{"id":198,"date":"2006-02-27T17:31:23","date_gmt":"2006-02-27T22:31:23","guid":{"rendered":"http:\/\/demers.qc.ca\/?p=198"},"modified":"2009-01-26T09:50:34","modified_gmt":"2009-01-26T14:50:34","slug":"chapitre-7-le-secret-de-mon-pere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/demers.qc.ca\/?p=198","title":{"rendered":"Chapitre 7 &#8211; LE SECRET DE MON P\u00c8RE"},"content":{"rendered":"<p><b>L&rsquo;\u00eele de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent<\/b><\/p>\n<figure id=\"attachment_443\" aria-describedby=\"caption-attachment-443\" style=\"width: 140px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/demers.qc.ca\/wp-content\/uploads\/2006\/02\/adesro.gif\" alt=\"Alfred Desrochers\" title=\"adesro\" width=\"140\" height=\"167\" class=\"size-full wp-image-443\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-443\" class=\"wp-caption-text\">Alfred Desrochers<\/figcaption><\/figure>\n<p>Il s\u2019abreuvait depuis toujours aux frissons de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Cela lui semblait si naturel qu\u2019il n\u2019avait jamais pu comprendre comment il se faisait que les humains puissent souffrir. Son corps de 51 ans lui avait toujours paru sous la forme de la jeunesse \u00e9ternelle. La puret\u00e9 de l\u2019\u00e2me, la sensation continuelle de flotter deux pieds au-dessus du sol, le rythme lent, amoureux, \u00e9tonn\u00e9, charm\u00e9. La sensation de ne rien peser, de se fondre dans le tout avec ravissement, de saisir dans ses mains l\u2019air comme des milliers de p\u00e9pites d\u2019or. \u00c9tait-il artiste, po\u00e8te de la vie, amant de l\u2019\u00eatre ou son enfant naissant encore aux langes ?<\/p>\n<p>Le dernier \u00e9t\u00e9 de sa vie fut le plus myst\u00e9rieux de tous pour ceux qui l\u2019avaient connu jeune homme. Il chantait au th\u00e9\u00e2tre \u00ab Le patriote \u00bb de Sainte-Agathe durant le souper, et cela six soirs par semaine. Puis il mangeait un peu, juste avant d\u2019aller accueillir les groupes lors de la descente de l\u2019autobus. Dans ces moments-l\u00e0, il redevenait joyeux, avec les rires francs de celui qui re\u00e7oit des membres de sa famille, le public ayant \u00e9t\u00e9 toute sa vie sa seule famille v\u00e9ritable. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assur\u00e9 que chaque chauffeur puisse b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une place pour le spectacle des \u00ab girls \u00bb, que chaque personne \u00e2g\u00e9e se sente en s\u00e9curit\u00e9, il s\u2019installait sur sa petite sc\u00e8ne dans l\u2019entr\u00e9e du patriote, assis sur une chaise presque confortable et retombait en \u00e9tat de contemplation par la lecture de l\u2019encyclop\u00e9die.<\/p>\n<p>M\u00eame \u00e0 l\u2019intermission, il ne bougeait pas de sa chaise, restant disponible cependant \u00e0 toute personne d\u00e9sirant entrer en contact avec lui. Cela donnait un air d\u2019irr\u00e9alit\u00e9 \u00e0 sa pr\u00e9sence autant qu\u2019au lieu puisqu\u2019il s\u2019\u00e9tait immobilis\u00e9 en position exacte entre le r\u00e9el et le magique. D\u2019ailleurs il ne cessait cette lecture qu\u2019\u00e0 cinq minutes de son spectacle de 23 heures o\u00f9 il reproduisait, telle une sc\u00e8ne de mus\u00e9e, l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9galement exacte entre la fin des bo\u00eetes \u00e0 chanson et le d\u00e9but du St-Vincent.