{"id":2316,"date":"2012-02-13T22:00:35","date_gmt":"2012-02-14T03:00:35","guid":{"rendered":"http:\/\/demers.qc.ca\/?p=2316"},"modified":"2012-04-20T21:12:54","modified_gmt":"2012-04-21T02:12:54","slug":"la-grande-illusion-reflexion-sur-la-social-democratie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/demers.qc.ca\/?p=2316","title":{"rendered":"La grande illusion &#8211; R\u00e9flexion sur la social-d\u00e9mocratie"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 sa naissance, la social-d\u00e9mocratie repr\u00e9sentait un courant de pens\u00e9e r\u00e9volutionnaire. N\u00e9e du mouvement politique que les crises \u00e9conomiques du syst\u00e8me capitaliste naissant provoqu\u00e8rent, le mouvement socialiste rassemblait une forte opposition \u00e0 des conditions de travail inhumaines. Elle avait plusieurs repr\u00e9sentants ouvriers au parlement. Treize \u00e0 quatorze heures de dur labeur par jour, six jours par semaine, les travailleurs ne disposaient g\u00e9n\u00e9ralement que d&rsquo;une maigre journ\u00e9e de repos pour se refaire un peu d\u2019\u00e9nergie afin d\u2019affronter une autre semaine de travail.<\/p>\n<p>Le capitalisme venait de substituer au servage f\u00e9odal l&rsquo;appropriation de la force de travail des ouvriers par les propri\u00e9taires d&rsquo;entreprises. Les salaires avaient deux objectifs\u00a0: &#8211; assurer la r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de cette force de travail \u2013 permettre l&rsquo;\u00e9coulement de la marchandise pour faire rouler l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n<p>Deux facteurs de crise apparurent tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la naissance du capitalisme.<\/p>\n<ol>\n<li>La soif du profit maximum entra\u00eena des conditions de travail de plus en plus inhumaines. La hausse de la productivit\u00e9 ne pouvait se r\u00e9aliser que sur le dos du travailleur et l&rsquo;accroissement du ch\u00f4mage. Celui-ci \u00e0 son tour exercera une pression \u00e0 la baisse sur les salaires et deviendra m\u00eame un crit\u00e8re vital pour la survie du capitalisme. Sur le plan politique, cette situation entra\u00eena la radicalisation du mouvement ouvrier.<\/li>\n<li>La demande se situant toujours en dessous de l&rsquo;offre, le march\u00e9 deviendra trop exigu. On assistera \u00e0 des crises de surproduction parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;aggravation des conditions de vie des travailleurs. Les fronti\u00e8res \u00e9tablies apr\u00e8s la r\u00e9volution bourgeoise ne suffiront plus \u00e0 contenir l&rsquo;expansion du capital et de son pouvoir politique. L&rsquo;intervention de l&rsquo;\u00c9tat pour prot\u00e9ger le march\u00e9 local ne pourra stopper l&rsquo;\u00e9lan des grandes puissances \u00e9conomiques pour conqu\u00e9rir les march\u00e9s extra-territoriaux. Le germe de la guerre fait son apparition. Sur le plan politique, la bourgeoisie r\u00e9pondra \u00e0 ce nouveau besoin d&rsquo;expansion par un cri de ralliement national.<\/li>\n<\/ol>\n<p>\u00c0 la fin du 19e si\u00e8cle, le mouvement ouvrier est \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. Alors que plusieurs de ses repr\u00e9sentants \u00e9taient \u00e9lus au Parlement ou \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale (ce fut le cas en Angleterre, en France et en Allemagne) il fut confront\u00e9 aux choix que lui proposaient d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 la grande bourgeoisie nationale et de l&rsquo;autre, celui des dirigeants ouvriers plus radicaux.<\/p>\n<p>En politique, aucun mod\u00e8le alternatif n&rsquo;avait encore exist\u00e9. Les menaces de chaos r\u00e9pandues par les dirigeants politiques, l&rsquo;incertitude \u00e9conomique, mais aussi la corruption naissante dans le mouvement ouvrier et la collusion entre plusieurs de ses dirigeants avec les repr\u00e9sentants du pouvoir, allaient provoquer une profonde division au sein du mouvement.<\/p>\n<p>Sur les deux questions fondamentales auxquelles elle \u00e9tait confront\u00e9e, une fraction importante des d\u00e9put\u00e9s et des repr\u00e9sentants sociaux-d\u00e9mocrates opt\u00e8rent pour les choix de l&rsquo;\u00c9tat bourgeois. Face aux conditions inhumaines de travail ils opt\u00e8rent pour des reformes temporaires et de surface refusant de voir dans la nature du capitalisme la cause principale de la d\u00e9torioration des conditions de vie des travailleurs. Face \u00e0 la crise des march\u00e9s, ils vot\u00e8rent donc avec la bourgeoisie pour les budgets de guerre et le rassemblement du peuple sous le drapeau national. L&rsquo;industrie militaire devenant elle-m\u00eame un facteur d&#8217;emploi et de sortie de crise. Tandis que de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, la tendance plus radicale du mouvement ouvrier fit appel au rassemblement des travailleurs sous un seul drapeau, ind\u00e9pendamment de leur nationalit\u00e9, celui de la classe ouvri\u00e8re. Leur slogan \u00e9tait\u00a0: Non \u00e0 la guerre ; transformons la guerre capitaliste en guerre r\u00e9volutionnaire pour renverser les gouvernements bourgeois et mettre sur pied un gouvernement des travailleurs.