{"id":1251,"date":"2009-02-18T23:45:29","date_gmt":"2009-02-19T04:45:29","guid":{"rendered":"http:\/\/demers.qc.ca\/?p=1251"},"modified":"2009-02-23T18:00:33","modified_gmt":"2009-02-23T23:00:33","slug":"la-raison-pour-ne-pas-celebrer-la-bataille-des-plaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/demers.qc.ca\/?p=1251","title":{"rendered":"La raison pour ne pas c\u00e9l\u00e9brer la Bataille des Plaines"},"content":{"rendered":"<p>Certes il y a plusieurs raisons pour ne pas c\u00e9l\u00e9brer. Certains vous diront qu&rsquo;on ne c\u00e9l\u00e8bre pas une d\u00e9faite. Et c&rsquo;est vrai. D&rsquo;autres diront que le F\u00e9d\u00e9ral n&rsquo;a pratiquement rien fait pour le 400e de Champlain. Et c&rsquo;est vrai aussi. Pour la CCBN (Commission des champs de bataille nationaux) et son pr\u00e9sident Andr\u00e9 Juneau, la d\u00e9cision de ne pas reconstituer la Bataille des Plaines d&rsquo;Abraham, rel\u00e8ve avant tout d&rsquo;une question de s\u00e9curit\u00e9. Au Canada anglais on est en furie contre le Qu\u00e9bec et son refus de collaborer tandis que pour les Qu\u00e9b\u00e9cois, tout cela est du Qu\u00e9bec bashing \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>Peut-on d\u00e9j\u00e0 tirer une conclusion de tout ce brouhaha ? Oui, une conclusion incontestable et qui suffit \u00e0 elle seule comme <strong>raison<\/strong> de ne pas c\u00e9l\u00e9brer le 250e anniversaire de la Bataille des plaines d&rsquo;Abraham, ni d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, ni de l&rsquo;autre : <strong>la question nationale n&rsquo;est toujours pas r\u00e9gl\u00e9e au Canada<\/strong>. Elle ne le sera pas tant que le Qu\u00e9bec ne se verra pas accord\u00e9 ou tant qu&rsquo;il ne s&#8217;emparera pas lui-m\u00eame, de son droit \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9termination nationale, \u00e0 la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Un devoir de m\u00e9moire<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est un fait que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement ne doit pas passer inaper\u00e7u. L&rsquo;anniversaire de la Bataille des Plaines est une bonne occasion de r\u00e9fl\u00e9chir au sens \u00e0 donner \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;histoire depuis 250 ans. Ne l&rsquo;oublions pas, la victoire des Plaines, c&rsquo;\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 la Conqu\u00eate. Mais cette victoire n&rsquo;\u00e9tait pas que militaire et elle n&rsquo;aurait pu se r\u00e9aliser en fait, \u00e0 travers les ans, sans la participation d&rsquo;une fraction importante de dirigeants francophones du Qu\u00e9bec, notamment le clerg\u00e9, qui accept\u00e8rent de jouer les collaborateurs avec le conqu\u00e9rant en lui garantissant la paix sociale et la soumission de tout un peuple. En \u00e9change de quoi ? Une assembl\u00e9e nationale (lire provinciale) avec certains pouvoirs l\u00e9gislatifs et \u00e9conomiques ainsi qu&rsquo;un contr\u00f4le sur certains domaines d&rsquo;ordre politique, dont l&rsquo;\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Le prix \u00e0 payer allait \u00eatre lourd. Dans la vision des provincialistes et des f\u00e9d\u00e9ralistes du Canada anglais, la conqu\u00eate devait non seulement mettre un terme au r\u00eave de construire un Canada (fran\u00e7ais) caress\u00e9 par les premiers colons d&rsquo;origine fran\u00e7aise, mais devait aussi faire dispara\u00eetre toute vell\u00e9it\u00e9 de construire une nation francophone au Canada.