<\/p>\n<p>Renaud avait h\u00e9rit\u00e9 de mon p\u00e8re, la collection du grand Larousse encyclop\u00e9dique 1961, toute soulign\u00e9e en traits fins au moyen d\u2019un crayon \u00e0 mine. Il pouvait ainsi suivre \u00e0 la trace les chemins intellectuels \u00e0 travers lesquels son a\u00een\u00e9 spirituel avait pu prendre conscience de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de son monde int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re avait toujours habit\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fissure du temps et n\u2019avait jamais senti le besoin de d\u00e9couvrir cette fissure de fa\u00e7on \u00e0 la traverser pour rejoindre les hommes et leur raconter la beaut\u00e9 de ce qu\u2019il vivait. \u00c0 la mort de Monsieur Gouin, cette rencontre e mon p\u00e8re fut pour Renaud providentielle, au sens o\u00f9 elle lui permit d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 cette portion du savoir de l\u2019\u00eatre qui lui manquait pour atteindre son objectif : d\u00e9crire avec des mots ce qui se vit sur l\u2019\u00eele de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019instant pr\u00e9sent pour que les hommes puissent en avoir une id\u00e9e pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9 \u00e0 mon p\u00e8re de me raconter ses souffrances, sujet qu\u2019il avait esquiv\u00e9 en me souhaitant bonne chance dans mes amours, tel \u00ab heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage \u00bb. Nous all\u00e2mes \u00e0 l\u2019enterrement de Monsieur Gouin. C\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019il me confia qu\u2019il n\u2019avait jamais rat\u00e9 un \u00e9v\u00e9nement reli\u00e9 \u00e0 la mort d\u2019un po\u00e8te. Comme cette journ\u00e9e o\u00f9 l\u2019on inaugura la tombe d\u2019\u00c9mile Nelligan dans le cimeti\u00e8re C\u00f4tes des Neiges. Il eut l\u2019immense bonheur d\u2019entendre le grand po\u00e8te Alfred Desrochers, le p\u00e8re de Cl\u00e9mence, d\u00e9clamer des vers du \u00ab Bateau ivre \u00bb d\u2019\u00c9mile Nelligan.<\/p>\n<p>C\u2019est donc le lendemain de l\u2019enterrement qu\u2019il me qu\u00e9manda :<\/p>\n<p>Marie, Aurais-tu la bont\u00e9<br \/>\nDe passer la journ\u00e9e avec moi<br \/>\nEn dehors de Montr\u00e9al ?<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que d\u2019une ville \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un village \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un tournant \u00e0 l\u2019autre, j\u2019amenai mon p\u00e8re dans un rang perdu de St-Lin\u2026Au lieu exact de son enfance. Nous march\u00e2mes dans ce qui fut jadis un sentier\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est ici que tout petit,<br \/>\nJe prenais mes brosses d\u2019\u00eatre<br \/>\nDit mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>Je n\u2019avais jamais entendu ces deux mots de sa bouche. Il avait d\u00fb mettre plusieurs ann\u00e9es \u00e0 lire ses encyclop\u00e9dies, avant de trouver une formule exprimant le plus intime de lui-m\u00eame. Il arrive parfois que deux mots de la langue fran\u00e7aise, qui ne s\u2019\u00e9taient jamais rencontr\u00e9s, passent de longues ann\u00e9es avant de r\u00e9ussir \u00e0 s\u2019apprivoiser. Mon p\u00e8re n\u2019attendit pas une question de ma part pour d\u00e9finir la relation de ces deux mots entre eux.<\/p>\n<p>Une brosse d\u2019\u00eatre<br \/>\nC\u2019est une sorte de so\u00fblerie int\u00e9rieure<br \/>\nDans la taverne de la vie<br \/>\nQui dure parfois<br \/>\nPlus de trois jours cons\u00e9cutifs.<\/p>\n<p>Il mesurait le rythme avec lequel il me parlait. J\u2019avais l\u2019impression que la symphonie de son dire avait depuis longtemps quitt\u00e9 le conservatoire de musique. Ses encyclop\u00e9dies n\u2019ayant peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 que des cahiers de solf\u00e8ge, d\u2019harmonie, de composition, d\u2019\u00e9tudes des grandes \u0153uvres pass\u00e9es, pour que la musicalit\u00e9 des mots s\u2019envolent enfin \u00e0 la vitesse de la mati\u00e8re qui se dissout sous la beaut\u00e9 du dire.