toi et ta m\u00e8re,<br \/>\nVous ne serez jamais rien pour moi<br \/>\nCar vous avez toujours \u00e9t\u00e9 tout<br \/>\nJe vous aime ta m\u00e8re et toi Marie<br \/>\nEt je vous aimerai toujours<\/p>\n<p>Et c\u2019est ainsi que, berc\u00e9e par le tout de mon p\u00e8re, je pleurai un peu pour apprivoiser ce rien affreux en lequel ma m\u00e8re m\u2019avait laiss\u00e9e pour aller f\u00eater dans le c\u0153ur de mon p\u00e8re la vie dans son tout, comme on sait si bien le faire \u00e0 chaque No\u00ebl, m\u00eame s\u2019il a lieu dans l\u2019\u00e9tranget\u00e9 d\u2019un soir d\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00eele de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent Il s\u2019abreuvait depuis toujours aux frissons de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Cela lui semblait si naturel qu\u2019il n\u2019avait jamais pu comprendre comment il se faisait que les humains puissent souffrir. Son corps de 51 ans lui avait toujours paru sous la forme de la jeunesse \u00e9ternelle. 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