<\/p>\n<p>Dans un tel contexte, autant la c\u00e9l\u00e9bration de la Bataille des plaines d&rsquo;Abraham ne peut exprimer qu&rsquo;une forme d&rsquo;ali\u00e9nation chez les Qu\u00e9b\u00e9cois, autant elle ne peut exprimer qu&rsquo;une forme de chauvinisme, voire de n\u00e9o-colonialisme chez les Canadiens anglais. Quand Jean Charest d\u00e9nonce les d\u00e9rapages qu&rsquo;il attribue aux menaces de violence contre toute \u00e9ventuelle c\u00e9l\u00e9bration de la Bataille des Plaines, il manque une belle occasion d&rsquo;identifier le v\u00e9ritable d\u00e9rapage de la CCBN qui voulait profiter de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement pour sceller dans l&rsquo;imaginaire des Canadiens et des Qu\u00e9b\u00e9cois, l&rsquo;issue d&rsquo;une bataille qui, en r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est toujours pas termin\u00e9e : la lutte nationale des Qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p><strong>Une cause toujours bien vivante<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 partir de quand peut-on d\u00e9cr\u00e9ter qu&rsquo;une cause est termin\u00e9e ? Il y en a pour dire que la cause palestinienne est perdue. Que les r\u00e9alit\u00e9s au Moyen-Orient ne sont plus ce qu&rsquo;elles \u00e9taient avant la Seconde Guerre mondiale. Il y en a pour dire que les peuples autochtones en Am\u00e9rique m\u00e8nent aussi des batailles perdues d&rsquo;avance. Qu&rsquo;il est temps de reconna\u00eetre que nous ne vivons plus \u00e0 l&rsquo;\u00e8re des coureurs des bois. Combien de temps durera le d\u00e9sir des Serbes de reconqu\u00e9rir le Kosovo dont ils ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s par l&rsquo;intervention militaire de l&rsquo;OTAN ?<\/p>\n<p>Combien de causes pourrait-on identifier ainsi \u00e0 travers le monde, qui entretiennent toujours le germe de la r\u00e9sistance et d&rsquo;un potentiel de r\u00e9bellion ? La r\u00e9ponse \u00e0 la question de savoir si l&rsquo;on peut d\u00e9cr\u00e9ter qu&rsquo;une cause est termin\u00e9e sera toujours biais\u00e9e selon qu&rsquo;on est dans le camp des vainqueurs ou dans celui des vaincus. Et encore une fois, pourrons-nous dire que l&rsquo; Histoire sera toujours celle des vainqueurs.<\/p>\n<p>Ainsi pr\u00e9sent\u00e9e<strong> <\/strong>toutefois, aucune grande cause \u00e0 travers le monde ne trouvera un jour de solution. L&rsquo;angle strictement historique et national ne peut que raviver les sentiments nationaux d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et chauvins de l&rsquo;autre. L&rsquo;Histoire n&rsquo;est pas un \u00e9change bipartite perp\u00e9tuel du pouvoir entre vaincues et vainqueurs. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;amertume de la d\u00e9faite et les cicatrices de l&rsquo;histoire ne se referment jamais pour les vaincus.<\/p>\n<p>La question nationale ne peut se r\u00e9sorber que de deux fa\u00e7ons, soit\u00a0 : l&rsquo;<strong>assimilation totale<\/strong>, ce qu&rsquo;on peut aussi appeler un g\u00e9nocide culturel, soit : <strong>la<\/strong> <strong>reconnaissance et la satisfaction des droits nationaux<\/strong>. Tant que la nation existe, tant qu&rsquo;elle se bat pour ses <strong>droits<\/strong>, la cause en sera justifi\u00e9e. Autant celle des Palestiniens, que celle des peuples autochtones, que celle des Qu\u00e9b\u00e9cois. M\u00eame si dans leurs expressions, biens souvent, ces luttes n&rsquo;ont rien de comparable.<\/p>\n<p><strong>Quels int\u00e9r\u00eats nationaux<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>La question nationale ne s&rsquo;exprime pas toujours de mani\u00e8re aussi tragique qu&rsquo;en Palestine, ni de mani\u00e8re aussi directe que dans le rapport entre une m\u00e9tropole et une colonie. Par contre, tous les mouvements nationaux qui sont all\u00e9s jusqu&rsquo;au bout de leurs revendications ont men\u00e9 soit \u00e0 l&rsquo;autonomie nationale, soit \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance nationale et \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;\u00c9tats sur le principe de : une Nation, un \u00c9tat. Un processus historique qui accompagnait dans tous les cas, le d\u00e9sir de la bourgeoisie naissante de prendre le pouvoir et le contr\u00f4le sur son march\u00e9 national.