<\/p>\n<p>Nous nous ass\u00eemes sur une grande roche face \u00e0 l\u2019eau.<\/p>\n<p>Je voulais juste voir<br \/>\nLe chant des oiseaux<br \/>\nSi on pouvait entendre de l\u2019int\u00e9rieur<br \/>\nComme quand j\u2019\u00e9tais petit.<br \/>\nSi le vent dans les feuilles<br \/>\nOuvre et ferme leurs rainures<br \/>\nPour encore et encore te caresser<br \/>\nL\u2019oreille de ses politesses<br \/>\nSi le corps se fond dans un paysage<br \/>\nDans un pareil et jamais pareil<br \/>\nImmobile comme un visage se refl\u00e9tant<br \/>\n\u00c0 la merveille de son double<br \/>\nDans la douce \u00e9nergie de l\u2019eau trouble\u2026.<\/p>\n<p>Jamais mon p\u00e8re ne s\u2019\u00e9tait d\u00e9voil\u00e9 \u00e0 moi sous cet angle. Sans doute avait-il attendu de bien poss\u00e9der les bons mots pour le dire. Et c\u2019est en ces mots, presque absent, qu\u2019il conclut :<\/p>\n<p>C\u2019est sur cette roche<br \/>\nQu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 6 ans<br \/>\nJe d\u00e9couvris<br \/>\nQue la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait une chorale terrestre<br \/>\nMon enfance fut magnifique, Marie.<\/p>\n<p>Je fus surprise qu\u2019il n\u2019ait pas aper\u00e7u une chaloupe avan\u00e7ant lentement du c\u00f4t\u00e9 droit de la baie jusqu\u2019\u00e0 nous.<\/p>\n<p>Monsieur, vous \u00eates ici sans permission<br \/>\nSur la terre de Rom\u00e9o Bourget dit l\u2019homme<\/p>\n<p>Monsieur cria mon p\u00e8re,<br \/>\nEst-ce que le Rodolphe<br \/>\nDe la cabane \u00e0 bois rond<br \/>\n\u00c0 besoin d\u2019une permission ?<\/p>\n<p>L\u2019homme se leva debout dans sa chaloupe<\/p>\n<p>Ah ben saliboire<br \/>\nRodolphe Gascon ! ! !<\/p>\n<p>Les deux hommes s\u2019\u00e9treignirent de longues minutes. Apr\u00e8s les pr\u00e9sentations d\u2019usage et quelques rires et larmes de joies sinc\u00e8res de s\u2019\u00eatre retrouv\u00e9s, mon p\u00e8re finit par dire :<\/p>\n<p>Y me semble que \u00e7a me ferait du bien<br \/>\nDe ramer un petit coup comme dans le temps<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re rama donc jusqu\u2019\u00e0 un point pr\u00e9cis appel\u00e9 le ruisseau des roches folles, \u00e0 cause du bruissement particulier qui semblait rebondir dans le temps tel un \u00e9cho.<\/p>\n<p>Rodolphe, dit Monsieur Bourget<br \/>\nTu sais que de la cabane en bois rond de ta m\u00e8re<br \/>\nDe l\u2019autre bord du ruisseau<br \/>\nIl ne reste plus juste qu\u2019une moiti\u00e9<br \/>\nDe mur, qui tient encore debout.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re ne broncha point.<\/p>\n<p>Une Sainte femme, sa m\u00e8re, monologua Monsieur Bourget Seule, abandonn\u00e9e avec cinq enfants par un mari alcoolique On ne l\u2019a jamais entendue se plaindre.<\/p>\n<p>Et mon p\u00e8re de r\u00e9pondre comme s\u2019il n\u2019avait rien entendu :<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re disait toujours,<br \/>\nEn autant qu\u2019on ne manque pas d\u2019amour.<\/p>\n<p>Rodolphe ne vous le dira pas Mademoiselle<br \/>\nMais \u00e0 l\u2019\u00e2ge de dix ans<br \/>\nIl ramassait des fraises<br \/>\nDu lever du jour jusqu\u2019au souper<br \/>\nLe soir, il pr\u00e9parait les casseaux<br \/>\nLe lendemain, il marchait deux milles<br \/>\nJusqu\u2019au village pour se faire<br \/>\nDes sous avec les touristes<br \/>\nAfin de ramener du minimum<br \/>\nPour nourrir ses fr\u00e8res et s\u0153urs.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re disait toujours,<br \/>\nAvec des fraises pour dessert<br \/>\n\u00c7a sent le paradis dans l\u2019estomac.