<\/p>\n<p>Cette premi\u00e8re grande division du mouvement ouvrier en courants r\u00e9formiste et r\u00e9volutionnaire se manifesta concr\u00e8tement entre ceux de la social-d\u00e9mocratie qui appuy\u00e8rent la Premi\u00e8re Guerre mondiale et ceux qui donn\u00e8rent leur appui \u00e0 la R\u00e9volution d&rsquo;Octobre.<\/p>\n<p>Le m\u00eame sc\u00e9nario se poursuivit entre la Premi\u00e8re et la Seconde Guerre mondiale. Les appels pour la <span style=\"color: #000080;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/actionantifasciste.fr\/documents\/analyses\/28.html\">r\u00e9unification<\/a><\/span><\/span> du mouvement ouvrier contre la mont\u00e9e du fascisme n&rsquo;eurent que tr\u00e8s peu d&rsquo;\u00e9cho, les r\u00e9formistes refusant g\u00e9n\u00e9ralement toute alliance avec les communistes. Plusieurs endossant m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e caress\u00e9e par une frange de la grande bourgeoisie qui esp\u00e9rait que fascistes et communistes s&rsquo;autod\u00e9truisent l&rsquo;un et l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Deux cas relativement r\u00e9cents et partiellement r\u00e9ussis du front uni des travailleurs, r\u00e9unissant courant r\u00e9formiste et r\u00e9volutionnaire, se sold\u00e8rent par des \u00e9checs fracassants. Celui de l&rsquo;Unit\u00e9 populaire du Chili dans lequel le Parti communiste du Chili et le Parti socialiste chilien r\u00e9ussir \u00e0 regrouper autour d&rsquo;eux un vaste front national qui allait porter au pouvoir le gouvernement Allende en 1970. Et celui de la coalition du Parti socialiste et du Parti communiste fran\u00e7ais, qui allait \u00e9lire dans la m\u00eame p\u00e9riode, le gouvernement de Fran\u00e7ois Mitterrand.<\/p>\n<p>Dans le cas du Chili, ce furent en grande partie les illusions envers l&rsquo;acceptation par la bourgeoisie des changements engrang\u00e9s par le nouveau gouvernement qui furent en cause. Des illusions qui se sont principalement manifest\u00e9es en n\u00e9gligeant de r\u00e9former les structures de l&rsquo;arm\u00e9e et de remplacer les dirigeants mis en place par l&rsquo;ancien r\u00e9gime. Dans le cas de la France, ce furent illusion par dessus illusion. Les socialistes trahirent leurs engagements sociaux et les communistes se repos\u00e8rent sur leurs acquis traditionnels prenant leur distance du mouvement progressiste mondial. Au point que le PCF se distingue \u00e0 peine aujourd&rsquo;hui, sur les grands enjeux mondiaux, de la social-d\u00e9mocratie au point d&rsquo;\u00e9roder s\u00e9rieusement leurs appuis traditionnels<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9chec du r\u00e9formisme n&rsquo;est donc pas un cas isol\u00e9. Et pour cause, car en aucun cas, les sociaux-d\u00e9mocrates n\u2019ont r\u00e9form\u00e9 quoi que ce soit. Tout au plus, ont-ils cherch\u00e9 \u00e0 am\u00e9nager le capitalisme pour le rendre plus acceptable par la population. Dans la plupart des pays, m\u00eame en Su\u00e8de o\u00f9 elle domina la sc\u00e8ne politique durant plus de 70 ans, la social-d\u00e9mocratie est devenue un v\u00e9ritable cheval de Troie qui finit par soumettre l&rsquo;\u00c9tat aux desiderata de l&rsquo;Establishment \u00e9conomique. Sur les deux grands enjeux auxquels les forces d\u00e9mocratiques furent de tout temps confront\u00e9es\u00a0: la guerre et le capitalisme, les partis sociaux-d\u00e9mocrates se sont rang\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de la guerre et en faveur du capitalisme. En Angleterre le Labor Party fut le principal alli\u00e9 des \u00c9tats-Unis dans la guerre en Irak et dans le virage n\u00e9olib\u00e9ral. En Gr\u00e8ce, pays qui a le plus haut budget militaire de toute l&rsquo;Europe en rapport avec son produit int\u00e9rieur brut (PIB), le Parti socialiste (PASOK) fut le principal instigateur de la d\u00e9gradation du niveau de vie au profit des banques. Aujourd&rsquo;hui alli\u00e9 des conservateurs et de l&rsquo;extr\u00eame droite, le PASOK abandonne compl\u00e8tement le sort de la d\u00e9mocratie au diktat des grandes institutions financi\u00e8res europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Lorsque la fraction r\u00e9volutionnaire du mouvement ouvrier et d\u00e9mocratique ne r\u00e9ussit pas \u00e0 rassembler un large appui politique, les populations ont g\u00e9n\u00e9ralement tendance \u00e0 opter pour la droite comme alternative aux \u00e9checs r\u00e9formistes, qui passent alors pour des \u00e9checs du socialisme. Le Canada n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Les plus grands succ\u00e8s du <span style=\"color: #000080;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nouveau_parti_d%C3%A9mocratique_du_Canada\">Nouveau parti d\u00e9mocratique du Canada<\/a><\/span><\/span> furent provinciaux: il prit le pouvoir en Saskatchewan, au Manitoba, en Colombie-Britannique et en Ontario, ainsi que dans le territoire du Yukon. Le cas le plus frappant fut certainement celui de l&rsquo;Ontario, o\u00f9 le chef du gouvernement du NPD, Bob Rae a entra\u00een\u00e9 la province dans des politiques d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 qui ont provoqu\u00e9 la prise du pouvoir par les Conservateurs. Bob Rae est devenu depuis une des personnalit\u00e9s en vue pour la course \u00e0 la chefferie du Parti lib\u00e9ral du Canada, dont il est pr\u00e9sentement le chef par int\u00e9rim.<\/p>\n<p>Aux \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales du 2 mai 2011, le Nouveau parti d\u00e9mocratique du Canada r\u00e9alisa sa plus grande perc\u00e9e de l&rsquo;histoire en devenant pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;opposition officielle \u00e0 Ottawa. Le NPD obtint 30 % des voix et fit \u00e9lire 103 d\u00e9put\u00e9s. Cette perc\u00e9e fut possible gr\u00e2ce, en grande partie, \u00e0 la d\u00e9bandade du Bloc qu\u00e9b\u00e9cois qui n&rsquo;a jamais pu se positionner comme une alternative cr\u00e9dible \u00e0 Ottawa. n&rsquo;ayant de repr\u00e9sentation politique qu&rsquo;au Qu\u00e9bec. Mais il ne fallut pas longtemps apr\u00e8s cette perc\u00e9e pour que le visage n\u00e9o-capitaliste du NPD resurgisse. Peu apr\u00e8s son \u00e9lection, le d\u00e9put\u00e9 NPD de Rosemont-la-Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, qui avait donn\u00e9 son appui \u00e0 la campagne \u00ab\u00a0Un bateau pour Gaza\u00a0\u00bb, fut oblig\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.vigile.net\/La-flottille-pour-Gaza\" target=\"_blank\">se r\u00e9tracter<\/a> devant les pressions d&rsquo;Isra\u00ebl et de la direction de son parti. Le NPD \u00e9vite le plus possible de se prononcer sur les grands enjeux internationaux. Mais lorsqu&rsquo;il le fait, <span style=\"color: #000080;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/www.journalmetro.com\/linfo\/article\/1090228--syrie-le-npd-demande-le-rappel-de-l-ambassadeur\">c&rsquo;est pour se ranger du c\u00f4t\u00e9 des puissances interventionnistes<\/a><\/span><\/span>, fid\u00e8le \u00e0 la tradition r\u00e9formiste de cette frange de la social-d\u00e9mocratie qui provoqua la division du mouvement ouvrier \u00e0 la fin du 19e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Or, est-il n\u00e9cessaire de rappeler que la politique des socio-d\u00e9mocrates vis-\u00e0-vis la guerre n&rsquo;est qu&rsquo;un des deux volets de la politique du sauvetage du capitalisme mondial ? Lorsque menac\u00e9 de survie sous le poids de ses contradictions le capitalisme n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 puiser dans ses r\u00e9serves. Lorsqu&rsquo;il est \u00e0 cours d&rsquo;alternative, il fera appel \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-droite fascisante tel que nous l&rsquo;enseigne le cas de l&rsquo;Allemagne nazie et plus r\u00e9cemment, celui de Pinochet au Chili. Sinon la social-d\u00e9mocratie lui permettra de nourrir longtemps l&rsquo;illusion que la libre entreprise et l&rsquo;\u00e9conomie de march\u00e9 sont les plus grandes vertus de notre \u00e9poque. Avec le ph\u00e9nom\u00e8ne du libre-\u00e9change et celui de la mondialisation o\u00f9 la fusion du grand capital atteint des sommets, les diff\u00e9rences traditionnelles entre Conservateurs et Lib\u00e9raux, R\u00e9publicains et D\u00e9mocrates s&rsquo;estompent de plus en plus. Au Canada, comme en Europe, la social-d\u00e9mocratie ne fera qu&rsquo;entretenir l&rsquo;illusion de la d\u00e9mocratie \u00e0 travers le jeu de l&rsquo;alternance politique.<\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9e de la division du mouvement ouvrier sur les enjeux de la guerre et de la r\u00e9volution, la social-d\u00e9mocratie au fil des ans, n&rsquo;a pas chang\u00e9e. 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