{"id":1356,"date":"2009-03-03T18:38:23","date_gmt":"2009-03-03T23:38:23","guid":{"rendered":"http:\/\/demers.qc.ca\/?p=1356"},"modified":"2009-03-08T10:19:01","modified_gmt":"2009-03-08T15:19:01","slug":"les-utopies-dune-certaine-gauche-face-a-la-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/demers.qc.ca\/?p=1356","title":{"rendered":"Les utopies d&rsquo;une certaine gauche face \u00e0 la crise"},"content":{"rendered":"<p>La religion nous avait d\u00e9j\u00e0 habitu\u00e9s \u00e0 des attitudes d\u00e9faitistes par rapport au progr\u00e8s. Elle tenait un discours essentiellement individualiste et spiritualiste. S&rsquo;associant ici et l\u00e0 \u00e0 des causes o\u00f9 l&rsquo;exploitation et la mis\u00e8re atteignaient des formes extr\u00eames, l&rsquo;essentiel du discours de l&rsquo;\u00c9glise affirmait que le v\u00e9ritable refuge de l&rsquo;humanit\u00e9 se trouvait dans la pri\u00e8re et dans cette croyance que le paradis se trouvait ailleurs que sur Terre. Fond\u00e9e principalement sur l&rsquo;id\u00e9e que les lois du march\u00e9 avaient un caract\u00e8re naturel, il s&rsquo;agissait de rejeter toute culture sociale de riposte collective et organis\u00e9e devant les in\u00e9galit\u00e9s, la discrimination et l&rsquo;injustice d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9conomique bien structur\u00e9, con\u00e7u au profit d&rsquo;une minorit\u00e9 dominante : le syst\u00e8me capitaliste.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;\u00e9clatement de la crise financi\u00e8re et son \u00e9volution rapide en crise \u00e9conomique mondiale viennent \u00e9branler cette notion d&rsquo;immuabilit\u00e9 des lois du march\u00e9. \u00c0 nouveau sont remis en cause les structures et le syst\u00e8me \u00e9conomique qui engendrent de telles crises et de telles in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, de nouvelles th\u00e9ories de culpabilisation se substituent aux anciennes, confortant l&rsquo;id\u00e9ologie du capitalisme tout en pr\u00e9tendant la d\u00e9noncer. N&rsquo;a-t-on pas entendu r\u00e9cemment un certain Nicolas Sarkozy d\u00e9noncer le capitalisme financier pour aussit\u00f4t faire appel \u00e0 la refonte du capitalisme familial. Donnant l&rsquo;impression que diff\u00e9rents modes du syst\u00e8me capitaliste existent en parall\u00e8le, le trompe-l&rsquo;oeil de Sarkozy cache le fait que le capitalisme familial constitue en r\u00e9alit\u00e9 une \u00e9tape r\u00e9volue du capitalisme et non pas un choix de mod\u00e8le.<\/p>\n<p>La crise financi\u00e8re permet de cibler facilement certains de ses \u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs et m\u00eame d&rsquo;identifier leurs auteurs. \u00c0 la limite toutefois, il s&rsquo;agit d&rsquo;une mani\u00e8re de personnaliser les coupables plut\u00f4t que d&rsquo;identifier les causes structurelles ayant men\u00e9 \u00e0 la crise.<\/p>\n<p>Cette vision de droite trouve \u00e9cho, h\u00e9las, au sein de la gauche et alimente un discours moral qui se r\u00e9pand facilement dans des th\u00e9ories plus ou moins utopiques \u00e0 l&rsquo;effet que la surconsommation (dont la crise des subprimes en est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus visible) est \u00e0 l&rsquo;origine de la crise actuelle. Ce discours sur la surconsommation est d&rsquo;autant plus attrayant qu&rsquo;il s&rsquo;appuie sur l&rsquo;\u00e9vidence que celle-ci est aussi in\u00e9vitable qu&rsquo;elle est incompatible avec la notion d&rsquo;un d\u00e9veloppement durable et \u00e9cologique, dans une perspective capitaliste.<\/p>\n<p>Au milieu des ann\u00e9es &rsquo;80, la guerre id\u00e9ologique contre les pays socialistes prenait \u00e0 partie la structure de propri\u00e9t\u00e9 collective de ceux-ci. On reprochait notamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie planifi\u00e9e de ne pouvoir concurrencer les pays occidentaux sur le plan de la consommation. \u00c0 d\u00e9veloppement scientifique \u00e9gal, on stigmatisait l&rsquo;\u00e9conomie socialiste pour son incapacit\u00e9 \u00e0 convertir instantan\u00e9ment la moindre d\u00e9couverte dans le domaine de la consommation, en production de masse, \u00e0 l&rsquo;instar des pays occidentaux. Aujourd&rsquo;hui, le libre march\u00e9 d\u00e9montre que cette victoire du capitalisme sur le socialisme n&rsquo;\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;une victoire \u00e0 la Phyrrus.