<\/p>\n<p>Bien des fois, dit Monsieur Bourget<br \/>\nJ\u2019ai vu Rodolphe ramasser<br \/>\nDu vieux linge que sa m\u00e8re empilait<br \/>\nAutour du lit\u2026<br \/>\nDu carr\u00e9 qui lui servait de chambre<br \/>\nUne brave femme<br \/>\nLa nuit, elle faisait du neuf avec du vieux.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re disait :<br \/>\nQuand c\u2019est beau<br \/>\n\u00c7a pas toujours besoin d\u2019\u00eatre neuf<\/p>\n<p>La cabane des Gascons,<br \/>\nAvant qu\u2019ils arrivent pour l\u2019habiter<br \/>\nAvait servi de poulailler<br \/>\nY avait juste un po\u00eale \u00e0 bois<br \/>\nAvec aucune finition au-dedans<\/p>\n<p>On s\u2019est jamais rendu compte de \u00e7a dit mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re avait pos\u00e9 du beau carton peintur\u00e9<br \/>\nPar-dessus des murs isol\u00e9s avec des restes de guenilles<br \/>\n\u00c7a faisait tr\u00e8s joli dans la lumi\u00e8re du po\u00eale \u00e0 bois.<\/p>\n<p>Cela dura plus d\u2019une heure de cette fa\u00e7on\u2026 Monsieur Bourget dut nous quitter. Et nous march\u00e2mes jusqu\u2019\u00e0 la fameuse cabane en bois rond. M\u00eame mon p\u00e8re fut impressionn\u00e9 par la modestie des dimensions.<\/p>\n<p>Nous nous ass\u00eemes sur ce qui fut jadis une souche.<\/p>\n<p>Tu sais pourquoi, Marie, je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 capable de r\u00e9pondre \u00e0 tes questions sur mes souffrances ?<\/p>\n<p>Non lui dis-je ?<\/p>\n<p>Parce qu\u2019il n\u2019y a jamais eu une seule seconde<br \/>\nO\u00f9 la souffrance a r\u00e9ussi \u00e0 entrer dans cette cabane-l\u00e0<br \/>\nTant que ma m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 vivante.<\/p>\n<p>J\u2019me sentais g\u00ean\u00e9 de t\u2019avouer \u00e7a<br \/>\nSauf qu\u2019une fois sur place<br \/>\n\u00c7a m\u2019\u00e9tonne encore aujourd\u2019hui<br \/>\nDe pouvoir dire<br \/>\nQue je n\u2019ai jamais souffert<br \/>\nM\u00eame pas une fois dans ma vie<br \/>\nEt que mon enfance fut magnifique<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re, tous les soirs, sans exception<br \/>\nNous a chant\u00e9 la m\u00eame chanson<br \/>\nElle appelait \u00e7a : la berceuse du bonheur<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elle nous serrait contre elle<br \/>\nAutour du po\u00eale \u00e0 bois<br \/>\nPis qu\u2019y faisait trop frette<br \/>\nPour s\u2019\u00e9loigner de la chaleur de son amour<br \/>\nElle se mettait \u00e0 chanter<\/p>\n<p>EGO SUM PAUPER<br \/>\nNIHIL HABEO<br \/>\nET NIHIL DABO.<\/p>\n<p>\u00c7a voulait dire :<br \/>\nJe suis pauvre<br \/>\nJe n\u2019ai rien<br \/>\nEt je ne demande rien.<\/p>\n<p>Chaque enfant reprenait la premi\u00e8re phrase<br \/>\nApr\u00e8s que l\u2019autre l\u2019eut entonn\u00e9e<br \/>\nEt l\u2019on chantait en ch\u0153ur<br \/>\nDans un canon sans fin.<\/p>\n<p>On n\u2019a jamais su qu\u2019on \u00e9tait pauvres.<br \/>\nOn ramassait de la nourriture pour l\u2019hiver comme si c\u2019\u00e9tait de l\u2019or.<br \/>\nTout l\u2019\u00e9t\u00e9, je p\u00eachais le poisson<br \/>\nMa m\u00e8re le canait en vue des grands froids.<br \/>\nElle sciait elle-m\u00eame du bois pour en faire des cordes.<br \/>\nAu fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle nous faisait du linge<br \/>\nElle nous apprenait \u00e0 coudre<br \/>\nOn pi\u00e9geait le li\u00e8vre, faisait un grand jardin<br \/>\nEngraissait notre cochon<br \/>\nQue je payais avec mes casseaux de fraises<br \/>\nOn avait quatre poules, un coq,<br \/>\nM\u00eame une ch\u00e8vre pour le lait<br \/>\nOn a toujours \u00e9t\u00e9 millionnaires Marie.<\/p>\n<p>C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on a appris<br \/>\n\u00c0 se serrer les coudes<br \/>\n\u00c0 se faire confiance les uns les autres.