<\/p>\n<p>Ce qui est paradoxal ici, c&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure de la mondialisation et du n\u00e9olib\u00e9ralisme, m\u00eame les bourgeoisies nationales s&rsquo;entendent pour favoriser les ententes de libres-\u00e9changes, jusqu&rsquo;\u00e0 appuyer la supr\u00e9matie des tribunaux commerciaux et des grandes corporations industrielles, \u00e9conomiques et financi\u00e8res sur les pouvoirs l\u00e9gislatifs nationaux. Jacques Parizeau et Bernard Landry furent tous les deux de fervents d\u00e9fenseurs de l&rsquo;Accord de libre-\u00e9change n\u00e9goci\u00e9 par le gouvernement conservateur de Brian Mullroney, avec les \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p>Cela r\u00e9v\u00e8le qu&rsquo;on ne peut pas dissocier la question nationale des questions \u00e9conomiques et sociales, plus pr\u00e9cis\u00e9ment des int\u00e9r\u00eats des classes sociales pour qui l&rsquo;on veut la souverainet\u00e9. Si on peut dire que la question nationale au Canada existera tant que le Qu\u00e9bec sera amput\u00e9 de l&rsquo;exercice de son droit \u00e0 l&rsquo;autod\u00e9termination, il est faux d&rsquo;affirmer par ailleurs que l&rsquo;ind\u00e9pendance en soi, r\u00e8glera la question nationale pour les Qu\u00e9b\u00e9cois. Surtout si cette ind\u00e9pendance est mise au service du n\u00e9ocolonialisme moderne par le biais de la mondialisation.<\/p>\n<p>Si devoir de m\u00e9moire il y a, il faudra alors se rappeler que la nation n&rsquo;est ni homog\u00e8ne, ni abstraite. \u00c0 l&rsquo;heure o\u00f9 une crise financi\u00e8re et \u00e9conomique d&rsquo;une envergure sans pr\u00e9c\u00e9dent affecte la plupart des grandes puissances \u00e9conomiques, les forces d\u00e9mocratiques ne doivent pas se laisser duper par les pr\u00e9tendus d\u00e9fenseurs de la nation qui associent les int\u00e9r\u00eats des grandes entreprises et des soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res aux int\u00e9r\u00eats de la nation. Une politique de sortie de crise pour qu&rsquo;elle soit v\u00e9ritablement dans les int\u00e9r\u00eats de la nation, doit avant tout \u00eatre con\u00e7ue dans les int\u00e9r\u00eats des travailleurs et de la population en g\u00e9n\u00e9ral. Ce qui impliquera n\u00e9cessairement la solidarit\u00e9 entre les victimes de ces m\u00eames puissances financi\u00e8res et \u00e9conomiques, ind\u00e9pendamment des fronti\u00e8res nationales.<\/p>\n<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on the_content --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on the_content -->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand Jean Charest d\u00e9nonce les d\u00e9rapages qu&rsquo;il attribue aux menaces de violence contre toute \u00e9ventuelle c\u00e9l\u00e9bration de la Bataille des Plaines, il manque une belle occasion d&rsquo;identifier le v\u00e9ritable d\u00e9rapage de la CCBN qui voulait profiter de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement pour sceller dans l&rsquo;imaginaire des Canadiens et des Qu\u00e9b\u00e9cois, l&rsquo;issue d&rsquo;une bataille qui, en r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est toujours pas termin\u00e9e : la lutte nationale des Qu\u00e9b\u00e9cois.<!-- AddThis Advanced Settings generic via filter on wp_trim_excerpt --><!-- AddThis Share Buttons generic via filter on wp_trim_excerpt --><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[7,120],"tags":[181,177,179,178,180],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1251"}],"collection":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1251"}],"version-history":[{"count":27,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1251\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1301,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1251\/revisions\/1301"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/demers.qc.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}