<\/p>\n<p>Et la question reste enti\u00e8re. Doit-on s&rsquo;attaquer d&rsquo;abord \u00e0 la surconsommation ou au capitalisme ? \u00c0 l&rsquo;anarchie du march\u00e9 et \u00e0 la non-intervention de l&rsquo;\u00c9tat ou non ? Poser la question c&rsquo;est comme demander s&rsquo;il vaut mieux gu\u00e9rir que pr\u00e9venir.<\/p>\n<p><strong>La simplicit\u00e9 volontaire<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est dans cette mouvance d&rsquo;utopie et d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 que se situe d&rsquo;apr\u00e8s moi, la notion de simplicit\u00e9 volontaire.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s Serge Mongeau, un des premiers protagonistes de la <a href=\"http:\/\/www.consommateur.qc.ca\/acefest\/233.htm\" target=\"_blank\">simplicit\u00e9 volontaire au Qu\u00e9bec<\/a>, \u00ab\u00a0La simplicit\u00e9 volontaire c&rsquo;est de s&rsquo;\u00e9carter du courant de la consommation dans lequel on se laisse entra\u00eener \u00e0 croire que c&rsquo;est en consommant, en achetant, en acqu\u00e9rant des biens qu&rsquo;on peut \u00eatre beaucoup plus heureux et r\u00e9pondre \u00e0 ses besoins. Or, la plupart de nos consommations ne r\u00e9pondent pas \u00e0 nos vrais besoins, ceux qui nous permettraient vraiment de nous \u00e9panouir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pascal Grenier et Louis Chauvin, respectivement Pr\u00e9sident du Groupe de simplicit\u00e9 volontaire au Qu\u00e9bec et Pr\u00e9sident du R\u00e9seau qu\u00e9b\u00e9cois pour la simplicit\u00e9 volontaire, vont encore plus loin. Dans le journal Le Devoir du 8 janvier 2009, parlant de la crise financi\u00e8re, ces derniers affirment : \u00ab\u00a0\u2026 les faits r\u00e9cents nous r\u00e9v\u00e8lent que c&rsquo;est en grande partie la surconsommation, voire l&rsquo;hyperconsommation, associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;endettement excessif, qui a cr\u00e9\u00e9 cette situation mondiale\u00a0\u00bb et encore \u00ab\u00a0\u2026 l&rsquo;occasion est favorable pour effectuer des changements sociaux et \u00e9conomiques profonds, plut\u00f4t que cosm\u00e9tiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Oui ! La surconsommation et l&rsquo;endettement excessif sont des facteurs aggravants de la crise. Non ! La simplicit\u00e9 volontaire ne constitue pas et ne peut pas constituer un changement \u00e9conomique profond. Car autant il est question ici de facteurs aggravants, autant on peut dire aussi qu&rsquo;ils constituent une expression de la crise et non pas la cause de celle-ci.<\/p>\n<p>Tout au plus, cette approche, bas\u00e9e essentiellement sur l&rsquo;id\u00e9e que la consommation rel\u00e8ve du libre-choix de l&rsquo;individu, est un exemple parfait d&rsquo;une approche morale face \u00e0 la crise alors qu&rsquo;une solution en profondeur requiert au contraire, des changements de type structurels et syst\u00e9miques. Le syst\u00e8me financier non contr\u00f4l\u00e9,  la concentration dans les mains d&rsquo;une minorit\u00e9 de sommes faramineuses, difficilement imaginables tellement elles sont consid\u00e9rables, l&rsquo;\u00e9touffement des classes populaires sous l&rsquo;endettement., qui est rarement un libre-choix, et davantage encore l&rsquo;\u00e9touffement des pays en d\u00e9veloppement qui sont amen\u00e9s par une r\u00e9glementation mondiale orchestr\u00e9e au sein du FMI et de l&rsquo;OMC \u00e0 financer leur propre dette alors qu&rsquo;on leur impose l&rsquo;importation de produits qu&rsquo;ils pourraient eux-m\u00eames produire&#8230; r\u00e9sultent dans un manque \u00e0 gagner et de ce fait interf\u00e8rent directement dans la libre circulation des biens et marchandises. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9ventuelle de mesures keyn\u00e9siennes pour relancer l&rsquo;\u00e9conomie, mais aussi de mesures contraignantes pour emp\u00eacher la libre manipulation du march\u00e9.<\/p>\n<p>Pourrait-on croire que les tenants de la simplicit\u00e9 volontaire fassent des exceptions et nuancent leur approche ? Au contraire, ils \u00e9tendent leur th\u00e9orie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de d\u00e9noncer le principe m\u00eame du d\u00e9veloppement \u00e9conomique en lui substituant le concept de la d\u00e9croissance conviviale.