<\/p>\n<p>Je comprenais maintenant un peu mieux pourquoi mon p\u00e8re avait pu m\u2019enrober dans une bulle de bonheur d\u00e8s ma naissance. Il ne m\u2019avait jamais racont\u00e9 des contes et l\u00e9gendes. Il vivait sa vie comme on chaloupe une rivi\u00e8re, \u00e0 la d\u00e9couverte toujours renouvel\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re po\u00e9tique de percevoir la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Quand je vous ai demand\u00e9 :<br \/>\nAuriez-vous la bont\u00e9 de me parler de vos souffrances ?<br \/>\nPourquoi pleuriez-vous Papa ?<\/p>\n<p>Parce qu\u2019un homme qui n\u2019a jamais connu la souffrance<br \/>\nSe sent handicap\u00e9 pour aider sa fille<br \/>\nQui se meurt d\u2019amour pour un homme.<\/p>\n<p>Quand vous avez attendu que maman<br \/>\nVous ramasse sur le trottoir<br \/>\nEn face de son travail<br \/>\nAssis sur votre valise<br \/>\nN\u2019\u00e9tiez-vous pas en souffrance ?<\/p>\n<p>Je m\u2019abandonnais tout simplement \u00e0 la vie<br \/>\nComme ma bonne m\u00e8re me l\u2019avait montr\u00e9<br \/>\nJ\u2019ai toujours cru \u00e0 la magie du c\u0153ur.<\/p>\n<p>Et ta m\u00e8re, en un instant,<br \/>\n\u00c0 pu s\u2019\u00e9mouvoir \u00e0 la magie de mon c\u0153ur pour elle.<\/p>\n<p>Le retour en automobile se passa dans un chapelet de silences, entrecrois\u00e9s de confidences. Mon p\u00e8re avait choisi son heure pour se d\u00e9voiler. Et je pressentais par la douceur de son dire, qu\u2019une deuxi\u00e8me fois ne serait pas n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>J\u2019ai choisi de travailler chez les s\u0153urs<br \/>\nParce que je peux r\u00e9citer chaque belle phrase<br \/>\nQue je lis dans l\u2019encyclop\u00e9die<br \/>\nTout en \u0153uvrant \u00e0 mon rythme<br \/>\nElles-m\u00eames \u00e9tant trop occup\u00e9es \u00e0 prier.<\/p>\n<p>Et plus tard<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas cru bon de raconter tout \u00e7a \u00e0 ta m\u00e8re<br \/>\nJe ne crois pas que ce que je porte en moi<br \/>\nPuisse modifier son talent de m\u2019aimer.<\/p>\n<p>Alors pourquoi me conter votre intime<br \/>\n\u00c0 moi qui suis une copie de ma m\u00e8re dis-je ?<\/p>\n<p>Miel<br \/>\nTu m\u2019as demand\u00e9 de te parler de mes souffrances<br \/>\nMais le mot \u00ab souffrance \u00bb fait partie de l\u2019ego<br \/>\nEt le mien se dissout tellement harmonieusement<br \/>\nSous le bonheur d\u2019\u00eatre<br \/>\nQu\u2019il me semblait indispensable<br \/>\nDe te d\u00e9voiler cette partie<br \/>\nProfond\u00e9ment enfouie dans ma solitude int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Est-ce que vous \u00eates un po\u00e8te lui demandai-je ?<\/p>\n<p>Non, un po\u00e8te, c\u2019est celui qui se sent la mission<br \/>\nDe construire avec les mots<br \/>\nPour que le cadeau qui se recueille en lui<br \/>\nSoit accessible aux autres.<\/p>\n<p>Moi je ne suis bien que dans l\u2019art de vivre<br \/>\nDe lire mon encyclop\u00e9die, De travailler chez les s\u0153urs<br \/>\nEt de vous aimer comme un fou ta m\u00e8re et toi.<\/p>\n<p>Ce soir-l\u00e0, durant le souper familial, je me sentis r\u00e9concili\u00e9e au quotidien de mon p\u00e8re et de ma m\u00e8re. Je les percevais maintenant comme deux plan\u00e8tes qui, par la force m\u00eame de leur gravit\u00e9, n\u2019auraient jamais la tragique occasion de se faire mal au gr\u00e9 d\u2019une collision. Il suffisait \u00e0 mon p\u00e8re, de par cette attraction mutuelle, qu\u2019il tienne ma m\u00e8re au chaud pour que cela le rende heureux, tel le soleil vis-\u00e0-vis la terre. Papa, auriez-vous la bont\u00e9 De jouer aux \u00e9checs avec moi ?