<\/p>\n<p><strong> La d\u00e9croissance conviviale<\/strong><\/p>\n<p>Ainsi dans certains milieux, oppose-t-on d\u00e9sormais la notion de <a href=\"http:\/\/www.decroissance.qc.ca\/manifeste.html\" target=\"_blank\">d\u00e9croissance conviviale<\/a> (en Europe on pr\u00e9f\u00e8re l&rsquo;expression  <a href=\"http:\/\/www.decroissance.org\/textes\/decroisoute.htm\" target=\"_blank\">d\u00e9croissance soutenable<\/a>) \u00e0 toute notion de d\u00e9veloppement et de croissance \u00e9conomique, voire m\u00eame \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D\u00e9veloppement_durable\" target=\"_blank\">d\u00e9veloppement durable<\/a>. Fond\u00e9 sur l&rsquo;id\u00e9e que toute notion de croissance est articul\u00e9e derri\u00e8re la croyance que les ressources de la terre sont in\u00e9puisables, le principe de la d\u00e9croissance conviviale soutient dans les faits le statu quo dans les rapports \u00e9conomiques in\u00e9gaux entre pays riches et pays pauvres.<\/p>\n<p>En pratique, aucun programme voulant mettre un terme \u00e0 la surconsommation (et ici, il est vraiment question de surconsommation plan\u00e9taire et de menaces \u00e0 l&rsquo;\u00e9cologie), ni aucun programme de partage \u00e9quitable des richesses, ne sera r\u00e9alisable s&rsquo;il ne s&rsquo;attaque pas directement aux structures \u00e9conomiques responsables de l&rsquo;anarchie du march\u00e9 et de ces m\u00eames in\u00e9galit\u00e9s. D&rsquo;ailleurs, il est curieux qu&rsquo;on oppose d\u00e9croissance conviviale \u00e0 d\u00e9veloppement durable alors que ce dernier concept est justement fond\u00e9 sur l&rsquo;id\u00e9e que le d\u00e9veloppement pr\u00e9sent ne doit pas sacrifier les besoins des g\u00e9n\u00e9rations futures. <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D\u00e9croissance_soutenable#Critiques_sur_le_plan_physique_et_scientifique\" target=\"_blank\">Contest\u00e9e sur le plan scientifique<\/a>, l&rsquo;id\u00e9e de la d\u00e9croissance conviviale ne r\u00e9pond pas \u00e0 nombre de questions concernant la croissance continue de la population mondiale ni au concept m\u00eame de l&rsquo;\u00e9volution sociale.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 la crise nous force \u00e0 penser les choses autrement, une certaine vigilance s&rsquo;impose pour \u00e9viter que la gauche transmette elle-m\u00eame des id\u00e9es utopiques qui confortent le statu quo et la position \u00e9conomiques, des classes et des pays dominants.<\/p>\n<hr \/>\n<p>Deux sites incontournables pour bien comprendre la nature de la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique actuelle:<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.economieautrement.uqam.ca\/\">http:\/\/www.economieautrement.uqam.ca\/<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/mobilisation.ca\/\">http:\/\/mobilisation.ca\/<\/a><\/p>\n<p>Deux sites o\u00f9 la th\u00e9orie de la d\u00e9croissance conviviale est contest\u00e9e :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/iceblog.over-blog.com\/article-25538381-6.html\">http:\/\/iceblog.over-blog.com\/article-25538381-6.html<\/a><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.espace-citoyen.be\/site\/index.php?EsId=1&amp;Module=mod-produit&amp;Indice=1-12-62\/\">http:\/\/www.espace-citoyen.be\/site\/index.php?EsId=1&amp;Module=mod-produit&amp;Indice=1-12-62\/<\/a><\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise financi\u00e8re et \u00e9conomique, doubl\u00e9e d&rsquo;une crise \u00e9cologique particuli\u00e8rement inqui\u00e9tante, donne lieu \u00e0 de nouvelles th\u00e9ories de sortie de crise. Certaines d&rsquo;entre elles font \u00e9cho aux arguments de la droite. La gauche n&rsquo;y \u00e9chappe pas.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/demers.qc.ca\/?p=1356>Lire l&rsquo;article au complet<\/a><!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on wp_trim_excerpt --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on wp_trim_excerpt --><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[7],"tags":[189,192,190,194,193,191],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1356"}],"collection":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1356"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1356\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1396,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1356\/revisions\/1396"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1356"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1356"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1356"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}