<\/p>\n<p>Curieusement, ce rituel du jeu d\u2019\u00e9checs entre nous n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 une occasion de grands moments d\u2019intimit\u00e9. Tout juste de ma part une fa\u00e7on de lui faire plaisir et de la sienne une mani\u00e8re de d\u00e9guster ma pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>Nous jou\u00e2mes toute la nuit.<\/p>\n<p>Mais plut\u00f4t que de confronter nos puissances logiques respectives, j\u2019en profitai pour me baigner dans son art de dessiner la vie. J\u2019habitais d\u2019instinct le pays de l\u2019intelligence, l\u2019intuition, la passion de vaincre, la ruse, le plan de match. Mon p\u00e8re vivait dans un royaume diff\u00e9rent du mien. Il ne for\u00e7ait jamais, trop amoureux du rythme de ses mouvements, de l\u2019odeur de sa pipe comme des craquements de sa chaise ber\u00e7ante.<\/p>\n<p>Puisque, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, il m\u2019avait d\u00e9voil\u00e9 quelques cl\u00e9s de sa vie, je tentai d\u2019en profiter pour emprunter, en les copiant par mim\u00e9tisme, des chemins semblables aux siens. Chaque fois que je saisissais un pion, une tour, une reine ou un roi, je caressais la texture de la pi\u00e8ce en de longs gestes langoureux par le simple bonheur du toucher. Il me sembla qu\u2019il s\u2019en rendit compte parce qu\u2019il eut la d\u00e9licatesse de rythmer ses s\u00e9quences pour les ajuster au parfum des miennes.<\/p>\n<p>Ce fut la toute premi\u00e8re fois dans ma vie o\u00f9 je pressentis qu\u2019il pouvait exister une danse de l\u2019instant pr\u00e9sent. Il n\u2019y eut soudainement moins de pass\u00e9 si lourd comme aussi moins de d\u00e9sirs affam\u00e9s de futurs. La vie m\u2019apparut comme une suite possible d\u2019instants pr\u00e9sents, les anciens d\u00e9c\u00e9dant en m\u00eame temps que surgissait celui qui pr\u00e9c\u00e9dait la naissance des autres. Je venais peut-\u00eatre de cogner \u00e0 la porte de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de l\u2019instant pr\u00e9sent comme l\u2019aurait dit Renaud, ou de rater de peu la fissure du temps pour qu\u2019elle m\u2019apparaisse? Aujourd\u2019hui je sais que je n\u2019\u00e9tais alors qu\u2019aux pr\u00e9mices d\u2019un quelque chose de fabuleux que je mis des ann\u00e9es \u00e0 d\u00e9couvrir. Il me manquait la surprise du hasard ou l\u2019abandon de la fen\u00eatre ouverte au cas o\u00f9 le souffle passe.<\/p>\n<p>Un peu comme le philosophe Jean-Jacques Rousseau qui, durant une promenade, re\u00e7ut un coup de sabot d\u2019un cheval qui lui fit perdre connaissance. Quand il revint \u00e0 lui, il se trouva dans un \u00e9tat \u00e9trange. Il lui sembla que le monde n\u2019avait aucune fronti\u00e8re et qu\u2019il \u00e9tait un point de conscience flottant dans un vaste oc\u00e9an. Rousseau se sentit fusionn\u00e9 avec tout : la terre, le ciel, n\u2019importe qui autour de lui. Il se sentit en extase et ivre dans cet \u00e9tat qui passa rapidement et lui laissa une forte impression qui le hanta pour le reste de ses jours.<\/p>\n<p>Vers quatre heures du matin, je fus prise d\u2019un fou rire. J\u2019avais pos\u00e9 une colle \u00e0 mon professeur de litt\u00e9rature et il avait \u00e9t\u00e9 incapable de la r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>Papa, si tu \u00e9tais Shakespeare<br \/>\nTu ferais quoi,<br \/>\n\u00catre ou ne pas \u00eatre ?<\/p>\n<p>Quand tu vis une brosse d\u2019\u00eatre<br \/>\nDans la taverne de la vie<br \/>\nMe r\u00e9pondit-il sans h\u00e9siter<br \/>\nTu connais le bonheur de vivre<br \/>\nUn \u00e9tat paradoxal<br \/>\nQui passe par le non-savoir.<br \/>\nImpossible \u00e0 conna\u00eetre au moyen de la pens\u00e9e<\/p>\n<p>\u00catre et ne pas \u00eatre en m\u00eame temps.<br \/>\nVoil\u00e0 la b\u00e9atitude supr\u00eame<br \/>\nDans cette vie<br \/>\nEt c\u2019est par ce chemin du non-savoir<br \/>\nQue l\u2019univers chante dans l\u2019\u00e2me de l\u2019\u00eatre humain<br \/>\nTel un sanctuaire d\u2019oiseaux<br \/>\nAux confins de l\u2019innommable.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai jamais oubli\u00e9 ces mots, car mon p\u00e8re les pronon\u00e7a banalement, tout en continuant \u00e0 jouer aux \u00e9checs, comme si pour lui tout avait \u00e9t\u00e9 depuis longtemps une simple question de trouver les bons mots dans l\u2019encyclop\u00e9die, de les agencer pour mieux t\u00e9moigner de la beaut\u00e9 de les vivre. A un point tel o\u00f9 je mis les trois derni\u00e8res phrases en prologue du livre.<\/p>\n<p>Papa, tenez-vous un journal sur ce que vous vivez ?<\/p>\n<p>Parfois dit-il, parfois<br \/>\nPeut-\u00eatre qu\u2019un jour je te montrerai.<\/p>\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone sonna. C\u2019\u00e9tait Renaud. Il appelait de chez Isabelle.<\/p>\n<p>\u00c9coute, dit-il<br \/>\nLes enfants doivent partir en excursion<br \/>\nD\u00e9couvrir o\u00f9 ton p\u00e8re a v\u00e9cu<br \/>\nAvez-vous d\u00e9j\u00e0 eu un chalet<br \/>\nDans votre famille ?<\/p>\n<p>Attends, je te passe mon p\u00e8re, dis-je.<\/p>\n<p>Et c\u2019est ainsi qu\u2019ils firent vraiment connaissance. Mon p\u00e8re l\u2019avait vu chanter au St-Vincent lors de l\u2019hommage \u00e0 Monsieur Gouin, mais je le sentis \u00e9mu du fait que Renaud d\u00e9sirait passionn\u00e9ment faire r\u00eaver les enfants du camp Ste-Rose. Renaud parla de coffres de bois et papa de mentionner qu\u2019il m\u2019en avait fabriqu\u00e9 vingt et un, \u00e0 travers les ann\u00e9es, qui ne demandaient qu\u2019\u00e0 \u00eatre descell\u00e9s pour \u00eatre ensuite utilis\u00e9s au b\u00e9n\u00e9fice des enfants.<\/p>\n<p>Demain matin, je suis \u00e0 ta disposition<br \/>\nRenaud, pour te faire visiter<br \/>\nLa cabane en bois rond de ma m\u00e8re<br \/>\nSi Miel veut bien nous y conduire.<\/p>\n<p>Curieux la vie. De savoir qu\u2019il passait la nuit chez Isabelle me fit souffrir autant que l\u2019id\u00e9e d\u2019aller l\u2019y chercher le lendemain matin neuf heures provoqua en moi une joie profonde.<\/p>\n<p>Papa, dis-je \u00e0 mon p\u00e8re<br \/>\nPourquoi avoir parl\u00e9 des coffrets<br \/>\nOn ne les a m\u00eame pas ouverts ?<\/p>\n<p>Je vis par ses yeux gamins et coquins qu\u2019il se mourait d\u2019envie de d\u00e9voiler enfin ce qu\u2019il avait cisel\u00e9 pour moi \u00e0 chacun de mes anniversaires depuis ma naissance. M\u00eame ma m\u00e8re n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 au courant du contenu d\u2019aucun de ces derniers.<\/p>\n<p>Nous nous install\u00e2mes \u00e0 table. Le coffret de ma naissance ne contenait qu\u2019une seule lettre sculpt\u00e9e en une forme miniature : La lettre E. Celui de ma premi\u00e8re ann\u00e9e la lettre G. Celui de ma deuxi\u00e8me ann\u00e9e, la lettre O.<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait de fait qu\u2019une lettre par coffret, sur une p\u00e9riode de vingt et un ans.<\/p>\n<p>EGOSUMPAUPERNIHILHABE<\/p>\n<p>C\u2019est la chanson de ta m\u00e8re, dis-je, triomphante<\/p>\n<p>EGO SUM PAUPER<br \/>\nNIHIL HABEO<br \/>\nET NIHIL DABO<\/p>\n<p>Tu ne m\u2019as jamais parl\u00e9 de cette chanson-l\u00e0, Rodolphe Dit ma m\u00e8re<\/p>\n<p>C\u2019est un canon en latin<br \/>\nQue me chantait ma propre m\u00e8re<br \/>\nQuand j\u2019\u00e9tais enfant<br \/>\nDit mon p\u00e8re<\/p>\n<p>Je saisis d\u2019instinct que mon p\u00e8re ne voulut point d\u00e9voiler sa recette, de peur que ma m\u00e8re ne cesse de s\u2019\u00e9merveiller de la mani\u00e8re myst\u00e9rieuse dont il arrivait \u00e0 l\u2019aimer de seconde en seconde. Il sortit \u00e9galement la cha\u00eene originale de ma Grand-M\u00e8re que sa propre m\u00e8re lui avait remise. Il y faufila les lettres une \u00e0 une et m\u2019agrafa l\u2019ensemble dans le cou.<\/p>\n<p>Pour que ta grand-m\u00e8re te prot\u00e8ge<br \/>\nComme elle le fit pour moi<br \/>\nEn me chantant cette berceuse.<\/p>\n<p>Mais Papa, il me manque douze lettres dans le cou ?<\/p>\n<p>Et mon p\u00e8re de r\u00e9pondre :<br \/>\nJe n\u2019ai pas fini de t\u2019aimer non plus.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, nous ramass\u00e2mes Renaud chez Isabelle pour nous rendre finalement \u00e0 la cabane \u00e0 un mur. Pour Renaud, toute r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sentait d\u2019abord un d\u00e9cor sign\u00e9 par ses r\u00eaves, contrairement \u00e0 mon p\u00e8re pour qui il n\u2019y avait de r\u00e9el que le bonheur permanent passant \u00e0 travers le r\u00e9el comme si ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un amas de mol\u00e9cules.<\/p>\n<p>La cabane \u00e0 un mur de votre m\u00e8re, dit Renaud<br \/>\nJe ne pouvais pas imaginer un lieu plus magique<br \/>\nJe vois les enfants arriver ici en autobus<br \/>\n\u00c0 raison d\u2019un groupe par jour<br \/>\nAvec pour mission<br \/>\nTrouver les vingt et un coffres<br \/>\nReconstituer le message original<br \/>\nPar l\u2019assemblage des morceaux d\u00e9chir\u00e9s.<\/p>\n<p>Les m\u00e9chants Patibulaires<br \/>\nHabitent tout autour<\/p>\n<p>Vous connaissez quelqu\u2019un de la r\u00e9gion<br \/>\nQui poss\u00e8de le physique d\u2019un m\u00e9chant<br \/>\nEt qui vit dans le coi ?.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re et moi cri\u00e2mes en m\u00eame temps :<br \/>\nRom\u00e9o Bourget.<\/p>\n<p>Et c\u2019est ainsi que fut \u00e0 peine dessin\u00e9e la suite de la th\u00e9matique du camp Ste-Rose, Renaud tenant par-dessus tout \u00e0 ce que les d\u00e9tails furent improvis\u00e9s au fur et \u00e0 mesure. Nous nous rend\u00eemes \u00e0 la roche o\u00f9 mon p\u00e8re allait quand il \u00e9tat enfant.. Apr\u00e8s de longs moments de silence \u00e0 \u00e9couter la symphonie de la nature, Renaud demanda soudain \u00e0 mon p\u00e8re :<\/p>\n<p>\u00cates-vous venu \u00e0 l\u2019enterrement de Paul Gouin<br \/>\nMonsieur Gascon ?<\/p>\n<p>Vous l\u2019avez bien connurelan\u00e7a mon p\u00e8re ?<\/p>\n<p>Ce fut un po\u00e8te, Monsieur<br \/>\nIl connaissait la valeur de l\u2019instant pr\u00e9sent<\/p>\n<p>L\u2019instant pr\u00e9sent st un si beau cadeau<br \/>\nDit mon p\u00e8re<\/p>\n<p>Et je vis mon p\u00e8re basculer dans ce qui me sembla une brosse d\u2019\u00eatre. Une certaine pr\u00e9sence absente tout \u00e0 fait charmante. Et je vis Renaud, \u00e9tonn\u00e9 de ce qu\u2019un autre que lui put avoir dans sa bouche, tel un secret d\u00e9voil\u00e9, des paroles qu\u2019il aurait pu dire lui-m\u00eame. Oui, l\u2019instant pr\u00e9sent \u00e0 trois sur cette roche fut, cette journ\u00e9e-l\u00e0, un merveilleux cadeau. <\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00eele de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;instant pr\u00e9sent Il s\u2019abreuvait depuis toujours aux frissons de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Cela lui semblait si naturel qu\u2019il n\u2019avait jamais pu comprendre comment il se faisait que les humains puissent souffrir. Son corps de 51 ans lui avait toujours paru sous la forme de la jeunesse \u00e9ternelle. 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